Collaboration spéciale
Mario Boulianne
Le Droit, Ottawa, Mercredi, 13 Octobre 2004
La 3è Sexualité
Vieillesse rime souvent avec solitude. Après avoir élevé une famille, avoir vécu l'effervescence d'une maisonnée bruyante, le départ des enfants et parfois du conjoint, l'isolement pointe à l'horizon. Tous les besoins de chaleur humaine et d'amour sont ainsi refoulés.
Mais quand la personne peut ressentir encore cet amour, le
coeur recommence à battre, les désirs se rallument et l'amour renaît.
Même rendu au crépuscule de la vie, le désir de séduire et de plaire demeure
bien vivant. Alors, pourquoi nos aînés n'auraient-ils pas droit à une sexualité
active ?
En fait, ce n'est pas un privilège réservé aux plus jeunes. C'est un droit
fondamental et une nécessité afin de maintenir une bonne santé mentale et
physique.
Les sexologues s'accordent pour dire que faire l'amour, peu importe l'âge,
contribue à l'épanouissement de l'être.
« Comme chez les plus jeunes, ce n'est pas tant la fréquence des rapports que la
qualité de ces rapports qui compte, explique la sexologue Pierrette Morrissette.
La personne plus âgée a en elle ses désirs sexuels et le besoin de les combler.
Il n'en tient qu'à elle de faire ce qu'il faut pour y arriver ».
Évidemment,
il est difficile d'imaginer notre grand-maman faire l'amour avec un homme,
surtout quand grand-papa a quitté ce monde depuis des lunes. Mais il ne faut
surtout pas tomber dans les préjugés, croit la sexologue.
« À 75 ans, la sexualité s'exprime différemment qu'à 40 ans. Les personnes âgées
n'ont pas toutes une bonne santé. Par exemple, la prise de médicament pour
soigner une maladie peut changer les choses, tout comme la ménopause d'ailleurs.
Pour les hommes, les problèmes de prostate sont un spectre qui plane au-dessus
du désir sexuel et ces hommes doivent trouver une façon de raviver la flamme par
des moments privilégiés avec leur conjointe ».
Mais à cet âge, l'environnement n'est plus le même. Après avoir passé une grande
partie de sa vie avec le même conjoint, l'inconnu peut faire peur.
« C'est un fait, la vie sexuelle d'une personne change avec la venue d'un
nouveau partenaire et il y beaucoup de chances que ça fonctionne, insiste Mme
Morrissette. Il faut simplement passer outre les préjugés et laisser parler son
coeur. Il ne faut surtout pas reproduire les mêmes patterns vécus avec
l'ex-conjoint. On doit se permettre de vivre une deuxième vie. »
L'amour à 80 ans
L'exemple de Mariette (nom fictif) est très révélateur. Âgée de 81 ans, Mariette
n'a rien de la grand-maman que l'on décrit dans les contes pour enfants. Veuve
depuis 35 ans, elle continue de se faire belle et cherche à séduire. Cette belle
vitalité lui a permis de rencontrer un homme avec qui elle partage son intimité.
« J'ai toujours pris soin de moi et ce n'est pas à mon âge que je vais changer,
affirme-t-elle. J'aime sortir, rencontrer des gens et faire de nouvelles
rencontres. Il ne faut surtout pas se dire qu'à notre âge, on a plus le droit à
l'amour. C'est faux. »
Et l'amour peut encore vous prendre par surprise. Mariette l'a vécu.
« Après quelques mois de fréquentation, j'ai rencontré un autre homme qui
comblait encore plus mes désirs tant sexuels qu'intellectuels, confiait-elle.
Dans les faits, j'avais un amant. Et oui, à 81 ans, deux hommes partageaient ma
vie ».
Se sentant mal à l'aise, elle a dû mettre un terme à la première relation pour
se consacrer entièrement à son deuxième homme qui ne cesse de la combler.
« J'ai consulté une sexologue pour être conseillée sur ce que je devais faire,
expliquait-elle. J'ai finalement pris la décision de quitter le premier pour me
consacrer entièrement à cet autre homme qui est arrivé dans ma vie ».
L'exemple de Mariette n'est pas unique. En fait, il devrait y avoir plus de
Mariette dans notre société.
« Si les gens n'ont jamais eu de vie sexuelle active, ce n'est pas à 70 ans que
cela changera, selon Mme Morrissette. Par contre, la rencontre d'un nouveau
partenaire peut déclencher un désir enfoui depuis longtemps. Il n'est pas rare
de voir une femme âgée retrouver le désir de plaire à la rencontre d'un nouvel
Adonis. Elle se sent soudainement plus en confiance, retrouve une vitalité
qu'elle croyait disparue et soudain, la flamme se rallume ».
Parmi les louves
Dans les résidences pour personnes âgées, il n'est pas rare que de nouveaux
couples se forment, ce qui conduit souvent à des mariages.
Line Ménard, de la résidence Frontenac, est témoin de ces nouvelles unions
depuis une quinzaine d'années.
« Au fil des ans, j'en ai vu des couples se former. En fait, nous favorisons ce
genre de rencontre afin de briser l'isolement des personnes âgées,
confie-t-elle. Mais, j'avoue qu'il est plutôt rare de constater que nos
résidents ont des relations sexuelles quoique je ne puisse en nier l'existence.
D'ailleurs, je suis certaine que cela permet à ces personnes de demeurer en
santé ».
Dans ces résidences, du moins à la Résidence Frontenac et à la Résidence Brunet,
la clientèle est composée à 80 % de femmes. Donc, l'arrivée d'un nouveau « mâle
» dans la basse-cour provoque un certain émoi.
« Souvent, je dois mettre les hommes en garde, disait Mme Ménard avec une pointe
d'humour. Plusieurs dames ont toujours le coeur jeune et c'est bien comme ça.
Beaucoup d'hommes ont encore beaucoup de charme et ils deviennent rapidement
très en demande ».
Pour Line Ménard, il faut aussi tenir compte des convictions religieuses des
personnes âgées.
« Ces personnes sont issues d'une autre génération que la nôtre et il faut
respecter cela, dit-elle. Par contre, je trouve cela très beau de voir des
couples de cet âge vivre une sensualité et même une sexualité active. En fait,
j'aimerais bien vivre cela moi-même rendu à leur âge. »
Les vieux couples
Mais il n'y a pas que les célibataires et les veufs qui ont droit à tous ces
égards. Les « vieux couples » ont aussi le goût de vivre leur relation
intensément.
« Si le couple a toujours eu une sexualité satisfaisante, il n'y a pas de raison
pour que ça s'arrête, ajoute Mme Morrissette. Une sexualité agréable qui conduit
à l'orgasme permet aussi de rester en santé longtemps ».
La complicité dans le couple demeure l'élément essentiel qui maintient la flamme
bien vivante. Avec une sexualité active, qui convient aux deux, l'amour et le
désir demeurent bien présents.
« Comme chez les plus jeunes, il faut constamment travailler pour garder cette
flamme allumée, de dire Mme Morrissette. Surprendre l'autre est encore et
toujours l'épice parfaite pour la recette du bonheur. »
Le réveil de la libido
Le mythe le plus répandu dans notre société est la baisse de libido une fois rendu à la retraite. Même la populaire émission Les Bougon, à Radio-Canada, a abordé le sujet.
Vous vous souvenez des
deux p'tits vieux qui voient une belle jeune fille pousser la chaise roulante
d'un vieillard dans une salle de bingo.
Un des deux dit à l'autre : « Avec de l'argent, on pourrait se payer une fille
comme celle-là. »
L'autre de répondre : « Oui mais, tu bandes même pas ».
Le premier de rétorquer : « Un jeune de 20 ans aussi ne banderait pas avec les
femmes de notre âge ».
Alors, tout est question de perception. L'érection aussi...