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Victime de la Loi Anti-Tabac Qc

Extrait de La Presse : Violaine Ballivy
La Presse, Montréal, Mardi, 25 Juillet 2006

Victime de la Loi Antitabac :

Loto-Québec perd des millions

Photo archives, La Presse

La loi antitabac éteint une part des profits de Loto-Québec. Depuis que les fumeurs doivent écraser avant d'entrer dans les bars et les salles de jeu, la société d'État a vu les revenus de ses appareils de loterie vidéo chuter de 12 à 15% en moyenne. Chaque semaine, ce sont de deux à trois millions de dollars qui échappent ainsi à Québec.

L'entrée en vigueur de la loi antitabac aura donc réussi là où tous les programmes de lutte contre le jeu pathologique ont échoué: elle a fait diminuer la fréquentation des appareils de loterie vidéo (ALV). Malgré leur application, les recettes tirées des ALV avaient continué de croître au fil des ans. De 9,6% en 2003-2004, puis de 5% l'an dernier, pour atteindre 1,3 milliard de dollars. À l'inverse, si la tendance observée depuis le 1er juin se maintient, Loto-Québec engrangera 150 millions de moins cette année qu'en 2004-2005.

Il s'agira alors de sa première décroissance en trois ans.

Il ne fait aucun doute pour le porte-parole de Loto-Québec, Jean-Pierre Roy, que la diminution est intimement liée à la nouvelle loi. «La proportion de fumeurs est plus importante parmi les joueurs que dans la population en général», dit-il.

À l'hippodrome de Montréal, où l'on compte 200 ALV, la fréquentation accuse une baisse de 25%. «Les gens se sont découragés de descendre deux étages pour sortir dehors en griller une», explique Micheline Boucher, superviseure de la salle de jeu.

Les pertes -«un peu plus importantes que prévu», selon M. Roy- inquiètent suffisamment la direction Loto-Québec pour qu'un comité étudie les moyens de les compenser. Les ALV fournissent le tiers des revenus de la Société. «On ne sait pas encore s'il s'agit d'un phénomène temporaire ou d'une tendance lourde. Les joueurs n'ont pas fini leur période d'adaptation.

On sera plus en mesure d'évaluer les choses dans quelques semaines», estime M. Roy. Loto-Québec devra entre autres déterminer si les clients perdus se sont tournés vers les jeux de hasard offerts sur Internet, et qui échappent à son contrôle.

En Cour suprême

Ce recul n'est pas sans effet pour les propriétaires de bars, où l'on retrouve la quasi-totalité des 13500 ALV. L'Union des tenanciers de bars du Québec (UQTB) déposera ce matin une requête à la Cour suprême pour que l'application de la loi antitabac soit partiellement suspendue. Peter Sergakis, président de l'UQTB, soutient que leurs recettes ont périclité de 30% depuis le 1er juin, causant 478 pertes d'emplois.

Propriétaire du bar Le Troubadour à Thetford Mines depuis 21 ans, Mario Lehoux raconte qu'il devra mettre la clé sous la porte si la loi n'est pas assouplie. «Mon chiffre d'affaires a baissé de 35%. Et encore, je suis chanceux parce que j'ai une petite terrasse. Mais cet hiver, ça va être pire. Je ne pourrai pas tenir. Les gens ont pris d'autres habitudes. Ils se réunissent dans des partys privés où ils peuvent fumer et boire en même temps.» Selon M. Sergakis, 25 autres bars seraient dans la même situation.

Représentée par Me Julius Grey, l'UQTB tentera de convaincre la Cour suprême que ces inconvénients sont plus importants que les méfaits causés par l'exposition des clients et des employés à la cigarette.

Cette action toutefois est loin de faire l'unanimité. Renaud Poulin, président de la Corporation des bars, brasseries et tavernes du Québec (CBBTQ), l'estime prématurée. «Nous n'avons pas eu le temps, en six semaines, d'évaluer la situation». Il affirme n'avoir eu vent d'aucune fermeture. «La loi n'aura fait qu'accélérer les choses pour certains, dont la santé financière n'était déjà pas très bonne.»

La Cour suprême devrait entendre la requête de l'UQTB d'ici un mois. Une manifestation sera alors organisée par les tenanciers de bars devant le palais de justice de Montréal.