Troisième Âge Actuel en
Société (2)
Collaboration spéciale, Katia
Gagnon
La Presse, Montréal, Samedi 06 Septembre 2003
Troisième Âge : Les super-vieux
Les 11 000 morts de la canicule auront provoqué en France une réflexion nationale sur le sort des personnes âgées, littéralement abandonnées à elles-mêmes. Plusieurs d'entre elles auront été jusqu'à la toute fin le symbole de la solitude puisque certains corps n'ont même pas été réclamés par les familles. Mais le constat pathétique posé par cette tragédie -- dans nos sociétés, vieillesse égale souvent discrédit, puis abandon -- se modifiera peut-être à mesure que les aînés d'aujourd'hui seront remplacés par la turbulente génération du baby-boom.
Un rapport passionnant du think-tank britannique Demos, paru cette semaine, envisage la question du vieillissement sous un angle original : et si les « nouveaux vieux » du baby-boom modifieraient complètement le concept de retraite, et partant, celui de la vieillesse ? Selon les chercheurs, notre vision du vieillissement prochain de la population, et des problèmes qu'il risque de poser, est faussée parce que nous la regardons avec les lunettes du passé. En d'autres termes, nous attendons de ces nouveaux vieux qu'ils se conduisent exactement comme la génération qui les a précédés. Or, nous avons probablement tout faux.
Bien sûr, il est difficile de brosser le portrait d'une génération sans verser dans les clichés et les généralités abusives. Mais, en analysant les données de moult sondages d'opinion, on peut y aller de quelques trait communs : les baby-boomers sont en général davantage non-conformistes, moins attachés à la religion et moins respectueux des autorités que ne l'étaient leurs parents, les actuels gens âgés. C'est aussi une génération qui a été fortement marquée par la société de consommation et par les revendications sociales ou alors par un net individualisme.
Ces traits sociologiques marqueront vraisemblablement leur façon d'aborder la retraite. Le concept du 20-40-10, vingt ans d'apprentissage, quarante ans de travail et dix ans de retraite, risque d'être modifié en profondeur par ces gens qui voudront, peut-être, continuer de s'épanouir sur tous les plans. Conjuguer, donc, travail et temps libre. Ou alors qui n'auront tout simplement pas les moyens de se payer la société des loisirs à temps plein : Statistique Canada nous révélait cette semaine que le tiers des baby-boomers canadiens ont fait une croix sur le rêve de retraite à 55 ans.
Peut-être assisterons-nous donc à de nouvelles formes de travail. Retraite progressive. Démarrage d'entreprises par les gens âgés. Retour aux études. Collaboration familiale pour la garde des petits enfants. Le secteur privé devra s'adapter à la réalité de ces super-vieux, dont les exigences viendront s'imbriquer aux nécessaires adaptations en matière de conciliation travail-famille, pour les plus jeunes, et à la pénurie attendue de main-d'œuvre qualifiée. Ces lignes de force pourraient, dans les prochaines années, remodeler totalement le marché du travail dans les pays industrialisés. Et ainsi changer totalement notre regard sur les personnes âgées, souvent déconsidérées, de nos jours, parce qu'elles n'occupent plus de place dans la vie active. Ce changement total de paradigme face à la vieillesse pourrait constituer la dernière révolution d'une génération qui continuera, même la tête blanche, à tout bouleverser sur son passage.