Extrait de La Presse :
Nathalie Collard
La Presse, Montréal, Dimanche, 12 Mars 2006
L'âge ingrat
Les clichés à propos de
l'adolescence ne manquent pas : l'image du grand gringalet boutonneux qui dort
jusqu'à midi ou qui passe la journée affalé aux commandes d'un jeu vidéo ; la
jeune fille pubère, les hormones collées au plafond, qui feuillette des
magazines insipides et qui passe des heures à l'ordinateur à clavarder avec des
amies. Ces stéréotypes, même s'ils ne représentent pas fidèlement la réalité,
sont tenaces.
Il n'y a pas si longtemps que la société considère
l'adolescence comme une étape significative de la vie. Auparavant, à peine
sortis de l'enfance, les jeunes allaient travailler la terre ou rejoignaient
leurs parents à l'atelier. Ils se mariaient jeunes et avaient de nombreux
enfants. On associe l'« apparition » de l'adolescence aux phénomènes
d'urbanisation et de scolarisation. Aujourd'hui, les jeunes étudient plus
longtemps et quittent le nid familial beaucoup plus tard. Résultat : leu entrée
dans le monde des adultes a été repoussée de quelques années.
Cette période de transition correspond à des changements
physiques, biologiques et psychiques importants, comme le démontre le dossier
publié dans nos pages ce week-end (réf. La Presse,
Adonésie 2, 3).
Des travaux de recherche en psychologie, en
neuropsychologie, en biologie, etc., nous aident à mieux comprendre cette
transition mouvementée qui creuse parfois un fossé entre le monde des adultes et
celui des ados.
On a notamment découvert que les adolescents ont une
horloge biologique différente de celle de leurs parents. Non seulement
ont-ils besoin de plus d'heures de sommeil mais en outre, leur période de
sommeil est décalée, ce qui expliquerait pourquoi ils se couchent et se lèvent
si tard.
Le comportement erratique associé à l'adolescence aurait, lui
aussi, une explication scientifique. Il semble que le développement plus lent
du lobe frontal du cerveau rende la prise de décision et l'organisation de
la pensée plus difficiles.
Enfin, des recherches en imagerie médicale réalisées en 2001
par une équipe de chercheurs américains ont permis de constater que,
contrairement à tout ce qui s'était écrit jusqu'ici, tout n'est pas joué
avant 6 ans. Au tout début de l'adolescence, le cerveau est malléable, il
peut encore se développer et il ne faut donc ménager aucun effort pour le
stimuler.
Ces nouvelles
connaissances à propos de l'adolescence vont-elles faciliter la communication
entre les parents et leurs « jeunes » ? C'est à souhaiter. Car contrairement à
la croyance populaire, l'adolescence n'est pas qu'un long party
perpétuel.
Pour certains, c'est aussi une période de souffrance
psychologique durant laquelle le soutien parental est important. En 2005,
l'Organisation mondiale de la santé a signalé que, à l'échelle de la planète, 4
% des 12 - 17 ans et 9 % des 18 ans étaient touchés par la dépression.
Dans ce contexte, pas surprenant que le suicide représente la
troisième cause de décès chez les jeunes dans le monde. Espérons que les
recherches portant sur l'adolescence aideront les parents à mieux décoder le
comportement parfois déroutant de leurs enfants. Et les jeunes à mieux se
comprendre.