NEURO
:
LES TROIS CERVEAUX DE L'HOMME
A-
Textes : Donald MacLean
B- Commentaires : Roland Guyot
C- Annexe, Bibliographie
B-
Commentaires :
A. "
Sur le Cerveau Reptilien "
8- Complexe R (203-211)
Les trois
vésicules cérébrales primitives du tube neural engendrent :
1. le prosencéphale (cerveau antérieur)
2. Le mésencéphale (cerveau moyen)
3. Le rhombencéphale (cerveau postérieur)
Par la suite
le prosencéphale donne : le télencéphale
et le diencéphale constitué du thalamus
de l'hypophyse
et de l'hypothalamus
Le
mésencéphale ne se subdivise pas
Le
rhombencéphale donne le métencéphale (pont ,
cervelet)
et le myélencéphale (bulbe , moelle allongée)
(Fig.1)
La partie du cerveau la plus ancienne de l'homme est du type reptilien.
Elle forme la partie centrale du tronc cérébral et comprend la plus
grande partie du système réticulé, le mésencéphale et les
ganglions de la base.
Le
cerveau reptilien est caractérisé par les structures striées
agrandies qui ressemblent au complexe caudé (putamen-globus-pallidus
des mammifères) et peut être désigné sous nom du complexe R.
MacLean (1972) dit que, chez les mammifères, l'équivalent principal du
cerveau antérieur reptilien comprend un groupe de gros ganglions connus sous le
nom de complexe R (corpus stratum, globus pallidus et noyau basal de Meynert)
ainsi que du noyau de l'anse pédonculaire. Chez le mammifère et l'homme le
cerveau de l'avant, le prosencéphale reptilien, est conservé sous la forme des
ganglions gris centraux de la base.
(Fig.2)
Il se dégage de ce qui précède que le cerveau reptilien (que les
mammifères ont en commun avec les reptiles) est caractérisé par les ganglions
striés de la base (deux masses de noyaux : 1* noyau caudé + putamen et 2*
pallidum . En abrégé : striatum et pallidum).
Ce complexe
strié coiffe tout ce qui est dessous dans l'arbre phylogénétique : le
Diencéphale (noyaux Thalamus et Hypothalamus), le Mésencéphale
(Tubercules Quadrijumeaux, Pédoncules Cérébraux et Noyau Rouge), et le
Rhombencéphale (Système Réticulé, Pont, Bulbe, Cervelet et Moelle).
Le cerveau
reptilien (ou strié ou hypothalamique) est la partie génétiquement supérieure
dans l'architecture du tout.
La
coloration de Koelle met en évidence la partie supérieure du cerveau
reptilien. Elle contraste avec les deux autres cérébro-types du pros-encéphale,
le système limbique et le néocortex Cette coloration sélective est la plus
intense dans le noyau caudé et le putamen (qui est le noyau
externe du noyau lenticulaire), c'est-à-dire dans le néo-striatum.
Dans la
(Fig.2) on
remarque que chez le poisson Thalamus et Hypothalamus sont
distincts des corps striés (CST). Pas d'écorce cérébrale. Le CST est
encore appelé archéo-striatum. :e Néo-striatum humain (complexe de
MacLean) s'est développé avec le néocortex par effet rétroactif
Chez l'oiseau,
le CST croît en importance. Un CST géant occupe le plus grande partie de
l'hémisphère cérébral (pro-encéphale).
En comparant
dans cette figure 2 les schémas du poisson, de l'oiseau et du mammifère,
on voit que l'écorce ECC, inexistante d'abord, apparaît chez l'oiseau,
très rudimentaire, et se développe chez les mammifères en même temps que les
noyaux thalamiques et hypothalamiques se déplacent, entrent en contact avec les
noyaux striés qui les englobent.
La (Fi g.3)
montre la croissance des noyaux lenticulaire et caudé chez le
fœtus à 4, 6 et 8 mois. Le noyau caudé se développe dans la direction caudale de
l'encéphale, entraîné dans le lobe temporal en même temps que la flexion du
télencéphale s'accroît pour former le lobe temporal. Le noyau caudé
prend la forme d'un fer à cheval.
Le mouvement de flexion télencéphalique est net sur la (Fig.4).
Or l'ontogenèse décalque ici la phylogenèse dans ce recouvrement qui a lieu.
Comme ce mouvement ne correspond pas cependant à la stratification proposée par
MacLean, quelle est donc la grande différence entre les deux hiérarchies
cérébrales ?
Observons
d'abord que les corps striés dérivent du plancher du télencéphale. Il
faut donc les placer à la base du télencéphale tandis que les noyaux
thalamiques et hypothalamiques forment le diencéphale.
Au-dessus des
corps striés, on placera le système limbique puis le néocortex..
Ainsi le
télencéphale humain comprend le complexe R de MacLean, le système
limbique et le néocortex. C'est par conséquent le télencéphale qui
s'est constitué en trois étapes, depuis les reptiles jusqu'aux mammifères
évalués.
La théorie
moderne des trois cérébrotypes de MacLean concerne cette structuration
progressive en trois étages du seul cerveau de l'avant.
Quand on parle de cerveau hypothalamique aujourd'hui, on vise surtout les noyaux
thalamiques et hypothalamiques du diencéphale comme partie principale du cerveau
primitif, tandis qu'en désignant ce cerveau par le nom de cerveau reptilien avec
MacLean on vise plutôt l'ensemble des corps striés.
La conception
de MacLean met donc l'accent sur les formations striées et sur les formations
limbiques à la base des hémisphères cérébraux.
Les remarques qui viennent d'être faites sur la position des trois cerveau ne
sont pas superflues, car bon nombre d'auteurs qui traitent du cerveau triunique
ne le comprennent pas de la même façon que Maclean. En voici quelques exemples :
Dans les
Dragons de l'Éden (1980), Carl Sagan place le système hypothamo-hypophysaire
dans la zone limbique. D'accord pour situer l'hippocampe et l'amygdale dans le
système limbique, mais non lorsqu'il y inclut le thalamus, l'hypothalamus et
'hypophyse (c'est-à-dire le diencéphale !).
Ornstein
et Thompson font de même dans L'Incroyable Aventure du Cerveau
(1987). Ils comprennent le diencéphale et les noyaux gris de la base dans le
système limbique. De plus ils assimilent le tronc cérébral au complexe R. Les
belles images de leur livre ne peuvent faire oublier toutes ces confusions.
On retrouvera
la même tendance à inclure le diencéphale dans le premier cerveau chez deux
autres auteurs, Pierre Debray-Ritzen (1976) et Guy Van Renynghe de
Voxvrie (1985).
En revanche
il y a plus d'authenticité chez Jean-Didier Vincent dans Biologie des
Passions (1986). Il divise en trois parties le télencéphale :
néocortex, striatum et système limbique, alors que le diencéphale es situé en
dessous.
Henri
Laborit considère également à part, comme cerveau moteur primitif,
individualisé et autonome, l'ensemble des noyaux striés qui entourent le
thalamus, dans La Nouvelle Grille (1974) .
La théorie de MacLean concerne le seul cerveau de l'avant ou
télencéphale.
Le complexe R
ou strié est au plancher, le système limbique occupe une position médiane et le
néocortex est le '' haut de gamme ''.
9-
Petite Histoire : Nos Antécédents dans les
Espèces
(212-224)
(Fig. Tableau2) (identifiez-y les termes en bleu du texte suivant)
On considère
aujourd'hui que les vertébrés les plus primitifs sont les
poissons sans mâchoire du
Cambrien, ou agnathes, au
squelette cartilagineux (-500 millions d'années). Ils sont encore représentés
par les myxine et les lamproies actuelles, privées de mâchoire et sans nageoires
paires.
À côté de ces
poissons apparaissent au Silurien et
se développent au Dévonien d'autres
poissons pourvus de mâchoire et au
cerveau plus avancé, les gnatosthomes (-400 millions d'années). Les
placodermes (poissons cuirassés d'une carapace de plaques osseuses) sont
abondants au Dévonien. On trouve aussi à cette époque les sélaciens
(poissons au squelette cartilagineux), ancêtres des requins actuels.
Les
actinoptérygiens (poissons à écailles et à nageoires rayonnées) apparaissent
aussi au silurien-dévonien. Ils se développent beaucoup à la fin du
Permien (fin du Primaire) et ensuite au
Secondaire et Tertiaire. Ce sont les ancêtres
de tous les poissons actuels.
Toutes les
espèces de vertébrés précédentes vivent en milieu aquatique.
La conquête
de la terre ferme`a lieu vers la fin du
Dévonien (-350 millions d'années). Des poissons vont se changer en
amphibiens.
Plusieurs
fossiles peuvent retracer l'évolution de l'eau à la terre :
* Eusthénoptéron : nageoires courtes, robustes, écailleuses servant à se
déplacer sur les fonds marin.
* Ichthyostéga
: membres courts pour se déplacer entre les points d'eau, grands poumons. C'est
le premier amphibien (-350 millions d'années).
Il est
vraisemblable qu'entre les deux aient vécu des espèces intermédiaires avec
branchies et petits poumons.
Les
amphibiens sont nombreux au Carbonifère
(-300 millions d'années). Les plus gros (stégocéphales) disparaissent au
Permien. Il ne reste que les plus
petits, ancêtres des grenouilles et des salamandres actuelles.
Trois
théories sont en présence au sujet de l'origine des premiers tétrapodes, mais
celle qui prévaut est celle de Romer selon laquelle ce sont les
crossoptérygiens qui y seraient au début .
Le
Cœlacanthe
(crossoptérygien), ancêtre du Primaire (qu'on a aussi parfois vu vivant),
avait de solides nageoires qui lui servaient de pattes. Ce poisson qui
colonisait la terre ferme a évolué en amphibien, pourvu de poumons et de pattes
comme les crapauds, mais pondant des œufs comme les poissons.
C'est au
Carbonifère (entre -350 et -300 millions
d'années) que les amphibiens se transforment en reptiles,
totalement dégagés de l'eau.
À la fin de
Primaire, l'œuf amniotique apparaît chez les reptiles qui rend possible la
reproduction à l'abri des dangereux prédateurs marins. Le jeune sort de l'œuf
comme adulte en miniature capable de survivre et non comme larve ou têtard. Tous
les œufs actuels procèdent de cet œuf reptilien ancestral.
L'œuf le
plus ancien connu remonterait à -270 millions d'années, au
Carbonifère supérieur. Il a rendu
possible l'explosion reptilienne du Permien
quand a eu lieu le réchauffement général du climat. Il va alors se produire, à
partir de -250 millions d'années, une grande diversification des reptiles
terrestres, reptiles marins, reptiles volants qui vont dominer
la Terre pendant tout le Secondaire.
C'est dès le
Carbonifère supérieur (-250 millions
d'années) qu'apparaissent les
pélycosaures
descendants
cotylosaures primitifs. Ils durent tout le
Permien et s'éteignent au
Trias. Un des plus anciens est ce
pélycosaure dont parle MacLean : le varanosaurus (ou mangeur de
poissons). L'animal n'est pas homéotherme (la température de son corps n'est pas
constante). Il existe à -250 millions d'années. Les paléontologues distinguent à
cette époque les pélycosaures à voilure (parmi eux le
Dimétrodon
est le plus cité) et les pélycosaures sans voilure (dont le varanosaurus).
Ce sont ces derniers qui donneront naissance aux reptiles mammaliens, créateurs
de la thermorégulation. On peut dater les premiers
Thérapsides
du mi-permien (vers -250 millions
d'années). Ils apparaissent dans les régions tropicales et équatoriales très
chaudes et humides. ils se développent partout car ils sont armés contre les
fluctuations du climat.
L'âge des
Thérapsides est avant tout le
Trias (qui a duré environ 50 millions
d'années). Avant les
Dinosaures,
les Thérapsides deviennent les maîtres de monde terrestre.
Si la plupart
de ces espèces disparaissent, surtout les plus grandes par la taille, d'autres
continuent à évoluer comme la branche des
Cynodontes.
Les ancêtres
des mammifères appartiendraient aux Thérapsides carnivores comme le
Lycaenops (1,20 m) d'Afrique du Sud
(Fig.1 A).
Thrinadoxonte et
Cynognathus
sont aussi à rattacher à cette lignée.
Cynognathus
est certainement le plus connu des cynodontes (ou ''mâchoire de chien'') : bonne
homéothermie grâce à sa fourrure de poils, des glandes à sueur et sans doute des
mamelles (Fig.1 B).
Dérivent de ces cynodontes du Trias
les Morganucodontes du Jurassique,
beaucoup plus petits, non thériens (ovipares), analogues à des musaraignes.
Aujourd'hui ces non-thériens ont disparu mais ont donné naissance aux monotrèmes
actuels (Ornithorynque
et Échidné.) qu'on peut considérer comme les mammifères les plus
archaïques de notre temps.
Dérive aussi
des Cynodontes le groupe des Thériens (ou Vivipares) (-150
millions d'années) qui seraient l'ancêtre des Mammifères actuels. Les Thériens
donneront d'abord les Pantothères (-100 millions d'années) qui se
diviseront en Marsupiaux d'une part et Placentaires (ou
Euthériens) d'autre part, groupes frères qui élimineront presque tous les autres
mammifères sauf les Monotrèmes. Ces deux groupes, Marsupiaux et Placentaires,
apparaissent au début du Crétacé (-100
millions d'années). Les Pantothères se sont éteints depuis mais
laissèrent les ancêtres des mammifères placentaires à la fin du Crétacé
(squelettes de Gobi) (-75 millions d'années).
Le
Tertiaire est l'âge des
Mammifères, apparus au Trias,
au début du Secondaire (vers -200 millions d'années). Les Mammifères nés
en même temps que les Dinosaures restent très petits et peu nombreux
pendant le Jurassique et le
Crétacé (100 millions d'années). Leur
taille n'augmente qu'au Tertiaire. Les petits mammifères qui subsistent plus de
100 millions d'années à l'ombre des gigantesques Dinosaures qui dominent tout
alors.
a*
CÉRÉBRALISATION
Pour Léonard
Ginsburg (1979) les mammifères accrurent lentement leur volume
cérébral '' pour développer leur psychisme et mieux maîtriser ainsi leur
environnement ''.
Parmi les
mammifères du Paléocène inférieur, les
insectivores (-65 millions d'années) le néo-pallium N est
représenté par deux petites calottes ovoïdes su sommet d'un très grand
rhinencéphale RH. Ce N chétif est l'écorce non olfactive d'un
cerveau dont le reste ne servait qu'à l'odorat.
Les
mammifères antérieurs de la fin du Crétacé, et ceux du Paléocène,
ont un N comparable à celui du
Périptycus. Actuellement le cerveau paléocène typique des placentaires
archaïque est analogue à celui du petit tenrec (Madagascar et Comores) où le RH déborde beaucoup le N
(Fig.2)
(Fig.3).
Les
mammifères issus des Thérapsides vers -200... -180 millions d'années (Trias)
menèrent une vie obscure et effacé. comme, par exemple, le
morganucodonte
(le ''dent
de matin''). Ce dernier vivait de vers, de larves, d'œufs, d'insectes,
de jeunes lézards. Son activité devait être nocturne pour éviter de dangereux
prédateurs beaucoup plus gros que lui. Il fut contraint de développer son
psychisme à base d'audition et d'olfaction (crâne).
Pendant 130
ou 140 millions d'années, les ancêtres thérapsides des mammifères actuels ont
évolué d'une façon extrêmement lente et graduelle sous l'hégémonie des
reptiles dinosauriens.
Lorsque les
dinosaures disparurent (-65 millions
d'années), les mammifères purent progresser et développer au maximum le
N resté embryonnaire pendant le
Secondaire tandis que progressait le
RH. Ce RH (paléo-mammifère)
s'est constitué au long du Trias, du
Jurassique au Crétacé après avoir commencé au Permien avec les Thérapsides.
La
cérébralisation portant sur le RH paléo-mammifère (ou système limbique)
a duré 150 millions d'années, avant d'être dépassé au Crétacé supérieur. Cette
paire de petites calottes du périptychus (comme chez le
tenrec) constitue au départ tout le
nouveau télencéphale qui deviendra plus tard le N (le troisième
cérébrotype de MacLean).
Deux chiffres
pour la cérébralisation : N = 60-70 millions d'années
RH = 130-140 millions d'années.
La durée
d'édification du premier cérébrotype de MacLean (le complexe R) a
commencé chez les poissons du Primaire, puis a évolué chez les amphibiens
et les reptiles. Le complexe N a mis quelque 300 millions d'années à se
perfectionner et a donné chez les dinosaures pour toute la faune terrestre du
Secondaire.
Les géologues
font état d'un grand continent émergé qui rassemblait les cinq continents
actuels.
Tout formait
un seul bloc au Permien, fin du Primaire (225 millions d'années).
Une grande échancrure existait dans ce bloc massif, à l'est, une mer, la
Thétis.
Au
Secondaire, milieu du Trias (vers 200 millions d'années), la
Pangée se fend en deux (Laurasie au
nord, Gondwana au sud) puis ce sont ces deux sous-continents qui se fragmentent
à leur tour et commencent à dériver
(Fig.33).
Les cinq
continents déjà bien dessinés, 100 millions d'années plus tard, prendront
leur nette configuration actuelle vers 70 millions d'années (fin du
Secondaire). Selon cette théorie, l'apogée des reptiles thérapsidiens se
situe vers 250 millions d'années au Permien et ils auraient été
les derniers animaux dominants sur la
Pangée initiale avant la cassure (Amérique du Sud, Afrique du Sud,
Australie).
Comment les
mammifères sont-ils devenus ce qu'ils sont ?
Il y a les
restes de huit cents milliards de reptiles pré-mammifères qui sont à la racine
de notre arbre généalogique. Les dinosaures ne sont pas les prédécesseurs des
mammifères qui sont très éloignés d'eux. Une plus ancienne source, celle des
thérapsides au Permien, habitait la Pangée et le reste de ces
reptiles a été trouvé au massif continental du sud appelé
Gondwana.
Il y avait
deux variétés de ces thérapsides, les carnivores et les herbivores. La branche
mammalienne était du type carnivore.
Certains des
carnivores évolués ressemblaient à des chiens. À la différence de leurs
prédécesseurs qui pataugeaient en se dandinant, ces animaux se sont redressés
sur des jambes qui leur permettait de courir rapidement. Les mâchoires et les
dents ainsi que d'autres traits crâniens les rapprochaient déjà de la structure
des mammifères.
10- Bases Neurobiologiques du Comportement Éthique (225-234)
Selon MacLean, la triade comportementale (nutrition,
reproduction et groupement) dont les reptiles sont privés aurait joué un rôle considérable dans l'apparition de la sociabilité.
Cette triade
aurait évolué parallèlement à la division thalamo-cingulaire du système
limbique.
C'est la
troisième subdivision du système limbique qui aurait servi à l'aptitude sociale,
non les deux autres subdivisions, septale et amygdalienne qui ont en rapport
avec la nutrition et la reproduction.
C'est cette
troisième subdivision (Fig.10 et
Fig.11 ) qui serait impliquée
dans la vocalisation (surtout la partie rostrale du grand arc limbique
dont la stimulation par électrodes fait jaillir la vocalisation), le
soin des parents pour les petits, et l'aptitude au jeu. Plus tard
dans l'évolution des mammifères, cette troisième subdivision se branchera sur le
préfrontal du néocortex.
Dans la
pensée de MacLean le sentiment de la famille, de la protection des
petits, s'enracine dans le système limbique, puis s'étend ensuite à tous les
membres du groupe par le truchement du système nerveux préfrontal.
Il se produit
une généralisation de ce lien familial parental aux autres individus de
l'espèce. L'intérêt pour les petits devient par extension l'intérêt pour les
autres membres. Ainsi la famille est à la racine de la société humaine. La
nature a fait l'apprentissage de l'association au sein de la cellule familiale.
Le soucis parental est la matrice du souci de l'autre, de l'altruisme qui est le
ciment de la société humaine.
Le préfrontal
apporterait le sens de la pitié, de la compassion active pour autrui. Ce
préfrontal branché sur le système thalamo-cingulaire tournerait dos à la loi
cruelle de la jungle et pratiquerait la miséricorde.
MacLean considère le néocortex d'abord dur, utilitariste et égoïste. Mais
l'évolution a doté cet ordinateur insensible du sentiment des autres en reliant
le néocortex préfrontal à la troisième subdivision du système limbique par des
faisceaux afférents et efférents. Depuis quelques centaines de milliers
d'années, les premières manifestations de cette évolution chez les humains
préhistoriques se trouvèrent chez les Néanderthaliens qui soignaient les
handicapés, les handicapés et veillaient leurs morts.
MacLean
ajoute que c'est du système limbique que le néocortex tire le sentiment
d'identification et de compréhension d'un autre individu. C'est la liaison entre
le cortex préfrontal et le système limbique, siège des émotions, qui
constitue l'altruisme. Dans ces conditions, l'altruisme n'est pas complètement
appris puisqu'il résulte de la maturation normale des structures cérébrales.
Pour MacLean,
c'est donc la pitié qui conduirait au sentiment d'humanité et à la moralité
marquée par la charité et la justice. Dans l'appartenance à un groupe, la morale
sociale et civique serait essentiellement une projection de la morale familiale
et domestique.
Selon Schopenhauer (1841), la pitié a toujours été présente chez l'homme normal, par-delà les religions et l'instruction. Le bien de l'autre peut devenir le bien pour l'homme qui est capable d'agir pour faire cesser la souffrance d'autrui. La moralité résiderait, à l'origine, dans l'attitude de la mère qui sentirait la détresse de son rejeton isolé et l'aiderait en le protégeant. MacLean ajoute à Schopenhauer que la nature a créé les structures cérébrales d'accueil à l'altruisme en donnant naissance à la troisième division du SL non olfactive, thalamo-cingulaire, le préfrontal. Ces aires nouvelles font contrepoids à la loi de jungle où le fort dévore toujours le plus faible.
Des
sociologues et psychologues ont aussi traité la question d'étique.
Tönnies
(1887) qui distingue communauté et société (Gemeninschaft et
Gesellschaft) dit que la vraie société est fondée sur contrat et que la
société industrielle moderne se substitue partout et peu à peu à la communauté.
Pour Dürkheim
(1893) la société réelle est faite de la solidarité organique entre les êtres
différents, mais non pas de la solidarité mécanique entre des êtres semblables.
Ribot
observe dans sa Psychologie des sentiments (1886) que le vrai sentiment
social est irréductible aux sentiments sexuels et parentaux.
Max
Scheler, dans Nature et formes de la sympathie (1928), parle d'un
amour de l'autre comme d'un besoin social, comme la dimension de la personne.
Sans l'autre la pensée s'anémie et est guettée par la mélancolie et la
dépression.
Ochanine
(1938) ménage plusieurs niveaux de sympathie. Il existe d'abord une sympathie
automatique pour le même sous la forme de la contagion, ou contamination,
des émotions. Au dessus se situe une sympathie de type grégaire où règne
l'unisson affectif : c'est la sympathie-harmonie entre les frères. Enfin, au
sommet de la hiérarchie, c'est la sympathie spécifiquement humaine. Celle-ci
nous attache à autrui parce que sa vie est différente et peut nous enrichir.
Ochanine appelle cette forme la ''sympathie-délivrance''.
Nédoncelle
(1942) invoque quant à lui à propos du lien social la '' réciprocité des
consciences '' et l'échange des services. L'identité des êtres s'accroît en
raison même de leurs différences.
René Zazzo
(1974) présente une théorie sur les origines de l'affectivité selon laquelle la
sociabilité, l'attachement (notion de
Bowlby)
est un phénomène primaire. L'individu est génétiquement social. L'attachement
de l'enfant à la mère n'est pas dérivé, provenant de l'association de la mère à
la satisfaction de la faim et de la soif, Il établit même la prévalence du
besoin de contact social (par la chaleur) sur les activités alimentaires. Ce
contact donne confiance et garantit la sécurité dont tout dépend
(réf.
René Zazzo et la psychologie clinique).
Cette rapide récapitulation de travaux en sciences humaines établit clairement
qu'il existe dans la spéculation occidentale un courant de pensée selon lequel
l'être humain naît sociable, capable potentiellement d'attachement et
d'association avec ses semblables. En venant au monde, nous ne portons pas en
nous, inscrits dans le patrimoine génétique, deux besoins mais bien trois.
L'instinct en cause ici est un instinct spécifique, très primitif, une sympathie
capable de cimenter entre eux les individus d'une même espèce. L'individu trouve
sa satisfaction dans les avantages et commodités reçus du commerce avec ses
semblables. L'instinct se manifestera dans les groupes humains par l'entraide.
L'association est inscrite dans les gènes tout comme la reproduction
et la nutrition. Cet instinct de base sert de fondation à la société.
.