Thème
: Politique
Hezbollah Pirate un Serveur
Extrait de La Presse :
Frédérick Lavoie
La Presse, Montréal, Jeudi, 10 Août 2006
Un serveur montréalais
piraté par le Hezbollah
GUERRE AU LIBAN
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Le Hezbollah, dirigé
par Hassan Nasrallah, est considéré comme une organisation terroriste au
Canada depuis 2002. |
Le Hezbollah transpose ses
techniques de guerre sur Internet. Comme ses militants dispersés dans les
montagnes du sud du Liban, les sites Web du groupe se déplacent après chaque
attaque virtuelle. Jusqu'à passer par Montréal.
La semaine dernière, la compagnie d'hébergement québécoise IWeb Technologies a
reçu un courriel anonyme l'avisant que l'un de ses serveurs était utilisé pour
héberger le site de la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar. En 24
heures, le site était fermé.
Mais ce n'était vraisemblablement que pour réapparaître ailleurs, sur un autre
serveur d'une autre entreprise, dans un autre pays.
Rien d'étonnant là-dedans, dit José M. Fernandez, professeur
adjoint de génie informatique à l'École polytechnique de Montréal. «On vit dans
une passoire aujourd'hui en matière de sécurité des serveurs.»
Et IWeb ne fait pas plus mauvaise figure que les autres, ni au Canada ni sur la
planète, croit M. Fernandez. Selon lui, il existe des millions de serveurs
vulnérables dans le monde, à la merci de ceux qui désirent héberger
clandestinement un site. Une simple malchance donc pour l'entreprise québécoise.
Le Hezbollah - considéré comme une organisation terroriste au Canada depuis 2002
- a ainsi l'embarras du choix pour héberger ses pages de propagande, de
recrutement et de financement. Et tout cela à l'insu des propriétaires du
serveur. Une fois le nid trouvé, il n'a qu'à informer ses sympathisants par
courriel ou sur des blogues du nouvel emplacement du site.
Bien qu'il arrive souvent à IWeb de fermer des sites reliés à des activités
criminelles, c'est la deuxième fois seulement que cette société est confrontée à
un cas de présumées activités terroristes. «Nous avons eu une plainte il y a
quelques mois voulant que le Hamas héberge sur l'un de nos serveurs un site qui
recrutait des kamikazes», relate Sylvain Leclerc, directeur des ventes et du
marketing chez IWeb Technologies.
Patrouilleurs patriotiques
Trouver un emplacement aux sites est peut-être un jeu
d'enfant, mais des «patrouilleurs» veillent au grain pour les chasser de la
Toile.
Aux États-Unis, des «contre-terroristes indépendants» se sont d'ailleurs
regroupés sous le nom de Society for Internet Research dans le but de traquer
les sites jihadistes. Ils les dénoncent ensuite auprès des entreprises
d'hébergement, les avertissant qu'ils pourraient faire face à des sanctions de
la part des autorités états-uniennes.
«Ce qu'on peut soupçonner, dit José M. Fernandez, c'est que derrière ces bons
citoyens patriotiques, des efforts sont aussi menés en parallèle secrètement par
des agents des services officiels» - israéliens et états-uniens dans ce cas-ci.
M. Fernandez explique que ce genre de guerre froide sur Internet n'est pas une
première. La «première guerre de pirates informatiques» (First Hacker War) a été
déclenchée par des internautes chinois et états-uniens en avril 2001, à la suite
d'un accident entre un avion-espion de la marine américaine et un chasseur
chinois. Les pirates s'étaient alors mis à infiltrer et modifier des sites
d'importantes compagnies de l'autre pays. Les autorités des deux États étaient
également soupçonnées de faire secrètement la même chose, raconte ce professeur
qui donne un cours sur la criminalité informatique à Polytechnique. Et
l'expérience s'est par la suite répétée parallèlement à d'autres guerres
«chaudes».
Simultanément à la guerre sur le terrain, Israéliens et militants du Hezbollah
combattent virtuellement, avec un peu les mêmes techniques. «Le Hezbollah ne
veut pas mettre ses sites sur des adresses connues et publiques, car il sait que
les services secrets américains et israéliens sont à ses trousses», expose José
M. Fernandez. Il préfère donc les éparpiller un peu partout sur la Toile pour
éviter que ses ennemis puissent frapper un grand coup.