La santé par la
bactériothérapie
collaboration Jacinthe Côté, OPDQ
La Presse, Montréal, Dimanche 15 Septembre 2002
La règle de base
« À l'heure où la résistance aux antibiotiques commence à faire des siennes, la bactériothérapie tombe à point ! » Ce type de thérapie est simple et facile à suivre. La
règle de base : consommer régulièrement des aliments fermentés tels du
fromage, du yogourt, de la crème sure, du babeurre, du kéfir, de la
choucroute, de la sauce soya, du miso, etc. Ces aliments ont en commun qu'ils
débordent de gentilles bactéries dont la consommation semble être très
bénéfique pour notre santé.
La fermentation est utilisée comme mode de production et de
conservation alimentaire depuis plus de mille ans. Découverte accidentellement,
la fermentation causée par la contamination bactériologique d'aliments comme
le lait et certains légumes (concombre, olive, choux, fève de soja), nous a
permis de développer de nouvelles saveurs et textures.
De nos jours, la fermentation bactériologiques semble vouée
à une nouvelle vocation : générer des produits alimentaires qui peuvent aider
à prévenir et traiter les infections du tractus intestinal et respiratoire.
Les probiotiques
Depuis un peu plus de 10 ans, ce terme est employé pour désigner les aliments fermentés dont le contenu renferme des bactéries vivantes.
À l'opposé de l'action antibiotique détruisant ou empêchant la croissance d'autres micro-organismes, l'effet probiotique de certains produits fermentés encourage la survie des bactéries résidant à la surface des muqueuses respiratoires, intestinales et vaginales. Ces bactéries forment une des lignes de défense de notre système immunitaire et les produits probiotiques semblent aider à les maintenir en santé.
Le marché des aliments et produits probiotiques est encore tout jeune et malheureusement, il ne fleurit pas partout dans le monde. C'est surtout au Japon et en Europe qu'il est le plus développé.
Précurseurs et innovateurs, les Japonais n'ont pas attendu longtemps pour encourager la recherche sur la fermentation bactériologique alimentaire et l'étude de ses bienfaits sur la santé. Dès 1981, la Fondation Japonaise Bifidus était mise sur pied. Depuis, plus de 53 produits alimentaires probiotiques ont été mis en vente et acceptés par les consommateurs.
Les Européens ont aussi développé une expertise pour les probiotiques au fil des dernières années. Les consommateurs allemands et suisses surtout se sont montrés très intéressés par ce type de produits alimentaires. Plus de 21 différents types de yogourts et de breuvages à base de yogourt leur sont maintenant offerts.
Mais comme vous avez sûrement pu le constater, l'attrait pour les produits probiotiques s'est fait beaucoup moins ressentir en Amérique du Nord. Est-ce à cause des pressions gouvernementales ou des consommateurs qui craignent les bactéries, mais très peu de produits alimentaires probiotiques sont disponibles chez nous.
Pourquoi tant de réticence ? C'est que, parmi les différents types de bactéries utilisées pour la fermentation de nos aliments, seulement quelques-unes ont des effets bénéfiques pour notre santé.
En plus de changer la saveur et la texture de l'aliment, les gentilles bactéries aident à compléter la digestion des aliments et l'absorption des nutriments. Elles semblent aussi stimuler le fonctionnement de notre système immunitaire et produire des substances empêchant la croissance de bactéries pathogènes nuisibles à notre santé.
Cependant, d'autres bactéries utilisées pour la fermentation peuvent libérer, suite à leurs activités métaboliques, des substances cancérigènes et mutagènes nuisant à la santé de nos muqueuses. Certaines bactéries peuvent même produire des enzymes capables de convertir des résidus alimentaires non digérés en substances cancérigènes et mutagènes.
Faire le bon choix
C'est
pourquoi il est important de choisir des bactéries provenant de bonnes souches.
Cet aspect est prioritaire pour les organismes
gouvernementaux comme la Food and Drug Administration et Santé Canada.
Ils doivent s'assurer que la consommation des bactéries utilisées dans la
production de produits probiotiques n'est pas dangereuse pour la santé humaine.
Ils doivent aussi s'assurer que les recherches scientifiques encouragent et
appuient la présence de bactéries dans nos aliments. Finalement, des lois
doivent être mises en place afin de garantir que les produits alimentaires
identifiés comme étant des probiotiques contiennent des bactéries en
quantités suffisantes pour produire les effets attendus.
Pour ce faire, les chercheurs étudient les bactéries dont
les actions semblent bénéfiques pour notre santé afin de s'assurer qu'elles
survivront aux conditions "climatiques" difficiles du tube digestif.
En effet, le haut degré d'acidité de l'estomac, l'action émulsifiante des
sels biliaires et la digestion des enzymes peuvent les détruire ou empêcher
leur croissance. Si elles sont assez résistantes, ces bonnes bactéries
pourront coloniser les parois du côlon en assez grand nombre pour exercer leurs
bienfaits.
Avec tous ces impératifs, la confection de produits
alimentaires probiotiques n'est plus considérée comme un simple procédé de
transformation alimentaire. Cela nécessite une expertise, mais aussi une
volonté de la part des manufacturiers en agroalimentaire. Ils doivent pouvoir
fournir aux consommateurs des informations valides sur le type de bactéries
employées et les quantités présentes dans les produits.
La bonne nouvelle, c'est que les chercheurs et l'industrie
agroalimentaire se rencontrent de plus en plus souvent. Ils échangent leurs
connaissances et essayent de mieux comprendre les probiotiques afin de
développer des produits aux bienfaits toujours croissants.
Pour les intervenants des milieux de la nutrition, de la médecine, de l'agroalimentaire, de la recherche et de l'enseignement, intéressés en connaître davantage, un symposium international sur la santé par les probiotiques, organisé par la Fondation des Gouverneurs, aura lieu à Montréal, les 24 et 25 Octobre prochains (24-25/10/2002).