Thème
: Socio
TÉMOIGNAGE pour le QUÉBEC !
Collaboration
Johanne Chayer
TÉMOIGNAGE, Montréal, Lundi, 02 Avril 2007
IMMIGRATION !
« Je me souviens »
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Musulmane |
« POUR NE
PAS OUBLIER ET SURTOUT POUR NE PAS RECULER
J'aurais voulu aller rencontrer ces femmes musulmanes à Hérouxville pour
partager leur culture et leurs recettes, mais surtout pour profiter de
l'occasion de leur expliquer notre devise je me souviens.
Je me souviens que, dans mon jeune âge, nous ne pouvions pas entrer à l'église
sans avoir un voile ou un chapeau sur la tête. À cette époque, je me souviens
aussi que c'était aussi un péché mortel de
manger de la viande le vendredi. Dans la même décennie, je me souviens que ma
mère a été chassée de l'Église parce qu'après avoir mis au monde quatre enfants,
elle ne voulait plus en avoir d'autres.
Je me souviens que pour cette raison, le pardon de ses fautes lui était refusé
par l'Église à moins qu'elle ne laisse son corps à son mari, avec ou sans
plaisir, au risque d'atteindre la douzaine.
Je me souviens qu'elle a refusé et qu'elle a quitté l'Église comme beaucoup
d'autres femmes de sa génération. Je me souviens que ma mère s'est ensuite
séparée de mon père et que nous sommes devenus la cible des regards et des
commentaires désobligeants de notre paroisse.
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Elle 1940 |
Cependant je
me souviens qu'à la suite de sa séparation, nous avons vu le collet romain sur
la table de nuit. Le prêtre voulait-il tester les moyens de contraception de
l'heure ? Dans la même décennie, je me souviens que la cousine de ma mère a
obtenu le divorce et qu'elle a reçu du même coup son excommunication de Rome.
Je me souviens que quelques années à peine avant ma naissance, les femmes ont
obtenu le droit de vote et en même temps le droit d'être considérées comme des
citoyennes à part entière dans la société. Je me souviens que lorsque j'étais
jeune, nous devions nous aussi, comme pour les religions musulmane et autres,
prier sept à huit fois par jour. La messe à tous les matins, une prière avant le
déjeuner, une prière en entrant en classe, une au dîner sous le coup de
l'Angélus, une autre avant la classe de l'après-midi, les grâces au souper,
le chapelet en famille avec le Cardinal Léger et une dernière prière avant
d'aller au lit. Il y avait le mois de Marie, les Vêpres, etc...
Nous avions aussi de longues périodes de jeûne avant Noël (l'Avant), avant
Pâques (le Carême). Je n'ai pas dit non plus que nous devions porter le deuil
durant un an et moins selon le degré de parenté de la personne décédée.
Je me souviens que, tour à tour, ma mère et ma belle-mère ont vu une
opération urgente retardée en attendant que leur mari respectif, de qui elles
étaient séparées de fait et non légalement, apposent leur signature pour
autoriser leur intervention chirurgicale. Devenue adulte, je me souviens que
grâce aux pressions de la génération précédente, j'ai eu accès aux premiers
moyens de contraception qui m'ont permis de restreindre le nombre de mes propres
rejetons. Je me souviens aussi qu'il n'était plus un péché de manger de la
viande le vendredi. Je ne sais pas ce qui est arrivé à ceux qui sont allés en
enfer. J'espère qu'on les a rapatriés. Devenue adulte, je me souviens avoir
travaillé dans des environnements traditionnellement réservés aux hommes. je me
souviens des frustrations de ne pas avoir été traitées au même titre que les
hommes dans les entreprises et surtout dans la vie en général.
Je me souviens qu'après avoir eu un fils, je ne voulais plus d'autres enfants de
peur que ce ne soit des filles, par solidarité et parce que le travail qui
restait encore à faire pour atteindre l'égalité était énorme. Je me souviens des
efforts que beaucoup de femmes ont dû déployer pour se faire reconnaître et pour
obtenir des postes administratifs de haut niveau. je me souviens du militantisme
de beaucoup de femmes qui ont travaillé d'arrache-pied pour obtenir l'équité
dans notre pays comme politicienne, au sein des chambres de
commerce, des syndicats, du Conseil du statut de la femme, etc.
Je me souviens qu'il a fallu plus de cinquante ans d'efforts collectifs pour
nous libérer de l'emprise de l'Église et de la religion sur nos vies. je me
souviens qu'il a fallu plus de soixante ans (1940 à 2006) pour obtenir l'équité
salariale et que ce n'est pas encore fini.
Mes soixante ans font que je sais que rien n'est acquis dans la vie et qu'il
faut maintenir voire redoubler nos efforts pour ne pas perdre le résultat de
tous ces labeurs. Je ne suis pas raciste, cependant, lorsque je vois d'autres
ethnies, imprégnées par leur religion contrôlante, vouloir s'imposer dans notre
société, j'ai peur. J'ai peur parce que ces hommes et ces femmes ne savent pas
quel
chemin nous avons parcouru. De plus, les jeunes québécoises qui embrassent cette
religion qui voile les femmes ne se souviennent pas. C'est donc par ignorance
qu'on explique leur choix. Aucun animal dans la nature à part l'homme, n'abrille
sa femelle par dessus la tête.
Je suis maintenant une grand-mère de quatre merveilleuses petites filles et j'ai
peur. J'ai peur lorsque je vois une femme voilée travailler dans un CPE ou dans
nos écoles ou encore lorsqu'on y laisse un enfant porter le Kirpan. Nous nous
sommes débarrassés de tous ces symboles religieux et voilà qu'ils reviennent à
l'endroit même où l'éducation de notre nouvelle génération est cruciale et à la
période à laquelle on doit inculquer les principes fondamentaux de vie en
société à nos enfants. La tolérance envers ces symboles religieux que sont le
voile, le Kirpan, le turban dans les CPE, dans nos écoles et dans nos
institutions en général est un manque de respect pour les générations
précédentes qui ont travaillé si fort pour se retirer de l'emprise de la
religion sur nos vies. Vous ne
vous souvenez pas ! Moi, je me souviens et à cet égard, je n'ai aucune tolérance
et je ne veux aucun accommodement par respect pour ma mère, ma tante et pour mes
petites filles.
Je me souviens que la charte des droits et libertés permet à chacun de pratiquer
la religion de son choix, mais de grâce que cette religion demeure dans la
famille. Le port du voile dans la religion musulmane est pour nous la
démonstration la plus importante de la soumission de la femme et c'est cela qui
nous fait peur et qui nous choque parce qu'on se souvient. On se souvient que ce
symbole existait il y a cinquante ans et on ne veut pas revenir en arrière.
Je me souviens surtout que lors de la Révolution tranquille, les communautés
religieuses ont suivi tout naturellement l'évolution de notre société en se
laïcisant. Elles ont troqué, sans qu'on le leur impose, leurs grandes robes
noires et leurs voiles dans le cas des femmes pour des habits civils sans pour
autant renier leur foi et sans cesser de prier. Plusieurs de ces personnes sont
encore vivantes aujourd'hui. Doit-on leur dire qu'elles ont évolué à tort et
qu'elles
ont fait tous ces efforts pour tomber dans l'oubli ?
Que l'on prie Jésus, Mahomet ou Bouddha m'importe peu, mais nous nous sommes
battus, québécois et québécoises, pour que notre société soit laïque. Nous nous
sommes battues, québécoises, pour obtenir l'égalité du droit de parole entre les
hommes et les femmes autant que pour l'égalité des chances au travail.
Souvenez-vous que si vous avez immigré au Canada et surtout au Québec, c'est
pour faire partie d'une société ouverte qui vous donne sur un plateau d'argent
tous les acquis que les générations précédentes ont obtenus particulièrement au
chapitre des droits des femmes. Je veux croire aussi que c'est par ignorance de
nos traditions et de nos coutumes et non par manque de
respect que les femmes musulmanes veulent montrer au grand jour voire imposer
ce symbole de leur croyance qu'est le voile. Peut-être que notre société va trop
loin avec ses libertés. Mais, le balancier doit s'arrêter au milieu et non
régresser jusqu'au point de départ. Il faut se souvenir.
L'intégration à une société commence par le respect de ses traditions et de ses
coutumes ainsi que par le respect envers ses citoyens et citoyennes qui ont
participé à l'exercice. Peut-être que nos livres d'histoire ne se souviennent
pas ou bien qu'ils n'ont simplement pas été mis à jour. C'est donc la
responsabilité du gouvernement d'appliquer notre devise « je me souviens » à
notre Histoire et d'intégrer à cette Histoire les efforts de nos générations
précédentes pour atteindre la société d'aujourd'hui et surtout de s'assurer que
la génération montante s'en souvienne. C'est aussi la responsabilité des
organismes d'accueil aux immigrants de leur faire connaître cette devise du
Québec «» afin que ces nouveaux arrivants ne pensent pas que nous sommes
racistes simplement parce que l'on s'en souvient et qu'on ne veut pas imposer à
notre
progéniture d'avoir à reprendre les mêmes débats qu'il y a cinquante ans.
En terminant, pour commenter le sondage du journal La Presse d'hier sur les
musulmans heureux de vivre chez nous, je dis que même et surtout si les femmes
voilées que l'on retrouve dans les CPE ainsi qu'ailleurs dans nos institutions
font partie de cette majorité heureuse de vivre en notre terre, alors cette
majorité m'incommode pour tous les arguments que j'ai soulevés précédemment.
Grand-mère Johanne Chayer »