Thème
: Socio
Où sont les Profs masculins ?
Collaboration
Émilie Côté
La Presse, Montréal, Mardi, 29 Août 2006
ÉDUCATION
Où sont les profs masculins ?
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Photo : archives La Presse |
Un enfant
réussira mieux à l’école si son professeur est du même sexe que lui, conclut une
étude américaine. C’est une mauvaise nouvelle pour les petits garçons québécois
: de moins en moins d’hommes enseignent dans les écoles primaires et secondaires
de la province.
La baisse s’accentuera. À l’UQAM, on compte 188 filles pour seulement 13 gars
parmi les nouveaux étudiants du baccalauréat en éducation préscolaire et en
enseignement primaire cet automne. Le programme d’enseignement au secondaire de
l’Université de Montréal avait 37 % d’étudiants masculins l’an dernier. Celui
d’adaptation scolaire n’en comptait que 3 %...
En 1999-2000, 4708 hommes enseignaient au primaire dans les commissions
scolaires de la province, contre 4198 en 2003-2004. Même au secondaire, jadis
bastion masculin, ils sont moins nombreux qu’avant. Les mêmes données du
ministère de l’Éducation révèlent que la proportion d’enseignants masculins au
secondaire est passée de 51 % à 44 % (pour la formation générale au secteur des
jeunes).
Selon le professeur d’économie Thomas Dee,
qui travaille au Swarthmore College et qui collabore avec l’Université de
Stanford, le sexe de l’enseignant influence l’apprentissage des enfants. Hier,
il a publié une étude appuyant cette thèse dans la revue américaine Education
Next, éditée par l’Hoover Institution.
Le professeur a examiné les résultats scolaires de 25 000 enfants de huitième
année. Il a également analysé les perceptions des élèves et de leur maître ou
maîtresse d’école. L’échantillon date de 1988, mais le professeur affirme qu’il
s’agit de l’étude la plus complète à ce jour sur les élèves de 13-14 ans. Le
fossé entre les deux sexes se creuse à cet âge, soutient-il.
D’après M. Dee, quand une femme donne les cours, les garçons ont de plus faibles
résultats en sciences, en anglais et en histoire-géographie, alors que les
filles ont de meilleures notes. C’est l’inverse quand un homme est aux commandes
de la classe.
Autres faits saillants de son étude, les enseignantes perçoivent plus souvent
les garçons comme étant turbulents, alors que les enseignants sont plus portés à
reprocher aux filles d’être inattentives ou désordonnées. De leur côté, les
écolières pensent plus souvent que la matière enseignée par un homme leur sera
inutile plus tard. Résultat : elles posent moins de questions durant le cours.
D’autres études ont déjà tenté d’établir un lien entre le sexe des enseignants
et la réussite scolaire des jeunes. « Les résultats sont mitigés », indique Roch
Chouinard, professeur au département de psychopédagogie et d’andragogie de
l’Université de Montréal.
« Les enseignants ne se comportent pas de la même façon avec les filles et les
garçons, c’est connu », dit-il. Mais aucune étude ne prouve que les professeurs
valorisent les élèves du même sexe. « Oui, le sexe de l’enseignant peut avoir un
certain effet, mais il faut mettre en relation d’autres facteurs. »
Des études comme celle de Thomas Dee peuvent « perpétuer des stéréotypes, ce que
l’école fait beaucoup, déplore M. Chouinard. La qualité de l’enseignement est
une variable plus importante que le sexe des enseignants. » Un élève peut
éprouver des problèmes d’apprentissage qu’il soit un garçon ou une fille,
souligne-t-il. « Les enfants n’apprennent pas tous de la même façon, peu importe
le sexe. L’important est que l’enseignant varie les pratiques pédagogiques. »
« Cela donne à l’enfant un ensemble plus large de compétences et de façons
d’apprendre », poursuit Jean-Claude Saint-Amand, professeur retraité de
l’Université Laval qui rejette la conclusion de l’étude de Thomas Dee. «
Plusieurs études démontrent le contraire, dit celui qui s’intéresse aux écarts
de réussite entre les filles et les garçons. À l’université, il y a plus de
professeurs masculins. Pourtant, les filles réussissent mieux que les gars.
(...) Et au secondaire, l’écart se voit surtout en français. »
« Quand tu apprends à devenir un garçon, tu apprends à ne pas aimer l’école.
C’est cool de ne pas aimer l’école, ce qu’on ne retrouve pas chez les filles »,
souligne-t-il.
Selon lui, de moins en moins de garçons s’intéressent à l’enseignement pour «
une question de prestige ». « C’est moins attrayant pour les gars. »
Depuis 2002-2003, plus de femmes que d’hommes assurent la direction des écoles
primaires et secondaires de la province (1760 contre 2009 en 2003-2004).
Avec Associated Press