Société : Enfants violents dès la Grossesse   Mesurez votre audience

Collaboration Nicolas Bérubé
La Presse, Montréal, Mardi, 06 Juillet 2004

Les enfants risquant d'être violents peuvent être identifiés dès la grossesse.

Les enfants qui risquent d'avoir des comportements violents à l'âge adulte peuvent être identifiés dès la grossesse. C'est que ce révèle une vaste étude dirigée par un chercheur de l'Université de Montréal, publiée aujourd'hui dans la prestigieuse revue médicale Pediatrics.

Selon les travaux de l'équipe du Dr Richard Tremblay, les enfants dont la mère est jeune, fume, et possède un revenu peu élevé courent 15 fois plus de risques que les autres enfants de développer des comportements violents.

C'est après avoir suivi 572 nouveau-nés pendant quatre ans que l'équipe du Dr Tremblay s'est aperçue que les comportements violents se développaient dès les premières années de la vie. Jusqu'à présent, plusieurs chercheurs croyaient que ces comportements survenaient à l'âge d'entrer à l'école primaire ou secondaire.

Des résultats «étonnants»

Pour le Dr Richard Tremblay, ces résultats sont «étonnants». «Un risque 15 fois plus élevé, c'est très important, dit-il. On avait déjà fait des études avec des adolescents qui présentaient des comportements violents. Mais de prédire dès la grossesse qu'un enfant aura une trajectoire élevée de violence, c'est tout à fait nouveau.»

Selon lui, tous les enfants qui développeront des comportements violents ne sont pas identifiables à la naissance. «Mais on est capable d'en identifier certains. Et surtout, on est capable de faire de la prévention afin d'éviter que l'enfant ne prenne le chemin de la violence.»

D'après l'étude, les enfants à risques sont ceux dont la mère présente une série de caractéristiques socioéconomiques précises, comme le fait de ne pas avoir terminé ses études secondaires, de fumer pendant la grossesse, d'avoir un statut financier précaire et d'être jeune au moment d'avoir un premier enfant.

Ces résultats sont encourageants en ce sens qu'ils permettent d'identifier facilement le contexte dans lequel les enfants peuvent développer des comportements violents, estime le chercheur. «Ce sont des indicateurs qui sont simples à identifier. Les médecins qui voient la mère pendant la grossesse peuvent facilement discerner ces caractéristiques. Ainsi, on peut reconnaître le problème à la base.»

M. Tremblay croit que ses recherches pourront permettre à l'État de faire des économies en investissant mieux l'argent dépensé pour la lutte contre le crime. «Les adolescents qui ont une trajectoire violente et qui sont placés en institution nous coûtent environ 100 000 $ par année, dit-il. C'est de l'argent qui aurait avantage à être investi pour aider la mère durant la grossesse.»