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Collaboration spéciale Mario Girard
La Presse, Montréal, Samedi, 08 Avril 2006

Homme 2- Circoncision

La circoncision pour couper court au débat

Illustration Francis Léveillé, La Presse

Il y a 25 ans, près de 90% des nouveau-nés étaient circoncis au Québec. Aujourd'hui, cette intervention est pratiquée uniquement sur demande et touche moins de la moitié des garçons. Inutile pour les médecins, symbolique pour certains groupes religieux et esthétique pour les amants, la circoncision continue de susciter un débat. Coupons court à cette controverse.

Johanne est la maman d'un magnifique garçon de quatre ans. Peu avant d'accoucher, Johanne et son conjoint se sont demandé s'ils devaient faire circoncire leur fils. «Nous en avons parlé à ma gynécologue qui nous a simplement dit que ça ne se faisait plus. La question a été réglée.»

Mais voilà, le fils de Johanne connaît aujourd'hui des complications de dilatation du prépuce et devra finalement subir une circoncision. «La même chose est arrivée à l'un des fils de mon conjoint qui a été circoncis à 8 ans, dit-elle. Moi, si je devais avoir un autre fils, c'est sûr que je le ferais circoncire à la naissance.»

Malgré ce témoignage, la position de la Société canadienne de pédiatrie demeure claire. «Il n'y a aucune raison médicale valable qui justifie de nos jours la pratique de la circoncision», dit Denis Leduc, pédiatre et président de l'organisme.

Très courante dans les années 50 et 60 au Québec, la circoncision a connu un important déclin au milieu des années 70. «Ça a diminué pour la simple et bonne raison que le gouvernement a cessé de payer cette opération», dit Salam Yazbeck, directeur du département de chirurgie de l'hôpital Sainte-Justine.

Aujourd'hui, seulement 30% des nouveau-nés québécois sont circoncis, contre les trois quarts aux États-Unis. Les parents doivent formuler eux-mêmes une demande afin d'obtenir cette intervention, qui se pratique dans les cabinets privés. Son prix: entre 100 et 300$.

«Cette intervention doit se faire dans de bonnes conditions et dans les deux ou trois semaines après la naissance sous anesthésie locale, recommande Salem Yazbeck. S'il s'agit d'une anesthésie générale, il faut attendre au moins trois mois. C'est une insulte à l'esprit que de vouloir faire une circoncision sans anesthésie en affirmant que les nouveau-nés n'ont pas mal. Ils ont aussi mal que vous et moi. C'est une croyance qui arrange les adultes plus que les enfants.»

Là-dessus, Salem Yazbeck cite une étude réalisée par des infirmières de Toronto. Celles-ci ont remarqué que les enfants circoncis qui recevaient un vaccin pleuraient plus longtemps que les autres. «C'est comme si la douleur qu'ils avaient connu à la naissance au moment de la circoncision était encore gravée dans leur mémoire», explique le médecin.

Au Québec, la plupart des cas de circoncision sont liés à des motifs religieux ou culturels. Ces rituels sont alors pratiqués par des rabbins chez les juifs ou des imams chez les musulmans. «On ne peut pas changer les pratiques religieuses», dit Denis Leduc.

Malgré le déclin de la circoncision, il y a encore aujourd'hui des gens qui défendent cette intervention. «Chez les Québécois de souche, la décision vient souvent du fait que le père a été circoncis, dit Denis Leduc. Mais il est assez facile de faire changer d'idée aux parents.»

L'élément émotionnel joue parfois un rôle dans la décision des parents. «J'ai déjà vu une mère dans le cabinet qui m'a dit que si je ne circoncisais pas son fils, son mari allait divorcer.»

Ceux qui défendent la circoncision prônent principalement deux raisons. «Ils invoquent le fait qu'il y a plus de cas d'infection urinaire dans la première année, et le fait qu'on retrouve plus de cas de cancer du pénis chez les non-circoncis», dit Denis Leduc.

Mais quand vient le temps d'aborder les vertus de la circoncision, Salem Yazbeck appelle à la prudence. «Il y a beaucoup d'informations qui circulent sur Internet ou ailleurs qui prétendent que la circoncision prévient la transmission du sida. C'est effrayant de dire cela. C'est dangereux. Il n'y a aucune étude valable qui le prouve.»

Un autre aspect, plus futile, touche l'esthétisme. Plusieurs personnes trouvent qu'un pénis circoncis est beaucoup plus beau. «Je rencontre des hommes qui ne font pas partie de la génération des circoncis et qui aimeraient l'être pour des raisons esthétiques», explique la sexologue Michelle Laurette.

Plusieurs femmes n'hésitent pas à donner leur point de vue sur l'apparence d'un pénis sans prépuce. «Il n'y a pas de doute qu'un pénis à col ras est plus beau qu'un autre à col roulé», dit Christine, 36 ans.