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Associated Press
La Presse, Montréal, Dimanche, 05 Septembre 2004

Otages de Beslan (5) : Beslan pleure ses morts

Beslan, Ossétie du Nord --

Photo AFP
Un policier surveille le cimetière de Beslan où des victimes de la prise d'otages sont enterrées

Premières funérailles à Beslan. Des familles accablées de chagrin se sont réunies dimanche dans le champ transformé en cimetière pour enterrer leurs proches, victimes de la prise d'otages de Beslan.

En début de journée, des dizaines d'hommes ont creusé des rangées de tombes sur un terrain attenant au cimetière de Beslan en prévision de la vingtaine d'enterrements prévus dans la journée.

«Je voulais aider. Le chagrin touche tout le monde», a expliqué Anzor Koudziyev, 25 ans. Il est l'un des 60 volontaires qui ont participé à la préparation des obsèques de dimanche.

«Quand quelqu'un se rend au cimetière pour des obsèques, c'est triste mais rien de comparable à ça, creuser des tombes pour des enfants», a souligné le jeune homme dont les enfants de ses voisins ont été hospitalisés.

Sous une pluie fine, des convois funèbres ont parcouru en début d'après-midi les rues de la bourgade avant de converger sur la route du cimetière suivis par une longue file de voiture. Des proches en deuil ont déposé des fleurs et des couronnes sur les tombes fraîchement creusées. Deux soeurs ont été enterrées ensemble.

Les obsèques de 22 personnes devaient être célébrées dimanche, selon la chaîne de télévision Rossiya.

Le dernier bilan fourni dimanche par le ministère ossète de la Santé faisait état de 350 morts et 540 blessés, principalement des enfants. Au moins 423 personnes restées hospitalisées dimanche, ont indiqué des sources médicales citées par l'agence ITAR-Tass.

Le procureur adjoint Sergueï Fridinski a précisé dimanche que selon les dernières informations en sa possession, 32 terroristes ont participé à la prise d'otages et que le corps de 30 d'entre eux ont été retrouvés, d'après Interfax. Au total, au moins 380 personnes ont été tuées dans le carnage.

Le ministre de l'Intérieur d'Ossétie du Nord a présenté sa démission dimanche matin, ont rapporté ITAR-Tass et Interfax. «Après ce qui s'est passé à Beslan, je n'ai plus le droit d'occuper ce poste», a expliqué Kazbek Dzantiyev.

Deux jours après le dénouement du drame, les tracteurs et les pelleteuses ont travaillé sans relâche. Dans toute la ville, des couvercles de cercueil étaient alignés à l'entrée des immeubles dans toute la ville, à côté des noms des morts gravés sur le bois. Des gémissements s'élevaient de certaines cours où les familles préparaient le repas rituel du deuil alors que les gens marchaient dans les rues avec un air hébété.

Un habitant de la bourgade, Vladimir, 42 ans, a déjà rendu visite à quatre foyers où des amis pleuraient leurs proches. «C'est une petite ville. Tout le monde se connaît. On est tous proches».

À l'extérieur d'un bâtiment, des hommes et des femmes entouraient le cercueil ouvert d'Anjela Barziyeva, 32 ans, qui avait accompagné mercredi son fils Maïrbek à l'école pour sa rentrée des classes. Elle a été tuée après avoir poussé son enfant à travers une fenêtre pour le sauver. L'enfant était toujours hospitalisé après avoir été blessé.

Les rebords des fenêtres de l'école théâtre de la tragédie étaient ornés de roses, alors que des chaussures d'enfants abandonnées jonchaient le sol. Certaines personnes serraient sur leur poitrine les photos de leurs proches dont elles n'avaient encore retrouvé la trace que ce soit parmi les vivants ou les morts.

«J'ai perdu mon garçon», pleurait Svetlana Debloïeva, 42 ans, qui a fait la tournée des hôpitaux et des morgues sans trouver la trace de Zaour, son fils de 11 ans. Ils ont été séparés vendredi.

Le président Vladimir Poutine a déclaré deux jours de deuil national lundi et mardi.