collaboration Michèle Boisvert
La Presse, Montréal, Mardi 28 Janvier 2003
Plus de la moitié des travailleurs canadiens malheureux au travail
Towers Perrin -- « Selon un sondage novateur, qui analyse les émotions que suscite le travail chez les salariés, plus de la moitié des travailleurs canadiens sont mécontents de leur boulot. C'est ce que révèle une étude publiée aujourd'hui par Towers Perrin, une des plus grandes sociétés de conseillers en management du monde, spécialisée dans la consultation en gestion et en ressources humaines » Le but initial de ce sondage était de vérifier si les
récents scandales financiers avaient ébranlé la confiance des salariés
vis-à-vis de leur entreprise. En septembre dernier, Towers Perrin a
ainsi sondé les cœurs de 1000 salariés travaillant dans des entreprises de
grande et moyenne taille en Amérique du Nord, ainsi que celui de 300 cadres
supérieurs des services des ressources humaines. Ces derniers devaient dire
comment ils pensaient que leurs salariés décriraient leur vie professionnelle
actuelle.
À la grande surprise des spécialistes de la firme de
consultants, la confiance envers leur organisation n'est pas un aspect important
pour les salariés. Cela ne veut cependant pas dire que ces derniers sont
apathiques ou indifférents à ce qui se passe dans leur milieu de travail, bien
au contraire.
« Les employeurs ne doivent pas sous-estimer l'intensité
des émotions que l'expérience de travail suscite chez les salariés » indique
Bruce Near, directeur général de Towers Perrin au Canada.
Et ces émotions sont actuellement extrêmement négatives,
55 % des participants au sondage ayant décrit leur travail négativement.
Les motifs évoqués sont de plusieurs ordres. La charge de travail, jugée trop
lourde, est le premier élément de mécontentement. Vient ensuite le manque de
confiance, non pas dans l'éthique de l'entreprise, mais dans les compétences
des membres de la direction. Les craintes au sujet de la sécurité d'emploi et
de la sécurité de retraite sont également du nombre des irritants.
Les cadres sont conscients de cette insatisfaction, mais ils
ne diagnostiquent pas correctement la cause de ses malaises.
« Les employeurs surestiment l'importance relative de la
haute direction et de l'incertitude face à l'avenir, croyant que l'un et
l'autre facteur contribuent à la grogne des salariés plus qu'ils ne le font
», déclare Martine Ferland, directrice du bureau de Montréal de Towers
Perrin.
« À l'inverse, ils sous-estiment l'importance, pour le
salarié, de puiser dans son travail un sentiment d'estime de soi. Ce dernier a
besoin de relever des défis professionnels et de sentir que l'on apprécie son
travail, »
Le sondage révèle également que les salariés conçoivent
clairement ce que serait une vie professionnelle idéale. Ils identifient trois
principaux besoins qui sont l'élément moteur du rendement et de l'engagement
envers l'entreprise L le sentiment d'être compétent et de faire partie du
groupe; le besoin de perfectionner leurs aptitudes, de développer leur talent
et d'assurer leur progression de carrière; et, enfin, le besoin de
reconnaissance.
« Un écart très considérable semble séparer
l'expérience actuelle de travail et la vie professionnelle idéale, telle que
les salariés la conçoivent, dit Bruce Near. Or, les salariés savent ce
qui est nécessaire pour réduire cet écart. La bonne nouvelle pour les
employeurs est qu'il s'agit d'objectifs réalisables. »
Et les entreprises ont tout intérêt à avoir des employés
satisfaits. La firme de consultants a étudié le rendement global pour les
actionnaires, sur cinq ans, pour constater une corrélation claire entre les
sentiments positifs des salariés et les résultats financiers de l'entreprise.
Mais en attendant que les améliorations soient apportées,
Towers Perrin estime que de 30 % à 40 % de la main-d'œuvre est présentement
à risque : il s'agit de gens qui n'attendent qu'une amélioration de la
situation économique pour changer d'emploi, ou qui, entre-temps, rongent leur
frein et ne fournissent que le minimum requis.
« Les constatations de ce sondage devraient servir
d'avertissement aux employeurs, soutient Martine Ferland. Les sentiments
négatifs constatés sont si puissants qu'une reprise économique ne saurait les
faire disparaître et ils pourraient susciter une mini-crise de la rétention du
personnel si les perspectives d'emploi s'amélioraient. »