La Patience rapporte en Société  Mesurez votre audience

d'après N. Y. Times News Service
La Presse, Montréal, Dimanche 10 Août 2003

Société : La patience rapporte 

     En 1974, en préparant un article, je suis tombée sur un livre révélateur intitulé Type A Behavior and Your Heart (Les comportements de type A et le cœur). Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que je partageais bon nombre de ces traits de caractère odieux (et potentiellement dangereux) typiques des personnalités de type A...

     Je me suis alors promis de changer mes habitudes.

     J'ai appris, par exemple, à me donner plus de temps pour arriver à mes rendez-vous; à ne pas attendre la dernière minute avant de terminer des tâches importantes; et à résister à la tentation de finir une dernière chose avant de quitter la maison ce qui avait pour seul effet de me rendre plus nerveuse et de me mettre encore plus en retard.

    Malgré tout, il y a une vertu que je n'ai jamais su cultiver : la patience. Les embouteillages, les chauffards, les vendeurs incompétents, les réparateurs qui n'arrivent pas à l'heure promise, les files d'attente et les pannes d'ordinateur continuaient à me mettre en rogne. Je disais constamment à mes enfants de se dépêcher, ce qui avait bien entendu pour effet de les faire ralentir. Je me dis souvent : «Si c'était moi qui dirigeais le monde, j'en ferais un endroit bien plus logique et plus efficace!»

    Mais voilà qu'un nouveau livre par M.J. Ryan, The Power of Patience (La Force de la patience) paru chez Broadway Books (14,95 $US), m'a ouvert les yeux sur les avantages qu'il peut y avoir pour moi et pour mes proches à devenir plus patiente.

Risquer l'erreur

    Dans notre société, tout semble vouloir constamment accélérer : les ordinateurs et l'accès Internet, les fours à micro-ondes, les trains, les bicyclettes et les voitures même les routes sont aujourd'hui plus larges et plus droites pour nous permettre d'avancer plus vite. (Avez-vous comme moi l'habitude de garder la main devant la porte de votre four à micro-ondes pendant que vous réchauffez votre dîner?) Nous vivons à une époque impatiente, où chacun cherche toujours à accélérer et à contrôler les événements et les gens autour de soi.

    Mais, comme je l'ai appris (et je le savais d'ailleurs instinctivement), l'impatience n'est bonne ni pour notre santé mentale ni pour notre santé physique. L'impatience contribue au stress, qui à son tour affaiblit le système immunitaire, irrite l'estomac, augmente la tension artérielle, fatigue le coeur et compromet les relations interpersonnelles. Je comprends aujourd'hui que ma vie familiale et mon comportement auraient été beaucoup plus agréables si j'avais su plus tôt appliquer les leçons de Ryan.
Quand on se dépêche, on risque l'erreur ou l'accident, qui peut coûter bien plus de temps que ce qu'on a gagné.

    La patience permet de rester calme et rationnel et de penser clairement même quand on est stressé, d'accepter avec sérénité les petites manies agaçantes des gens autour de soi et même de s'en amuser.

    La patience, explique Mme Ryan, « c'est ce que vous ne faites pas».
«C'est savoir se retenir plutôt que de se lâcher, supporter ce qui nous irrite et attendre que les choses se produisent plutôt que de vouloir forcer le destin», dit-elle. «Pour certaines choses, la volonté ne suffit pas. Il faut alors avoir la volonté d'attendre.»
    La patience, c'est également le ciment de la société, l'essence même de «la diplomatie et de la courtoisie, de la légalité et de l'ordre public», ajoute Mme Ryan. «Sans patience, pas de coopération. Sans coopération, pas de société.»

    L'impatience n'est ni un défaut de la personnalité ni un trait de caractère inné, précise-t-elle. C'est une habitude. Or on peut se défaire de mauvaises habitudes et les remplacer par d'autres plus saines, plus productives.

    Pour cela, il faut de la perspicacité, de la motivation, de la pratique et du temps. On ne change pas du jour au lendemain- ne soyez pas trop dur avec vous-même si vous retombez dans votre routine familière («Tu ne peux pas te dépêcher? Fais donc comme moi...»).
    Les gens patients sont plus efficaces, semblent moins dépassés par les événements, moins anxieux et moins exaspérés, plus respectueux, plus calmes, plus tolérants, plus affectueux et plus sympathiques. Ils n'essaient pas (en vain) de réorganiser le monde à leur façon; ils savent rebondir quand le monde leur joue un mauvais tour.
    La patience, note M me Ryan, augmente aussi nos chances d'obtenir ce que nous désirons, «parce que quand nous sommes patients, nous traitons les gens correctement, ce qui augmente les chances qu'ils réagissent de même». Car à force de se plaindre, on obtient en fait rarement ce qu'on veut.

    Commencez par vous dire que chaque individu est différent et que personne ne voit les choses ni ne réagit exactement comme vous. Comme les contraires s'attirent, il est tout à fait possible que votre tendre moitié soit fort différente de vous. Et pourtant, n'êtes-vous pas coupable- tout comme moi- de vouloir transformer ses habitudes les plus banales, de la façon dont il ou elle fait la vaisselle à ses habitudes au volant? Moins de temps vous passerez à juger autrui, plus vous serez confiant et heureux et plus vos proches se sentiront compétents et appréciés.

    Je dis toujours d'un de mes amis que son comportement compulsif m'aurait rendue folle si je l'avais épousé. Mais la femme merveilleuse et patiente qui partage sa vie ne s'en soucie guère; c'est au contraire ce qui le rend unique et adorable à ses yeux. Comme le dit Mme Ryan: «Le secret du bonheur en couple, c'est sans doute de continuer à trouver charmantes ces petites manies qui deviennent sinon si agaçantes.»

    Ce type de patience vous aide à vous identifier aux autres et à apprécier leur individualité et vous permet de vivre en plus grande harmonie avec vos proches. Au fond, c'est l'attitude qui importe. Repensez aux situations exaspérantes- essayez de les voir d'un autre oeil et d'en tirer quelque chose de positif.

    Préparez-vous mentalement et physiquement aux situations éprouvantes. Si vous risquez d'avoir à faire la queue, à attendre un ami ou d'être coincé dans le métro, emportez un livre ou un passe-temps. Ayez toujours des CD ou des livres-cassettes dans votre auto pour aider à vous détendre dans les embouteillages. Si vous êtes pris au dépourvu, inventez des jeux mentaux pour faire passer le temps.

    Souvenez-vous que vous n'êtes pas le centre du monde, mais que vous faites partie d'une grande communauté où coexistent les intérêts et les styles. Rappelez-vous à l'ordre en vous demandant: «Tu te prends pour Dieu?»

    Si vous sentez que vous êtes sur le point de perdre patience, respirez à fond et comptez jusqu'à 10 avant de parler ou d'agir.
    Faites de l'exercice pour dissiper vos sentiments d'irritabilité et de tension. Mangez à heures fixes et prévoyez des en-cas sains pour les petits creux entre les repas. La plupart des gens perdent facilement patience quand ils sont en hypoglycémie. Évitez de boire trop de café: cela rend nerveux et irritable. (Limitez-vous à 200 milligrammes par jour, l'équivalent de deux tasses de café.)

    Et n'oubliez pas de dormir. Les Américains, et moi la première, se privent en moyenne d'une heure et demie de sommeil par nuit. Enfant ou adulte, quand on est épuisé, on s'énerve à la moindre frustration.