imus01_icon.gif (1194 octets)

Société


Le Mal
Tout un chemin parcouru
La Résilience


Le Mal :
   
Le Mal existe. Le meurtre d'une adolescente de 15 ans d'origine cubaine, perprété près de Lachute par des jeunes de son âge apparemment mus par des motifs racistes, contredit encore une fois toutes les doctrines rousseauistes sur la pureté originelle de l'Homme.
    Et il correspond, au-delà de l'influence des médias, de l'Internet, de la « société », comme on dit toujours en pareil cas comme si cela expliquait tout, à ce qu'il faut bien voir comme une part obscure de l'âme humaine, qui se matérialise ou pas selon les individus et les circonstances.
    C'est l'effrayante expression de cet instinct qu'on attribuait jadis à l'action du démon. qu'il fallait dans les cas les plus lourds repousser en enfer par la magie de l'exorcisme. Tous les mythes, religieux ou autres, ont une raison d'être, un point d'ancrage dans la réalité : dans le cas de Lucifer, c'est que le Mal existe bel et bien. Et qu'il a fallu lui donner un visage : de la caverne au bungalow, toutes les civilisations ont eu recours à une imagerie de cette sorte.
    Les enfants qui ont assassiné une autre enfant, la jeune Aylin Otana-Garcia, admiraient Hitler et épousaient les thèses du Ku Klux Klan après avoir amassé de l'« information » en naviguant sur la Toile ?
    Absurdité.
    Disant cela, on ne décrit de toute évidence que la surface des choses.
    À 15 ans, on ne peut être en possession d'aucune opinion rationnelle su Hitler et sur le nazisme (d'autant moins que l'enseignement de l'Histoire à l'école est devenu famélique, hélas !). À 15 ans, on ne peut souscrire de façon sensée à quelque doctrine que ce soit. Il ne s'agit que d'une bravade. D'un geste pathétique d'affirmation de soi. D'une adhésion sécurisante à une sorte de conformisme de l'anticonformisme, en général déterminée par l'appartenance à un groupe précisément bâti sur cette fragile fondation.
    Il y a forcément autre chose, de plus profond et de plus vrai, susceptible d'expliquer le geste présumément posé par les deux ados (si tant est qu'on puisse expliquer une telle folie).
    Le mal de vivre de l'adolescence, par exemple, sur lequel tout a été dit, mais qui n'en demeure pas moins une épreuve dont, devenu adulte, on oublie le potentiel de détresse. Un âge où la frustration, l'impuissance, l'injustice de la vie (qui est réelle et à laquelle on se fait plus ou moins au fil des ans) peuvent être carrément insupportables, peuvent mener à toutes les extrémités... lorsqu'on se laisse emporter par le Mal, justement...
On croyait peut-être que de telles énormités, fusillades dans les écoles, meurtres d'enfants par des enfants, ne surviennent qu'aux États-Unis, cet empire du Mal inlassablement dénoncés du haut des chaires, ecclésiastiques ou universitaires, par les curés, anciens et nouveaux, de l'ordre moral. Illusion. Une adolescente à peu du même âge que la petite Cubaine de Lachute a été tuée par des copines, il y a quelques mois en Colombie-Britannique. Des garçonnets ont assassiné un bébé, en Angleterre, il y a plusieurs années. Des adolescents ont torturé et tué une octogénaire, au Québec, tout récemment.
Le Mal est partout. Comme Dieu, cette image que toutes les civilisations, aussi, se sont faites de son contraire.
La question, évidemment, est : que peut-on y faire ?
La connaissance peut aider : il n'est pas inutile de dire, de répéter et surtout de démontrer aux jeunes qu'Hitler (comme quelques autres étoiles noires de l'Histoire) ne peut être considéré autrement qu'avec répugnance ; ou que le racisme est la religion des faibles et des idiots. La simple présence peut aider davantage encore : les adolescents sont prompts à partir à la dérive (et il est même nécessaire qu'ils le fassent jusqu'à un certain point) de sorte qu'il est alors impérieux qu'un adulte se trouve dans les parages pour les remorquer dans des eaux plus calmes. Mais ce n'est pas à toute épreuve.
Parce que le Mal est en nous et s'éteindra en même temps que le dernier des humains.

Éditorial,. La Presse, Vendredi 16 Juin 2000
Mario Roy
mroy@lapresse.ca


Tout un chemin parcouru ! :

    Qui d’entre nous ne s’est jamais à penser, ne serai-ce qu’un court instant, que la vie pourrait être plus facile s’il n’y avait pas tant de changement dans notre milieu ? Il s’agit-là, bien sûr, d’une utopie car le changement social est au cœur même du processus de décision qui permet à la société de prendre les moyens les mieux adaptés pour réaliser ses objectifs, notamment en ce qui a trait à la sécurité de ses membres et de son territoire ; à la production des biens nécessaires à la vie ; au renouvellement de sa population ; et à la satisfaction des besoins individuels de ses membres.

L’organisation sociétale doit également pouvoir s’adapter aux changements qui interviennent sans cesse dans son environnement externe, qu’ils soient de nature géophysique, technologique, idéologique ou sociétale. Ce double processus continu d’adaptation est absolument nécessaire à la survie même d’une société ouverte.

Mais cela peut, paradoxalement, contribuer à la détruire si le processus en question se dérègle, devient débridé et anarchique. Il s’ensuit alors que les changements ne peuvent plus être assimilés adéquatement. Ils menacent sa cohérence, son identité et son intégrité. La société a peine alors à se reconnaître elle-même et ses membres en souffrent.

Notre propre société n’échappe pas à cette logique même s’il fut un temps où l’on disait que rien ne changeait au Pays du Québec. Nous ne regardions pas vers l’extérieur mais cela n’empêchait pas le monde de changer pour autant et il a changé de plus en plus vite. Nous n’avons pu laisser les volets fermés plus longtemps et nous avons dû, depuis, accélérer la cadence continuellement.

Changements profonds

Ainsi, en quatre ou cinq décennies, sommes-nous passés :
         De la théocratie à la démocratie ; du droit divin au droit du peuple ; de l’obscurantisme à la liberté de  pensée et d’expression ; de serviteur à l’égal du maître ; de la campagne à la grande ville ; d’un horizon limité et stable à la turbulence mondiale ; de la ceinture fléchée au pluralisme , de l’intérêt collectif et communautaire à l’individualisme ; de la natalité la plus forte à la plus faible au monde ; de la crainte du châtiment éternel aux plus hauts taux de suicide au monde ; de la famille nombreuse et accueillante à la famille éclatée ; du père protecteur au père absent ; de la mère nourricière et soumise à la « super-femme » (superwoman) monoparentale ; de la ségrégation sexuelle dans le travail à l’uniformisation des rôles ; de la solidarité intergénérationnelle à l’aliénation de la jeunesse ; de l’analphabétisme au savoir de pointe ; de savoir approximatif à la connaissance expérimentale ; de coupeur de bois à ingénieur forestier ; de la ligne téléphonique partagée au cellulaire par satellite ; et, finalement, nous sommes passés du temps analogique marqué par le timbre des clochers au temps informatique qui passe à la vitesse de l’ordinateur.

Ce ne sont là que quelques-uns des innombrables éléments d’une vaste transformation sociale qui a connu peu d’équivalent ailleurs au monde. La question qui nous confronte dorénavant est la suivante : notre société pourra-t-elle continuer à changer à un tel rythme et pour encore combien de temps ? Comment pourrons-nous lui redonner une certaine stabilité et de la cohérence sans toutefois la paralyser ? Il s’agit d’un défi considérable qui ne saurait être relevé qu’à force de pédagogie, d’éducation, de formation et de sensibilisation auprès de nos concitoyens en ce qui a trait aux nouvelles valeurs et au chemin parcouru afin que nous puissions éviter la tentation des intégristes ou  du désespoir qui guette les sociétés épuisées et déroutées par le changement.

À votre tour, La Presse, Dimanche 17 Mars 2002
Jacquelin Robin (Gatineau, Qc)


La Résilience
La résilience : communauté, hippocratisme social

Jacques Dufresne
L'Encyclopédie de l'Agora