Société
: Bricolage pour B.S. ?
Collaboration spéciale Louise
Leduc et Cyberpresse
La Presse, Montréal, Jeudi, 04 Mars 2004
Du bricolage pour les assistés sociaux ?
Des heures et des heures de plaisir, c'est juré! On fera du bricolage - des porte-clefs, par exemple - et on apprendra à faire de la pizza sur pain pita. On ira peut-être aux quilles, on fera une visite du quartier en autobus scolaire et une sortie au Jardin botanique. Ce programme destiné aux assistés sociaux met en furie l'une des prestataires invitée à y participer et qui dit chercher un emploi, pas une maternelle.
Le
programme n'est pas obligatoire, mais tant de mépris et de gaspillage sont en
soi absolument inacceptables, à son avis. «Ne nous distrayez pas de vos
politiques aveugles par de petites sorties récréatives», écrit-elle à
Claude Béchard, ministre de l'Emploi, de la Famille et de la Solidarité
sociale dans une lettre qu'elle nous a aussi fait parvenir. «Les contribuables,
si prompts à juger les BS, savent-ils à quelles inutilités vous affectez
parfois leurs impôts?»
Une rencontre d'information aura suffi à convaincre Mme Croteau qu'elle
n'aurait personnellement que faire de ce programme qui garantit «13 semaines de
plaisir».
Certes, quelques heures sont consacrées à l'initiation à l'informatique. À
peine deux heures, en fait, si l'on tient compte des pauses horaires. «Que
pourront apprendre les prestataires d'aide sociale en si peu de temps?» demande
Mme Croteau.
Mme Croteau dit être une grande fille dans la cinquantaine qui, précise-t-elle, ne souffre d’aucun trouble de démence. Aucune maladie d’Alzheimer en vue. Il lui est simplement arrivé la même chose qu’à quantité d’autres prestataires : le ciel lui est tombé sur la tête il y a quelques années. Elle a perdu deux emplois successifs, vécu une rupture et a connu de graves problèmes de santé qui l’ont presque entraînée dans la mort. Tout cela, en quelques mois à peine. « Personne ne se réveille un matin en se disant : Yé ! C’est ce matin que je deviens BS », fait-elle observer.
Sa suggestion au ministère de la Solidarité Sociale ? « Confiez-nous l’argent attribué à la location d’allées de bowling et d’autobus jaunes, au salaire de chauffeurs et d’animatrices et à l’achat de billets d’autobus, de beignes et de matériel de bricolage. Vous verrez alors de quelles enjambées nous sommes capables quand on nous donne les moyens de sortir de notre isolement », assure Mme Croteau, qui ne veut pas être plainte et qui souhaite qu’on l’outille convenablement pour qu’elle se trouve un travail à temps partiel.
Au ministère de l’Emploi, de la Famille et de la Solidarité sociale, Pierre Choquette, attaché de presse de Claude Béchard, ne souhaite pas commenter la pertinence du programme, administré conjointement avec la Ville de Montréal. Il précise simplement que celui-ci sera réévalué comme tous les autres à la fin de la présente année financière.
Pierre Denis, chargé de communications dans l’arrondissement de Rosemont, note que le programme ne vise pas la réinsertion au travail, mais cherche à briser l’isolement des assistés sociaux de longue date.