Socio : Irak, Vote sur la Constitution       Mesurez votre audience

Agence France-Presse
La Presse, Montréal, Samedi, 15 Février 2005

Irak (1) :
Les Irakiens se prononcent sur le projet de Constitution
 

Photo: AFP

Une travailleuse d'élections aide un vieil homme à insérer son bulletin de vote dans l'urne

Plus de 61% d'Irakiens ont participé samedi au référendum sur le projet de Constitution lors d'un scrutin qui s'est déroulé dans des conditions de sécurité acceptables en dépit d'attaques armées, de sabotages et d'intimidations.

Selon une première estimation fournie à l'AFP par une responsable de la commission électorale, Abdel Hussein Hindaoui, une «large majorité» d'Irakiens, 61%, ont pris part au vote.

L'administration Bush était suspendue au résultat du vote, qui n'interviendra pas avant trois jours, car il va déterminer l'évolution de sa stratégie dans le pays avec le retrait des troupes américaines en toile de fond.

«Ce week-end marque une date déterminante dans l'histoire du Moyen Orient», a affirmé le président George W. Bush dans son allocution radiodiffusée hebdomadaire.

Les bureaux de vote ont fermé à 17H00 locales après être restés ouverts pendant 10 heures pour les quelque 15,5 millions d'Irakiens appelés à voter sur le texte constitutionnel jetant les bases du nouvel État de l'après Saddam Hussein, fédéral et décentralisé.

La clôture du scrutin a été saluée par des tirs de joie nourris dans Bagdad.

Le dépouillement des bulletins de vote a immédiatement commencé, comme l'a constaté un photographe de l'AFP dans un bureau de vote de Bagdad.

La participation a été «bonne», notamment dans le sud chiite et le nord kurde, a indiqué un autre responsable de la Commission électorale, Adel Lamy, sans donner de chiffre.

En dépit des menaces de groupes extrémistes, notamment la branche irakienne d'Al-Qaïda, de perturber le scrutin, le pays n'a pas connu d'attaque majeure contre les électeurs comme lors des élections générales du 30 janvier ensanglantées par de nombreux attentats suicide, notamment à Bagdad. Il y avait eu 36 morts et des dizaines de blessés, notamment dans la capitale.

En tout, quatre personnes ont été tuées dans le pays depuis samedi à l'aube, dont trois soldats irakiens, et des tirs ont visé des bureaux de vote à Bagdad, faisant quelques blessés. Un obus de mortier est tombé dans la «Zone verte», périmètre sécurisé du centre de Bagdad, selon l'ambassade américaine qui s'y trouve, sans faire de blessé ou de dégât.

Des sabotages ont provoqué des coupures de courant dans la capitale et à Bassorah, dans le sud du pays, alors qu'à Mossoul, grande ville sunnite du nord, des hommes armés sont apparus dans la rue, demandant aux électeurs de ne pas aller voter pour «une Constitution qui représente une hérésie».

Ils se sont vite retirés et de nombreux électeurs ont pu voter, tout comme dans le bastion sunnite de Falloujah, à l'ouest de Bagdad.

Selon des sources de l'Onu, il y a eu dix-sept incidents aussi bien techniques tels que l'absence de noms sur des listes électorales que des pressions de la part d'assesseurs sur les électeurs pour voter «non».

«Quelques incidents ont été enregistrés mais l'opération se déroule jusqu'ici de manière satisfaisante», avait déclaré dans la matinée la présidente du département d'assistance électorale de l'Onu, Carina Perelli.

«Les informations préliminaires font état d'une participation assez bonne et cette tendance doit s'accentuer au cours de la journée», a affirmé à la mi-journée à l'AFP le représentant de l'Onu Ashraf Qazi à la mi-journée.

«La situation de la sécurité semble, d'après ce que j'ai compris, assez bonne», a ajouté le représentant de l'Onu, qualifiant le référendum «d'étape importante dans le processus politique» en Irak.

Les mesures de sécurité pour le scrutin sont très strictes. Les électeurs sont fouillés à deux reprises, loin des bureaux de vote puis à l'entrée.

Les hommes doivent soulever leurs habits pour que les agents de sécurité s'assurent qu'ils ne portent pas de ceintures d'explosifs et ne pas répéter une négligence des élections générales de janvier dernier qui avaient vu plusieurs kamikazes à pied attaquer les bureaux de vote.

Les sunnites sont divisés sur le texte, une partie le rejetant, considérant qu'il risque de diviser le pays. Deux de leurs formations, le Parti islamique et le Waqf (biens religieux), ont appelé à voter pour ce texte après avoir obtenu qu'il puisse être remanié par la future Assemblée nationale.

D'autres organisations se sont prononcées pour le «non», en espérant que le texte sera rejeté par les deux tiers des électeurs de trois provinces comme le prévoit la loi.

   


Agence France-Presse
La Presse, Montréal, Samedi, 15 Février 2005

Irak (2) :
L'armée américaine accusée d'avoir filmé le vote de détenus irakiens

La Commission électorale indépendante qui organise le référendum sur la Constitution d'Irak a affirmé samedi avoir intimé à l'armée américaine de lui remettre des photos et des films réalisés dans une prison irakienne et montrant des détenus en train de voter.

Quelque 18 000 prisonniers détenus en Irak ont pu voter à partir de jeudi, avec deux jours d'avance, au référendum sur la Constitution qui a eu lieu samedi de 04H00 à 14HOO GMT.

Les détenus ont pu voter dans dix sept centres pénitentiaires, notamment dans les prisons d'Abou Ghraib, près de Bagdad, et de Camp Bucca, dans le Sud, gardées par l'armée américaine, et où sont enfermés environ 11 100 personnes, essentiellement soupçonnées ou reconnues coupables d'appartenir à la guérilla.

Dans un communiqué publié samedi, la Commission électorale indépendante indique avoir interdit toute couverture médiatique du vote dans les prisons de l'armée américaine «conformément aux normes internationales de protection des droits de l'Homme» qui interdisent de filmer des détenus.

Néanmoins, une équipe de l'armée américaine a filmé des prisonniers en train de voter dans une prison, écrit la Commission.

«Ayant reçu notification de cet incident, la Commission prend un certain nombre de mesures de réparation» passant par la confiscation des bandes vidéo et des photos prises et la demande d'une lettre d'excuses «du commandement des forces armées américaines», ajoute le communiqué.