d'après Steven
Erlanger
The New York Times, Vendredi 12 Novembre 2004
Arafat : La fortune cachée
Au moment où Yasser Arafat se mourait à Paris, la bataille entourant son héritage comportait une dimension soigneusement tue, mais cependant largement connue: il contrôlait personnellement des milliards de dollars, mais personne ne sait où se trouve tout cet argent.
L'étendue et le
lieu où se trouve cette fortune, gérée grâce à différents aides et conseillers à
titre de cosignataires, ont constitué une partie cachée des disputes au-dessus
de son lit de mort, selon des responsables israéliens et palestiniens.
M. Arafat s'était arrangé pour compartimenter la connaissance des différents
comptes bancaires et lui seul en connaissait tous les détails, assurent des
responsables israéliens bien informés, des assertions confirmées à contrecoeur
par des dirigeants palestiniens soucieux de ne pas ternir l'héritage du disparu.
Une bonne partie du financement du mouvement palestinien au cours des quatre
dernières décennies a été entourée de secret et il est difficile de mettre le
doigt sur les détails des opérations. Mais les Palestiniens soutiennent que M.
Arafat a utilisé l'argent pour le mouvement palestinien et son administration,
pour payer des salaires, donner des cadeaux, s'assurer la loyauté de ses sujets,
établir des ambassades, acheter des armes et payer des groupes, depuis des
oeuvres de bienfaisance jusqu'aux familles des jeunes combattants membres des
Brigades des martyrs Al-Aqsa.
Frugal, Arafat a dépensé peu pour
lui-même, vivant comme un soldat avec un lit étroit et quelques uniformes dans
sa garde-robe.
L'an dernier, une vérification de la situation financière de l'Autorité
palestinienne par le Fonds monétaire international a permis de découvrir
qu'Arafat avait détourné 900 millions de dollars américains des fonds publics
dans un compte bancaire qu'il a contrôlé de 1995 à 2002. La plus grande partie
de cet argent, détourné de revenus budgétaires, a été consacrée à des
entreprises commerciales.
En février dernier, le gouvernement français a ouvert une enquête fiscale
touchant le blanchiment d'argent sur un dépôt d'environ 11,5 millions d'euros,
soit près de 15 millions de dollars américains au taux d'aujourd'hui, sur des
comptes de Mme Arafat entre juillet 2002 et juillet 2003. Selon des ennemis de
Mme Arafat au sein de l'Autorité palestinienne, la femme du défunt recevait
quelque 100 000 $US par mois pour assurer sa subsistance à Paris.
Pour tenter de mettre un peu d'ordre et de transparence dans les comptes de
l'Autorité palestinienne, les États-Unis et l'Union européenne avaient fait des
pressions sur Arafat pour qu'il nomme Salam Fayyad ministre des Finances. Au
cours d'une enquête, ce dernier, ancien responsable du Fonds monétaire
international, a découvert que quelque 600 millions de dollars américains des
fonds de l'Autorité palestinienne avaient été investis dans des entreprises
commerciales, depuis des sociétés biopharmaceutiques canadiennes jusqu'à un
fabricant de téléphones cellulaires en Algérie.
L'argent recueilli par l'Autorité palestinienne provenait de pays arabes et
d'autres gouvernements, de l'Union européenne et d'organismes d'aide
internationaux, de même que de monopoles sur la vente de pétrole, de gaz, de
ciment et d'autres biens en Cisjordanie et à Gaza.