Pierre Foglia
: Cousine du Roi
Collaboration spéciale Pierre
Foglia
La Presse, Montréal, Samedi, 28 Août 2004
La cousine du roi
Athènes --
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Cela paraît pire que c'est.
Sur la piste, le relais canadien 4x100 avait l'air complètement inexistant.
Laminé. Mais quand tu regardes le chrono, ce n'est pas si désastreux. Il y
avait deux séries. Les Canadiens sont tombés sur la mauvaise. Ils sont
tombés sur des vraies équipes de relais : la Pologne, l'Australie, le Japon,
des gens qui envisagent le relais presque comme une morale de la course. Pas
de coureurs en 9,9 dans ces équipes-là, mais une technique millimétrée qui
en font des machines à relayer de haute précision. Le Canada a longtemps
envisagé le relais comme les Américains : les quatre gars les plus vites et
à la grâce de Dieu, mon vieux. Quand il y avait Bailey, Surin, Glenroy
Gilbert, ça explosait. Anson Henry et Charles Allen, ça explose moins.
Sous la direction de Glenroy Gilbert, le relais
canadien est en reconstruction et dans la bonne direction. Avec son 38,64
hier, le relais canadien se serait qualifié dans les trois premiers de
l'autre série, enfin presque. |
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Photo Bernard Brault, La Presse Alors que ses trois comparses du relais 4x100 mètres semblaient abattus après leur élimination, Nicolas Macrozonaris, lui, rayonnait. |
Après leur élimination, les trois Noirs, Pierre Browne,
Charles Allen, Anson Henry avaient des faces d'enterrement. Macrozonaris ? Un
soleil ! Un roman ! Il partait premier dans le tournant et, dans le couloir
extérieur, la pire position : «quand t'es le premier en avant, tu ne vois pas ce
qui se passe derrière, tu n'as aucun repère». Il n'a pas eu un très bon départ,
mais a tout de même donné le bâton à Anson Henry en quatrième position. C'est
avec Henry que ça s'est gâté, et peut-être avec Allen dans l'autre tournant.
Mais Macro était déjà ailleurs. Le relais oui bon, on n'en fera pas une maladie,
peut-on parler d'autre chose ?
De quoi ?
De lui.
Je vous résume. Un : il n'y pas de chicane, ni avec Surin, ni avec
Saint-Hilaire. Deux : il n'a pas tant envie que cela de s'exiler. Quelques
semaines, bon. Mais six mois ?
Il est revenu aussi sur la grande injustice faite aux pauvres athlètes canadiens
maltraités par leur fédération : voyez Charles Allen, il ne s'est pas qualifié
pour les haies. Il est Athènes pour courir le relais. Mais vu qu'il est ici, on
l'a inscrit aussi pour les haies. Et il se retrouve en finale olympique. Alors
qu'il ne s'est pas qualifié aux essais canadiens !
(Allen a fait sixième en finale : 13,48, ce n'est pas le minima olympique. À la
suggestion de Macro, on peut bien inviter aux Jeux tous les hurdlers à
13,50, et tous les sprinters à 10,40, mais il va falloir agrandir le village, et
faire durer les Jeux deux mois et demi.)
Pour finir avec Macro, il avait une anecdote. Macro a toujours un anecdote, ou
un rêve, ou quelque chose... «C'était après mon 100 mètres. Je rentrais au
vestiaire, une bénévole grecque s'avance vers moi, elle était toute émue, me
prend la main, me montre sa badge avec son nom : Dimitra Macrozonaris. C'était
une petite cousine.»
Le monde est petit, Macro. Et plus le roi est grand, plus le monde est petit.
Pour revenir à Charles Allen, il aura eu la consolation d'avoir participé à LA
course des Jeux jusqu'ici. La chevauchée du Chinois Xiang Liu, qui égale le
record du monde de Colin Jackson, est une des plus extraordinaires
démonstrations de puissance que j'ai vue sur un Stade. Les Chinois s'en
viennent ! Et très vite.
CAROLINE REMONTE À l'ANTIQUITÉ -
Aux 500 mètres, le tout jeune Adam van Koeverden,
nouvelle sensation du kayak masculin canadien, était médaillé d'or. Hélas,
c'était un 1000 mètres. Il le savait bien sûr, mais il est quand même parti
comme si c'était un 500. Imprévoyante jeunesse ! Finalement, il gagne la
médaille de bronze par un souffle sur les Australiens, qui auraient bien aimé 20
mètres de plus... On va réentendre parler de ce jeune homme de 22 ans dans les
années à venir. S'cusez, je viens de vous dire une énormité; on n'entendra plus
parler de ce jeune homme avant quatre ans, comme on n'entendra plus parler de
gymnastique, d'aviron, d'haltérophilie, d'athlétisme avant quatre ans. C'est
ainsi : l'esprit olympique au Canada est une poussée de fièvre bissextile qui
allume les gens pendant trois semaines, puis disparaît comme elle est venue.
Deux toutes petites déceptions, hier, pour cette première journée de finales au
bassin de Schinias. On attendait du canoéiste Stephen Giles qu'il fasse aussi
bien que sa médaille de bronze à Sydney. Il s'est contenté d'une cinquième place
sur 1000 mètres. C'était ses quatrièmes Jeux. Il est revenu au canoë il n'y a
pas longtemps, il travaillait à temps plein, il faut bien vivre, au Canada le
canoë c'est pas le Pérou, ce serait plutôt l'Arménie. C'est très bien cinquième
pour un Arménien.
Déception aussi des quatre filles du kayak - dont Karen Furneaux, qui vit à
Sainte-Foy, coéquipière de Caroline Brunet en K2 à Sydney. On ne les voyait pas
sur le podium, mais pas non plus aussi loin qu'une huitième place, complètement
décrochées.
Pour le reste, la sixième place du C2 et la neuvième des garçons en K4 étaient
attendues.
Aujourd'hui, finales de tous les 500 mètres, deux chances de médaille, une autre
de bronze pour Adam van Koeverden dans le K1, et l'or pour la vieille Caroline
dans le K1 filles. Mais au lieu de filles, on pourrait dire le K1 des ancêtres,
puisque deux des favorites remontent à l'Antiquité, Caroline Brunet 35 ans, et
Josefa Idem, 38 ans.
SALUTATIONS À M. LE CONSUL ET À SA DAME -
Et c'est reparti. Kenteris ou son fantôme n'en
finissent plus de gâcher les Jeux des Grecs. Mercredi, un quotidien annonçait
que la fédération d'athlétisme grecque avait versée plus d'un million d'euros à
l'entraîneur de Kenteris et Thanou, Christos Tzeros.
Et jeudi soir, il y a eu l'incident du 200 mètres. Une partie du public a
réclamé Kenteris sur l'air de lampions, retardant le départ de cinq minutes.
L'incident est devenu un scandale dans la presse de vendredi qui se lamente :
honte à nous ! Je trouve qu'ils exagèrent. Je commence à les trouver un peu
tordus. Depuis le début des Jeux, la moitié des Grecs passent leur temps à avoir
honte de l'autre moitié. J'étais comme ça quand j'étais petit : j'invitais des
amis à la maison, pis quand ils s'en allaient j'engueulais mon père, tu t'es
encore mouché dans tes doigts, j'ai assez honte. Les Grecs ont honte (mosoê)
devant la visite (monmê), mais dès qu'on va être partis, la gang du stade
pourra recommencer à se moucher dans les doigts, ça ne dérangera personne.
Ils ont pourtant des bonnes raisons de se réjouir, des résultats étonnants :
cette Fani Halkia au 400 haies, leur équipe féminine de water-polo (médaille
d'argent), et leur médaille d'or au triple saut féminin après que la
Camerounaise qui a gagné ait échoué à son test de dope. Être méchant je vous
dirais que cela donne une bonne indication des progrès de la lutte antidopage.
Des progrès énormes, si l'on en juge le nombre effarant de cas positifs détectés
à ces Jeux. Mais des progrès bien insuffisants, si on considère que la médaille
que l'on enlève à la dopée, on est obligée de la redonner à une Grecque...
(Je profite de cette succincte revue de l'actualité olympique grecque, pour
saluer Monsieur le consul de la Grèce à Montréal et sa dame.)