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Force Internationale dans le Liban

Extrait de Collaboration spéciale : Richard Hétu
La Presse, New York, Lundi, 24 Juillet 2006

Déploiement d'une force Internationale dans le sud du Liban

Photo AFP

Sans préciser le calendrier d'un déploiement, les États-Unis et Israël se sont montrés favorables hier à l'idée d'une force internationale dans le sud du Liban, où le Hezbollah règne en maître depuis six ans.

Cette force opérerait dans le cadre de l'OTAN ou de l'Union européenne et non de l'ONU, ont précisé les responsables américains et israéliens.

« C'est une nouvelle idée, nous allons certainement la prendre au sérieux », a déclaré l'ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton, dans une interview à la chaîne de télévision CNN.

À Jérusalem, le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a affirmé que cette force internationale devait être constituée de membres de l´Union européenne et non de l´OTAN, comme l´avait suggéré son ministre de la Défense.

«Israël est d´accord pour envisager un déploiement d´une force ayant des capacités militaires et une expérience des combats, qui serait formée par des États de l´Union européenne, une fois fixé son mandat», a-t-il déclaré lors de la réunion hebdomadaire de son cabinet.

Le premier ministre Olmert a cependant précisé que «le processus diplomatique n´empêchera pas la poursuite des efforts pour détruire les infrastructures terroristes du Hezbollah». «Tout le processus va prendre beaucoup de temps», a-t-il ajouté.

Ces ouvertures diplomatiques sont survenues à la veille de l'arrivée au Proche-Orient de Condoleezza Rice. La secrétaire d'État américaine s´entretiendra demain avec le premier ministre israélien et par la suite avec le président palestinien, Mahmoud Abbas. Elle se rendra mercredi à Rome pour participer à une réunion du «groupe de contact» pour le Liban.

Mais avant de s'envoler pour Israël, Condoleezza Rice s´est arrêtée à la Maison-Blanche, où elle a rencontré, en compagnie du président George W. Bush, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal. La rencontre, qui a duré un peu plus d´une heure, avait été organisée à la demande du prince Saoud.

«Nous avons demandé un cessez-le-feu pour permettre l´arrêt des hostilités», a déclaré le chef de la diplomatie saoudienne devant la presse à sa sortie de la Maison-Blanche.

La veille et l'avant-veille, le président et sa secrétaire d´État avaient pourtant rejeté l'idée d'un cessez-le-feu au Liban. Hier après-midi, leurs porte-parole n´ont pas voulu dire comment les Bush et Rice avaient réagi à la demande du prince Saoud. Ils ont également refusé de parler des espoirs de l´administration américaine concernant le rôle des Saoudiens dans un règlement éventuel du conflit au Proche-Orient.

Dans leur édition d´hier, le New York Times et le Washington Post ont révélé que les États-Unis comptaient sur leurs alliés arabes - l´Arabie saoudite, l´Égypte et la Jordanie - pour convaincre la Syrie, un des pourvoyeurs du Hezbollah, de mettre un terme à son «alliance de circonstance» avec l´Iran.

Pour Washington, la Syrie est responsable de la crise actuelle au Liban. Par la voix de leur ambassadeur à l´ONU, les États-Unis ont cependant rejeté hier l´offre de Damas d´ouvrir un dialogue avec eux pour résoudre la crise au Liban.

«La Syrie n'a pas besoin de dialogue pour savoir ce qu´elle doit faire, a déclaré John Bolton. Elle doit faire pression sur le Hezbollah pour qu´il libère les deux soldats israéliens faits prisonniers et mette un terme aux tirs de roquettes contre des innocents.»

Au 12e jour du conflit, une centaine de roquettes tirées du sud du Liban par le Hezbollah se sont abattues sur le nord d´Israël, tuant deux civils à Haïfa. Ces morts portaient à 37 le nombre d´Israéliens tués depuis le 12 juillet, 17 civils et 20 militaires.

Les raids israéliens ont été encore plus meurtriers. Onze personnes, dont huit civils, ont péri dans les bombardements de plusieurs objectifs au Liban, portant à 361 le bilan des tués, dont 318 civils. Parmi les victimes: une photographe de presse libanaise, Layal Nagib, 23 ans, fauchée près de Tyr, au sud du Liban. Il s´agissait de la première victime du conflit chez les journalistes.

L´armée israélienne a poursuivi ses opérations terrestres dans le sud du Liban, étendant son em-prise à deux autres villages, ceux de Marwahin et d´Aita al-Shaab.

De passage dans les quartiers détruits de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, un haut responsable de l´ONU a accusé hier Israël de «violer le droit humanitaire». «Il s´agit d´un usage de la force excessif dans une zone avec autant de citoyens», a déclaré à la presse Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l´ONU pour les affaires humanitaires.

Aujourd´hui, Jan Egeland lancera un appel à l´aide internationale d´urgence en faveur du demi-million de Libanais déplacés par l´offensive israélienne.

Le premier ministre israélien a, quant à lui, accusé la presse internationale d´offrir une fausse image du conflit actuel, «où la victime est présentée comme l´agresseur».