Socio : Politique Québec
Québec : Nation Tanguy ?
Extrait de La Tribune :
Tribune Libre
André Arpin , Chesterville
La Tribune, Sherbrooke, Dimanche, 03 Décembre 2006
Qc Nation Tanguy ?
Quand j'ai
eu 21 ans, j'ai pu voter et aller dans les clubs (c'était l'âge légal en 1966).
Déjà, j'habitais en ville pour mes études et, bientôt, j'ai eu mon premier
emploi et ma première auto. Je devenais un adulte responsable de ses choix et de
son budget. Ma mère l'a réalisé le jour où je suis venu vider pour de bon mes
tiroirs à la maison familiale. Je revois encore la femme déterminée qu'elle
était, mais peu portée à verbaliser ses sentiments, et elle m'a simplement
souhaité, avec un sanglot dans la voix, d'être heureux dans mon nouveau chez-moi
avec ma compagne.
Jamais elle n'a trouvé anormal que je fonde mon propre foyer. Sa peine de mère
était compensée par de la fierté envers l'adulte émancipé que je devenais. La
famille ne serait pas moins unie et jamais elle ne m'aurait obligée à lui
confier la moitié de mes revenus pour les gérer en mon nom. Sa porte m'est
restée ouverte mais elle n'aurait pas accepté que, comme Tanguy, je demeure un
ado attardé qui colle à la maison par peur de s'engager. J'avais dit oui à ma
vie à moi... Je pouvais lui jaser de mes défis mais c'est moi qui décidais. Elle
est même devenue une grand-mère complice de mes réussites d'adulte et de mes
bonheurs. Aujourd'hui, c'est à mon tour de vivre le "nid vide" et d'être fier du
destin autonome de mes enfants. C'est la vie.
Ce qui m'amène au débat actuel sur la reconnaissance de notre nation québécoise.
Je suis convaincu que les nations évoluent comme les individus. Elles naissent,
grandissent et prennent leur place. Depuis bientôt 400 ans, nous avons d'abord
été une colonie, puis un territoire et ensuite le peuple fondateur, il y a 239
ans, d'un pays qui est devenu "une vraie maison de fous", comme le disait René
Lévesque dans les années 60.
Après les Durham, Colborne (qui a pendu
les patriotes), Diefenbaker, Trudeau, Chrétien, Martin, Stéphane Dion, et j'en
passe, qui nous niaient notre statut de nation adulte, voilà que Stephen Harper
nous reconnaît au nom du Canada mais à condition que, comme le "têteux" Tanguy,
nous soyons un peuple de "chialeux" soumis à jamais...
Pourtant, même Bourassa avait compris et affirmé en 90 "quoi qu'on dise et quoi
qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte,
libre et capable d'assumer son destin et son développement " et même Charest est
allé affirmer en Europe cet été que nous avons "les moyens financiers " de
devenir un vrai pays.
En conclusion, j'affirme que rien ni personne ne peut empêcher une vraie nation
de grandir vers la responsabilité... quand elle le décide démocratiquement.
Et j'ai hâte à la prochaine occasion...