Les Allergies Alimentaires
Yanick Cyr, collaboration spéciale
La Presse, 29 Avril 2001
Pour une fraction croissante de Québécois, les plaisirs de la
table deviennent un sport où ils risquent leur vie à chaque bouchée. Les allergies
alimentaires forcent de plus en plus d'individus à garder un oeil sur la cuisine.
« J'ai découvert à l'âge de 29 ans que j'étais allergique aux
noix et aux arachides », confie Marthe Poirier, aujourd'hui âgée de 36 ans.
Mais c'est l'année suivante qu'elle a subi un choc anaphylactique, une réaction
allergique entraînant un chute de pression artérielle, une perte de conscience qui peut
provoquer un arrêt cardio-respiratoire et le décès. Mme Poirier était
au travail lorsqu'elle a éprouvé son malaise à l'heure du lunch. « J'ai été
chanceuse car des techniciens ambulanciers se trouvaient sur place et m'ont injecté mon
épipen. » C'est à la suite de cette mésaventure qu'on lui diagnostiqué des
allergies au chou, au soja et à plusieurs fruits à noyaux.
Les personnes atteintes d'allergies alimentaires devraient toujours
conserver à portée de la main une seringue d'épinéphrine (adrénaline),
commercialisée sous le nom d'épinen, qui peut - comme dans le cas de Mme
Poirier - leur sauver la vie. Cette injection n'enraye pas le choc anaphylactique, mais
atténue les symptômes et permet au patient de se rendre à l'hôpital. Les personnes qui
meurent d'un choc anaphylactique sont souvent celles qui n'ont pas leur seringue
d'épinéphrine à portée de main.
Les allergies alimentaires impliquent une réaction du système
immunitaire à l'ingestion de certains aliments qui contiennent des protéines. Elles
affectent de 1% à 2% de la population, dont une majorité d'enfants (7% des nourrissons
et 3% des enfants de 10 ans).
Certaines allergies, comme celles aux oeufs, au lait et au soja,
peuvent disparaître avec le temps, mais celles aux arachides, aux noix, aux poissons et
aux fruits de mer, tendent à persister la vie durant. Comme les tout-petits sont plus à
risque, l'Association Québécoise des Allergies Alimentaires (AQAA) oeuvre
davantage auprès de cette clientèle.
Origine génétique ?
Même si l'on sait très bien comment prévenir les réactions
allergiques, l'explication scientifique des causes est encore méconnue. L'hypothèse la
plus répandue soutient que les enfants héritent d'une prédisposition à l'allergie
alimentaire de leurs parents. Ils développent l'allergie très tôt, 50% des enfants
avant l'âge de deux ans, souvent en étant exposés aux allergènes. On recommande aux
parents de ne pas exposer les enfants aux principaux allergènes comme les arachides et
les noix (AQAA).
Malgré la prévention et l'éducation, il subsiste toujours quelques
périls.Certaines personnes préfèrent éliminer tous les risques alors que d'autres
acceptent de prendre une chance calculée à l'occasion. Se laver les mains, cuisiner
beaucoup, préciser aux gens les précautions à prendre lorsqu'ils nous invitent à un
repas, apporter notre propre repas, fréquenter avec les restaurants avec précaution.
Caractéristiques culturelles
Au Japon, la principales allergie alimentaire est causée par le riz.
En Scandinavie, c'est le poisson qui est l'allergène numéro un alors qu'en Amérique du
Nord, l'arachide remporte la palme.
Mais, outre ces derniers, sept autres allergènes tiennent les
allergologues en haleine. En Amérique du Nord, les noix, le poisson, les fruits de mer,
le lait, les oeufs, le soja et le blé, s'ajoutent à l'arachide pour causer 90% des cas
d'allergie alimentaires. Ces aliments qui se retrouvent dans plusieurs mets compliquent la
cueillette du panier d'épicerie des allergiques. Ils doivent se transformer en
véritables détectives des étiquettes et apprendre à en déchiffrer les « mots clés
». Ainsi une personne allergique aux oeufs doit-elle être attentive, entres autres, aux
mots ovalbumine et lécithine, deux termes qui désignent des dérivés de l'oeuf.
Depuis 1989, les allergiques reçoivent un coup de main de Santé
Canada. En avril 1997, l'Agence Canadienne des Inspections Alimentaires (ACIA) a
été chargée de surveiller l'industrie alimentaire où elle vérifie que les étiquettes
apparaissant sur l'emballage soit conforme au produit contenu. Mais, malgré les
inspections, des erreurs peuvent se glisser et s'avérer mortelles pour des consommateurs
allergiques. Santé Canada travaille donc actuellement à corriger cette situation. Les
producteurs devront indiquer toute trace d'allergène et s'assurer que les étiquettes
mentionnent les sources des huiles végétales et des amidons.