2-La Personne
Neurosciences du Comportement (05-3)
notes 5-3: L'Affectivité extraits (pages)
Les émotions se distinguent des autres formes d'activité nerveuse par le fait qu'elles sont subjectivement reconnues comme pouvant se colorer d'une qualité particulière, agréable ou désagréable.
1-Bases neurophysiologiques de l'affectivité
2-Bases biochimiques de l'affectivité
3-Bases métaboliques de
l'affectivité
3-Bases métaboliques de l'affectivité (104)
Le schéma précédent fait appel à des notions biochimiques très générales, s'intégrant dans des ensembles neuronaux, c'est-à-dire des populations cellulaires, considérés comme structures d'ensembles. Mais il faut aussi se souvenir de ce que, dans chaque neurone, les processus biochimiques sont ordonnés et organisés suivant une hiérarchie précise qui n'est pas laissée au hasard de l'agitation thermique. Il n'est pas question ici d'entrer dans la description de ces structures infracellulaires (réticulum endoplasmique, microsomes, mitochondries, lysosomes, etc.) et de leurs fonctions. Cependant, il est utile de comprendre que ces usines chimiques microscopiques, qui ont pour mission fondamentale de mettre en réserve ou d'ioniser les molécules d'hydrogène liées aux substrats alimentaires, molécules d'hydrogène chargées de l'énergie d'excitation du photon solaire, ces usines chimiques ne sont pas toutes construites exactement de la même façon.
Oxydo réduction (105)
La variation des usines chimiques vivantes résulte
de la hiérarchisation croissante liée à l'évolution. L'absence d'oxygène moléculaire
dans l'atmosphère primitive où la la vie a pris naissance, a déterminé l'apparition
première de formes vivantes capables de vivre sans utiliser de vivre sans utiliser
d'oxygène. Ce sont les formes dites "anaérobiotiques" dont
beaucoup persistent encore de nos jours.
Mais avec la photosynthèse, l'apparition de l'oxygène
moléculaire dans l'atmosphère terrestre obligea la vie à composer avec ce
nouvel élément fort dangereux pour elle, car constituant une forme radicalaire. En effet
la vie, sous son aspect constructif de structures, est avant tout
un processus dépendant des réductions et non des oxydations.
Les réductions sont l'accumulation, dans une structure
moléculaire plus ou moins complexe, de molécules d'hydrogène.L'atome de carbone
(qu'un électron délocalisé rend apte à contracter des associations avec d'autres
atomes) y sert de brique et les briques sont reliées entre elles par la molécule
d'hydrogène qui sert de ciment.
Dans les oxydations au contraire, l'énergie de la
molécule d'hydrogène peut être mise en réserve sous forme de composés phosphorés
riches en énergie (ATP) (oxydations phosphorylantes). L'oxygène,
molécule biradicalaire, c'est-à-dire à qui il manque deux électrons sur son orbite
périphérique, va recevoir ces électrons par l'intermédiaire de la vie elle-même, de
la molécule d'hydrogène ionisée.
Jusqu'à là, en absence d'oxygène moléculaire atmosphérique, ces
électrons étaient acceptés à l'extrémité des chaînes biocatalytiques par une
molécule organique telle que l'acide pyruvique qui était réduit en lactique.Il
s'agissait d'oxydation sans oxygène par soustraction d'hydrogène. De
tels processus anaérobiotiques dits "fermentaires" suffisaient
à la synthèse d'ATP, énergie chimique nécessaire au maintien de la structure
vivante et à l'établissement des processus synthétiques eux-mêmes.
Mais la fermentation lactique, par exemple, n'a
pas un gros rendement puisque pour une molécule de glucose qui
l'alimente, deux molécules seulement d'ATP seront mises en réserve. Par
contre, avec la machinerie plus complexe que constitue la mitochondrie qui utilise
l'oxygène moléculaire, la dégradation des substrats se fera de façon beaucoup
plus rentable puisqu'une même molécule de glucose donnera naissance à trente-huit
molécules d'ATP.
Vie et oxydation (106)
Dès l'apparition de la mitochondrie, leur rendement
énergétique étant considérablement accru, les formes
vivantes ont pu utiliser cette énergie non pas seulement au maintien
direct, à la reconstruction immédiate de leur structure et à leur multiplication,
mais au maintien indirect par le mouvement, par l'acquisition d'une
certaine indépendance au sein de l'environnement. Ce mouvement exige
évidemment une grosse dépense énergique. Elle a été rendue possible surtout par les
processus oxydatifs.
Cette parade inventée par la vie à la toxicité de
l'oxygène moléculaire fut un pas fondamental parcouru sur la longue route de l'évolution
biologique. La vie a fort probablement découvert aussi ce que nous
appelons le vieillissement, la mort, par l'utilisation
énergétique de l'oxygène.
Nous voulons ici attirer l'attention sur le fait que c'est une évolution
biochimique et métabolique qui a précédé l'évolution
macroscopique des formes vivantes. Et nous voulons sutout souligner le fait
caractéristique de l'évolution, c'est qu'elle s'est rarement réalisée en retranchant
ou en détruisant, mais bien en ajoutant, ce qui a permis de
"complexifier".
La vie, en ajoutant à une structure existante une
autre structure, a réalisé à chaque étape une "émergence" de
caractéristiques nouvelles.
Notons au passage qu'en ajoutant des processus oxydatifs aux processus
fermentaires, la vie a trouvé il y a quelque milliards d'années le
moyen d'utiliser comme substrat (source d'énergie pour des processus oxydatifs) l'acide
lactique, produit de déchet des processus fermentaires.
Métabolisme et évolution (108)
Il est nécessaisre de nous étendre sur la persistance, côte à
côte au sein d'un organisme complexe, de structures métaboliques anciennes et primivives
avec des structures plus récentes et plus élaborées. Le cerveau humain s'est bâti sur
les fondations du cerveau des mammifères anciens et ce dernier avait pour base celui des
reptiles. Mais aucun d'eux n'a disparu au cours de l'évolution.
De même que le paléocéphale est toujours là, simplement recouvert
du point de vue anatomique, mais cependant complètement transformé du point de vue
fonctionnel dans l'équipement neuronal de l'encéphale humain, de même nous retrouvons
dans notre organisme évolué les étapes évolutives précédentes au niveau
d'organisation biochimique et métabolique de la vie. Et nous retrouvons aussi une
complémentarité nécessaire à l'apparition de propriétés nouvelles.
Lysosomes (108)
Les cellules à type fermentaire (on dit
glycolytique) prédominant, ces cellules phylogénétiquement assez
primitives, constituent l'ensemble tout d'abord de ce qu'il est conevenu d'appeler le système
réticulo-endothélial. Ce système possède une propriété fondamentale qui est
la phagocytose, c'est-à-dire l'englobement de particules microscopiques
introduites dans l'organisme, leur digestion et le rejet des déchets résultants.
Ces particules, qui sont étrangères à l'organisme et ne peuvent
être utilisées comme substrats, sont digérées par des "enzymes gloutonnes"
* contenues dans de petits sacs intracellulaires,
découvertes et décrites par de Duve, les lysosomes. On
imagine que ce processus qui paraît être un mécanisme de défense et de
nettoiement peut être aussi un processus de mort si ces enzymes
gloutonnes libérées dans le milieu cellulaire digèrent les protéines cellulaires
elles-mêmes. C'est pourquoi de Duve les a dénommées parfois "sacs
suicidaires".
Quand on sait que la paroi de ces sacs est rompue
par l'oxydation des lipides qui en forment un des principaux éléments
constitutifs, on devine que là encore l'oxygène n'a pas toujours le
rôle de protection de la vie. On voit aussi combien il est facile de
passer d'un processus dit de défense à un processus de destruction de la vie.
Fermentation (glycolyse) et complémentarité métabolique (109)
Le type fermentaire réticulo-endothélial du
métabolisme cellulaire se renconcre aussi dans de nombreux autres tissus, où il se
trouve généralement couplé au type oxydatif plus
récent, dans une symbiose nutritive et fonctionnelle particulièrement efficace.
Il en est ainsi pour la complémentarité fonctionnelle du tissu
spécifique (embryonnaire) du coeur qui appartient au type ancien
glycolytique, animé d'autorythmicité, et qui entraîne la contraction du tissu oxydatif
plus moderne, la fibre contractile myocardique. La finalité de celle-ci est la
réalisation du lourd travail mécanique qui incombe à la pompe cardiaque et qui exige
une forte accumulation d'énergie.
Névroglie:
De même il en est encore ainsi dans le système nerveux,
où la névroglie ne peut être séparée fonctionnellement du neurone,
bien qu'on ait limité longtemps son rôle à celui d'un tissu de remplissage, analogue à
celui du tissu conjonctif au niveau des autres organes.
Au niveau du système nerveux le neurone, origine des voies nerveuses
qui mettent en relation les tissus et organes entre eux et la périphérie sensible avec
la périphérie motrice, le neurone, structure hautement oxydative, évoluée et récente,
se trouve entièrement capitonnée, entourée, de cellules primitives anciennes, les
cellules névrogliques, sans prolongement cylindraxique, et apparemment sans fonction
véritablement "nerveuse". Mais, comme le neurone se trouve séparé de la
cavité des vaisseaux nourriciers par ces cellules névrogliques qui contrôlent
entièrement son activité métabolique, son approvisionnement en substrats (glucose), en
oxygène et assurer l'élimination des déchets résultant de son activité fonctionnelle,
on conçoit que l'électrogénèse et le fonctionnement neuronal seront bel et bien
dépendants étroitement de l'activité nevroglique ( * Laborit,
Neurophysiologie). Le Gamma OH illustre le phénomène.
Gamma OH (g OH) et sommeil (111)
Dans les années 1960, notre groupe (Laborit et col., 1960) 1
a synthétisé, étudié expérimentalement et introduit en thérapeutique humaine, un sel
d'acide gras à courte chaîne, le 4-hydroxybutyrate de sodium (ou g OH). Cette molécule biologique est présente à l'état
physiologique dans le cerveau des mammifères comme l'ont montré par la suite aux USA
Fishbein et Bessman (1963)
2 ainsi que Roth et Giarman (1969) 3. Elle induit
un sommeil physiologique, riche en phases paradoxales et elle est entièrement
métabolisée, c'est-à-dire utilisée comme un aliment cellulaire, dont les déchets sont
du CO2 et de l'H2O. On
peut dire que sa toxicité est nulle ou du moins qu'elle n'est pas plus toxique qu'un
aliment.
Or, cette molécule ne peut agir sur les processus oxydatifs, et
Crawford et Curtis en Angleterre (1964) 4 ont montré que, déposée au contact d'un
neurone grâce à des micropipettes, elle n'influence absolument pas son activité
électrogénétique, quelle que soit la situation la situation de ce neurone au niveau du
système nerveux central.
Par contre elle se montre capable d'influencer le métabolisme et le
comportement fonctionnel de structures métaboliques plus primitives, du type
glycolytiques, et de ce fait nous a conduit à penser que si elle provoquait le sommeil
c'était probablement et avant tout par son action sur la névroglie.
De nombreux faits expérimentaux conduisent ainsi à admettre que c'est
en favorisant, en accélérant la repolarisation de la névroglie,
qu'elle favorise et accélère la restauration fonctionnelle du neurone.
Or, la repolarisation aura pour résultat le rejet du sodium et
l'enrichissement en potassium de la cellule névroglique. Comme les espaces entre les
cellules sont virtuels, le sodium étant l'excitant physiologique de toute cellule vivante
dont il déclenche en pénétrant dans son cytoplasme le potentiel d'action (voir *). on peut imaginer que la
repolarisation névroglique va déclencher l'activité neuronale caractéristique de
l'apparition du sommeil paradoxal. Celui-ci paraît donc bien une mesure en quelque sorte
de la restauration métabolique secondaire et indirecte du neurone.
D'autre part, la richesse et l'abondance des cellules névrogliques
sont particulièrement grandes au niveau des couches superficielles du cortex cérébral
et on peut en déduire et constater aussi expérimentalement que l'hyperpolarisation (en
d'autres termes l'inhibition fonctionnelle par repos sous l'action du g
OH ), sera prédominante au niveau du cortex cérébral; d'où le sommeil, la perte
de conscience à certaines doses. Ainsi, la formation réticulaire et le système
limbique, libérés du contrôle cortical et restaurés du point de vue métabolique,
seront-ils à l'origine chez l'individu endormi du sommeil paradoxal et du rêve,
c'est-à-dire d'une activité nerveuse, sans rapport objectif avec l'environnement
immédiat. Ces formations travailleront sur un acquis mémorisé. (112)
La première application de ces
phénomènes est toutefois un peu décevante. L'accélération de la restauration nerveuse
sous l'action du g OH laisse souvent faible la durée du
sommeil chez l'insomniaque. Cependant, par l'accroissement relatif du sommeil profond, qui
est expression de la récupération nerveuse centrale, l'amélioration fonctionnelle
devient considérable.. Il est toutefois difficile d'expliquer au profane qu'il
est plus avantageux de dormir deux heures en sommeil paradoxal que six heures en sommeil
à ondes lentes.
Si l'on admet avec les psychanalystes l'importance du rêve
dans la décharge affective des refoulements inconscients accumulés, on devine
l'intérêt de favoriser la phase paradoxale qui s'accompagne de rêve.
g OH et sexualité (113)
L'expérience clinique du g OH
(non expérimentale, chez les animaux) mérite d'être signalée. A des doses
n'entraînant pas de sommeil incoercible, le g OH
provoque l'inhibition corticale et la libération limbique. Il s'agit d'un accroissement
d'activité aphrodisiaque qui ne résulte que de la suppression
des processus d'inhibition corticaux. Cette action ne paraît être ainsi que la
conséquence de l'activité anxiolytique de la drogue, laissant au
système limbique, qui commande à l'activité génitale, sa liberté fonctionnelle. Tous
les utilisateurs de la forme orale de g OH ont observé cette
activité. Examinons-en les raisons.
La première de ces raisons nous permet de préciser une distinction fondamentale à
l'égard des sources de l'anxiété, problème majeur de notre époque..
L'anxiété peut résulter, d'une part, de la nouveauté d'une
situation extérieure, non encore expérimentée, comme de la survenue d'une situation
dangereuse, déjà connue comme telle. Dans ce cas, il est peu probable que le g OH puisse se comporter comme un anxiolytique puisque la source de
l'anxiété est une situation réelle, établie dans l'environnement.
Mais l'anxiété peut résulter d'autre part, et
cela est assez proprement humain, de la construction imaginative d'une situation qui
n'existe pas, mais qui serait susceptible de survenir. Cette anxiété
est bien un processus néocortical, elle résulte bien de la construction d'une
situation fictive et redoutée.
Il est banal de dire que la majorité des impuissances
sexuelles ont une origine dite "psychique" de cet ordre et
rarement une origine plus banalement endocrinienne. C'est pourquoi les
traitements endocriniens sont si souvent décevants dans le traitement des insuffisances
sexuelles. (114)
On comprend ainsi que le g OH, en
réduisant l'activité néocorticale ou plus exactement l'hyperexcitabilité
néocorticale, est capable de redonner au système limbique une indépendance
fonctionnelle rétablissant l'harmonie instinctive de l'acte sexuel. En ce sens,
c'est bien un anxiolytique, mais un anxiolytique spécifique de l'homme.
D'ailleurs, nous avons reconnu (Laborit et col.) cette spécificité très tôt, en
constatant que quatre grammes de la drogue injectée par voie veineuse chez l'homme de
soixante-dix kilos, est capable de fournir un sommeil anesthésique alors que la même
dose chez un lapin de deux kilos n'entraînait pas le sommeil, simplement parce que le
lapin, moins corticalisé que l'homme, est moins sensible à une drogue dont l'action se
révèle assez purement corticale.
Par contre, la diminution de l'anxiété procurée par les
tranquillisants s'adressera plus particulièrement à l'anxiété qui résulte
d'une situation réelle, bien que la diminution de la réactivité de la formation
réticulaire et du système limbique qu'ils procurent généralement soit susceptible
aussi de diminuer l'anxiété endogène du type précédent. Mais dans ce cas,
l'activité instinctive du système limbique risque d'être également déprimée et la
libido fortement réduite. L'impuissance n'en sera donc pas
aussi efficacement contrôlée.
g OH et l'épanouissement de la personne (115)
Si nous admettons l'importance fondamentale de l'instinct sexuel au
centre des rapports sociaux, qu'il constitue la base du besoin de domination, que tout le
comportement individuel se trouve à chaque instant transformé par la façon dont
l'instinct sexuel s'assouvit, que tout ce que la psychanalyse appelle
"complexes" est souvent obscurci par les interdits sociaux et refoulé dans
notre encéphale préhominien, l'admission d'un besoin de reproduction nécessaire à la
perpétuation de l'espèce, instinct premier, vieux comme la vie qui n'existerait sans
lui, alors nous réalisons combien une molécule comme le g OH,
le jour où l'on aura reconnu plus généralement son mécanisme d'action et
vulgarisé son emploi, est peut-être capable de fournir une aide efficace à la
réalisation de ce que nos humanistes modernes appellent "l'épanouissement" de
l'individu. Une molécule comme le g OH, ou une autre...
Anesthésie et Affectivité (116)
Auparavant l'anesthésie chirurgicale se réalisait
par l'administration d'une substance inhibitrice puissante du système nerveux.
Éther, chloroforme, cyclopropane, puis barbiturates, par exemple, réalisent une
inhibition fonctionnelle temporaire et réversible de l'ensemble du système nerveux. Ils
la réalisent semble-t-il en bloquant la synthèse d'ATP,
indispensable au fonctionnement de toute cellule vivante. Ils inhibent les
processus oxydatifs.
Mais, si on peut se passer temporairement du système nerveux, d'autres
organes doivent conserver leur fonctionnement (le cur, par exemple). Or les anesthésiques
puissants ne sont pas seulement toxiques pour le système
nerveux, mais aussi pour certains organes immédiatement indispensables, comme le
cur où l'anesthésique peut entraîner l'arrêt brutal et la mort.
D'autre part, ces produits qui produisent une anesthésie profonde sont
d'autant plus toxiques qu'ils inhibent la réaction de défense à l'agression
chirurgicale, réaction qui met en jeu la libération d'adrénaline avec toutes ses conséquences sur
le calibre des vaisseaux, la nutrition des organes splanchniques et le fonctionnement
métabolique cellulaire en général.
Or, si on maintient une anesthésie superficielle,
donc peu toxique, en faisant appel au curare
pour bloquer certaines réactions motrices et diminuer le tonus musculaire persistant,
gênant pour le chirurgien, alors on ne bloque en rien cette réaction
adréno-sympathique de défense à l'origine des états de choc 5 .
On conçoit que les neuroplégiques,
en inhibant spécifiquement la formation réticulaire du tronc cérébral
et l'hypothalamus , en inhibant conséquemment la réaction
surrénalienne à l'agression, ont pu au prix d'une faible toxicité,
protéger l'organisme de l'agression chirurgicale et permettre l'emploi d'anesthésiques
faibles et peu toxiques.
Sous le terme global d'anesthésie se cachent en
réalité de nombreux phénomènes de signification différente. C'est ainsi que
l'inhibition étagée des voies de la douleur, si elle ne touche pas au
cortex, est capable de fournir une absence de douleur c'est-à-dire une analgésie sans
perte de conscience, sans sommeil.
Inversement, le g OH peut
provoquer, à certaines doses, un sommeil, alors que tout le système
nerveux sous-cortical, continuera à répondre à l'agression chirurgicale. Le sujet ne
sera pas conscient de sa souffrance et n'en conservera aucun souvenir conscient.
Une action plus localisée inhibant le système thalamique
diffus diminuera l'attention portée par le malade au phénomène douloureux, de
même qu'une dépression fonctionnelle du système limbique diminuera la réaction
affective à la douleur.
Ainsi, par des associations de drogues administrées à des doses
faibles et peu toxique, on peut obtenir une analgésie sans sommeil vrai, un sommeil sans
analgésie, ou au contraire une analgésie et un sommeil, combinaison qui est la seule à
laquelle on puisse conserver le nom d'anesthésie générale 6 .
Cette description rapide fournit
quelques éléments pour faciliter la compréhension du phénomène appelé
"affectivité". Toute l'histoire de l'Homme a décrit ces phénomènes qui
prennent leur origine dans des réactions enzymatiques, se continuent dans des activités
métaboliques, puis dans l'activité fonctionnelle de voies nerveuses multiples,
hiérarchiquement organisées. Du sentiment le plus violent jusqu'à l'émotion la plus
raffinée, tout repose sur le déplacement de quelques électrons, l'échange
trans-membranaire de quelques ions, la naissance de quelques protéines, qui règlent la
propagation d'influx nerveux dans des systèmes dont, pour la plupart, la structure est
mille fois plus ancienne que celle qui a suscité le premier Homme.
Est-il possible d'aborder l'étude des comportements individuels et
sociaux, dans l'ignorance de leurs mécanismes les plus fondamentaux, alors que quelques
microgrammes de certaines drogues sont capables de transformer profondément ces
mécanismes? Un sectarisme affectif stérilise au départ toute adaptation possible. (120)
* Enzyme est féminin
1 H.
Laborit et col.: "Généralités
concernant l'étude expérimentale et l'emploi clinique du hydroxybutyrate de Na."
Agressologie,
1960, 1, 4: 397-406.
2 Fishbein W.N. et Bessman S.P. (1963): A new brain metabolite with
anesthetic properties. 33d ann. meeting Soc. Pediatric Research Atlantic City, N.J., May
1963
3 Roth R.H. et Giarman N.J. (1969): Conversion in vivo of
aminobutyric to hydroxybutyric acid in the rat. Biochem. Pharm. 18, 1: 247-250.
4 Crawford J.M. et Curtis D.R. (1964); The excitation and depression
of mammalian cortical neurones by amino-acids. Brit. J. Pharmacol., 23: 313-329
5 H. Laborit (1952) :
Réaction organique à l'Agression et Choc, 2è éd., 1954, Masson Cie.
6 H. Laborit : L'Anesthésie
facilitée par les Synergies médicamenteuses. 1950, Masson Cie.