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NEURO :
LES TROIS CERVEAUX DE L'HOMME

A-  Textes : Donald MacLean    
B-  Commentaires : Roland Guyot     
C-  Annexe, Bibliographie    


A- Textes :

   
7- " Deux Textes de MacLean " :  

            La psychiatrie évolutionniste donne une nouvelle dimension à la science de l'homme sans abandonner la psychiatrie traditionnelle. MacLean y prend sa distance par rapport à une psychiatrie contemporaine, exagérément physicaliste et moléculaire, qui a trop tendance à s'en remettre à la seule chimiothérapie pour résoudre les problèmes posés par les troubles mentaux.:

'' Les drogues neuroleptiques - qui ont une action plutôt spécifique sur le complexe strié - sont devenues d'un emploi très courant pour maîtriser les patients psychotique. Mais si un Pinel ou un Meyer revenaient aujourd'hui, ne s'élèveraient-ils pas violemment contre ces agents chimiques, véritables camisoles de force psychophysiques ? ''    (1982)

            La psychologie macleanienne est scientifique et humaniste. Elle est aux antipodes d'une psychologie behavioriste ('' ratomorphique '' , selon Koestler) qui néglige la conscience et perd le contact avec la réalité ou avec le sens des valeurs humaines.
            Malgré les nombreuses analogies tirées du comportement des hamsters, lézards, ou singes, la psychologie de MacLean débouche sur ce qui est le plus humain dans l'homme. On y voit que MacLean a recours fréquemment à l'auto-analyse, à l'introspection dirigée. en comparant l'animal et l'homme.
            Dans la théorie de MacLean, le système limbique y est devenu le cerveau affectif (comme dans l'épilepsie psychomotrice, aussi dite limbique) puisque le développement chez les mammifères de la division thalamo-cingulaire est à la base des liens familiaux et que l'être humain aurait appris l'affectivité de la famille. L'origine de l'affectivité se trouverait u sein de la famille, de même que le langage émotionnel par cris qui deviendrait plus tard le langage propositionnel.

            MacLean montre que le branchement normalement développé de la troisième subdivision du système limbique sur le préfrontal et le frontal du néocortex fait l'homme sain d'esprit. La santé mentale humaine dépend d'un bon état de ce système.
            L'exemple le plus typique de la théorie des trois cerveaux à la psychiatrie a été donné par MacLean dans son article sur la paranoïa (réf. 2.  1970). Il y décrit le délire paranoïde (qui peut devenir, s'il se systématise, folie paranoïaque). L'essentiel de cet état mental est une affectivité de peur, d'inquiétude, d'alarme, devenue permanente. Cet affect de peur est flottant, non rattaché à un objet précis. On peut le comparer avec l'épilepsie limbique où il y a aussi des '' sentiments dégagés de tout contexte ''. Cette appréhension continue est donc devenue chronique, elle a perdu le contact avec le réel en se figeant.
            Cet état est pathologique. La crainte ressentie n'est plus mobile, fonction des circonstances ambiantes, donc souple et adaptée. Elle s'est fixée et la conscience est infectée de cette affectivité parasitaire de façon quasi constante. Elle est prisonnière de cette anxiété qui déclenche des réflexes à tout bout de champ et a contretemps. Le système de défense de l'individu est détraqué. Il est constamment mobilisé, ce qui entraîne  une grande fatigue de l'esprit, incapable de se délivrer de cet automatisme qui le mine. La pensée se déstructure, se désorganise, et cela est ressenti intérieurement par le sujet qui résiste et lutte, mais en vain.
            En même temps que par cette anxiété, la conscience est traversée d'illusions perceptives, d'hallucinations de toutes sortes, d'interprétations saugrenues et trompeuses. Il y a perte de contact avec avec la réalité, l'esprit fonctionne à vide sur ce fond affectif perturbé.
           
            Pour MacLean, la tendance paranoïde est une manifestation tout à fait typique de la '' schizophysiologie '' propre à l'espèce, c'est-à-dire de la coupure entre le système limbique et le néocortex.
            La tendance paranoïde aurait son siège principal dans le limbique et le reptilien, d'où les troubles psychosomatiques concomitants (comme les palpitations). :e néocortex est perturbé par le fonctionnement défectueux d'un système où se déclenchent, hors des prises de la volonté, des affects et des images morbides.

            En dehors des moyens chimiques connus qui réduisent l'anxiété et la tension nerveuse, MacLean indique que la confrontation avec le réel chasse l'hallucination et calme l'esprit tourmenté. Le remède idéal, c'est de voir de près, de vérifier et de contrôler au lieu de fantasmer gratuitement n'importe où et n'importe quand. Le réel opère la réduction des idées erronées, des interprétations aberrantes, nées d'une imagination qui, en s'affolant, a faussé le jugement.

            La psychiatrie évolutionniste aide à comprendre le délire paranoïde et y trouve sa plus grande justification avec les moyens d'action dont elle dispose (voir :  C-23 ).

                1. Psychiatrie évolutionniste et cerveau triunique   (1984)

            Bien des médecins sont préoccupés par l'existence d'une tendance à traiter les patients comme s'ils pouvaient être manipulés comme des machines. Cette tendance est due à l'importance accordée aujourd'hui à la biologie génétique ainsi qu'au mode de pensée remontant à Paracelse, qui consiste à découvrir une voie chimique pour corriger chaque état.
            La psychiatrie évolutionniste offre un contrepoids aux théories réductionnistes, inhérentes à l'approche moléculaire. Elle s'appliquerait aux idées de guérison éventuelle déduites d'une meilleure compréhension de la manière dont le cerveau ('' psychencéphale '') s'est développé et de la façon dont il fonctionne.
            Le domaine de la psychiatrie évolutionniste embrasse à la fois les aspects microscopiques et macroscopiques de tous les phénomènes sous-jacents puisqu'ils semblent se déployer dans le passé, le présent, le futur et être reliés à l'univers.
            François Jacob (1977) insiste sur les ressemblances moléculaires chez les animaux et les similitudes quant au code génétique et aux réactions enzymatiques. Commentant la valeur des études évolutionnistes, Darlington (1978) déclare que les virus et les bactéries ne sont pas exactement les ancêtres de nos organismes moléculaires et nucléaires, mais qu'ils nous indiquent comment nos ancêtres ont dû travailler.
            Non seulement tous les vertébrés sont composés de types cellulaires semblables, mais aussi de nombreuses molécules semblables dans les divers organes. De même l'évolution de leur cerveau s'applique aux ressemblances dans les mêmes classes des vertébrés, ce qui nous incite à poursuivre des études neurocomportementales comparatives chez eux.
             Les découvertes neuro-anatomiques comparatives indiquent que le cerveau humain s'est développé jusqu'à sa grande taille, tandis qu'il conservait les caractères communs des trois assemblages neuronaux qui représentent une relation ancestrale avec les reptiles, les anciens mammifères et les mammifères récents. Différents dans leur chimie, dans leur structure et dans un sens évolutif, les trois assemblages constituent un amalgame de trois cerveaux en un seul cerveau triunique

            Chez les vertébrés terrestres, le cerveau contenu dans les hémisphères cérébraux est essentiel pour orienter les activités du reste du système nerveux. Tout s'est passé comme si les hémisphères avaient acquis trois conducteurs ou plutôt trois ordinateurs centraux. Chez les humains, les assemblages les plus anciens ne sont cependant pas programmés pour la transmission du langage symboliques.
            Chez les reptiles, les oiseaux et les mammifères, les méthodes histochimiques, en particulier celles qui portent sur l'acétylcholine et la dopamine, ont été des plus précieuses pour trouver les structures correspondantes du cerveau proto-reptilien. Appelés ganglions basaux, elles comprennent l'olfacto-striatum qui comprend le tubercule olfactif et le noyau accumbens, et les structures qui constituent une partie du corps strié (noyau caudé, putamen, globus pallidus et amas satellite de matière grise). On en parle comme du complexe reptilien (complexe R).
            La partie du cerveau identifiée chez les premiers mammifères correspond au système limbique. Il comprend le cortex du grand lobe limbique de Broca et les structures de la racine du cerveau avec laquelle s'établissent des connexions primitives. Chez les reptiles et les oiseaux, les aires palliales qui ressemblent au cortex limbique sont rudimentaires et partiellement représentées.
            Le cerveau néo-mammifère comprend le néo-cortex et les structures du tronc cérébral avec lequel il est relié.
            Plusieurs anatomistes considèrent les masses ganglionnaires sous-corticales de la crête dorsale ventriculaire des reptile et des oiseaux comme du néo-cortex.
            Les profils comportementaux des animaux se divisent en deux groupes principaux. Dans un groupe. il y a les conduites de la routine quotidienne et des comportements voisins de cette routine. Dans l'autre groupe, il y a quatre comportements dans la communication sociale distinctifs dans l'espèce lézards; ce sont l'attitude d'affirmation de soi, de défense du territoire, de séduction et l'attitude de soumission. C'est le complexe R qui est impliqué dans ces conduites chez des animaux aussi différents que les lézards et les singes. D'autre part certains rongeurs développent dès la naissance, sans le néo-cortex, un comportement adapté de gestes quotidiens et de communication grâce au complexe R et le système limbique.
            Les trois formes de comportements qui permettent de distinguer clairement la transition évolutive, a partir des reptiles aux mammifères, sont les soins de maternage, la communication audio-vocale pour le maintien du contact entre la mère et son rejeton, et les activités de jeu.
            Le cri se rapportant à la séparation ou à l'isolation est le plus primitif et la verbalisation de base chez les mammifères a servi au départ à maintenir le contact mère-rejeton. puis plus tard le contact entre les membres d'un groupe.
            Il est devenu évident aujourd'hui que la division thalamo-cingulaire du su système limbique (Fig. 10) joue un rôle essentiel dans les trois formes comportementales. Cette division limbique n'existe pas chez le reptile tandis que les deux autres divisions limbiques, particulièrement l'amygdale et la zone septale, sont impliquées respectivement dans l'autodéfense et la procréation.
            Les découvertes cliniques sur l'épilepsie limbique (psychomotrice) ont apporté la preuve que le système limbique livre les émotions qui guident le comportement d'autodéfense et de préservation de l'espèce. Ainsi du moment que le cortex cingulaire a une forte concentration en récepteurs opiacés, la morphine supprime le cri de séparation tandis que son antagoniste, la naloxone, le rétablit.
            La division thalamo-cingulaire du système limbique est intimement lie au néo-cortex préfrontal qui atteint on plus grand développement chez l'homme et qui, entre autres fonctions, permet l'expression de sentiments altruistes. Le gyrus cingulaire du cortex préfrontal a des relations avec les fonctions instinctives, liées à la famille. Les êtres humains, par exemple, sont les seuls créatures connues pour pleurer en versant des larmes. Est-il possible que le regard mouillé de larmes si communément observé en présence d'un acte altruiste résulte d'une innervation réciproque des mécanismes qui déclenchent le secours des parents et les pleurs représentés dans la circonvolution cingulaire ?

               2. Cerveau Limbique : propos de tendance paranoïde chez l'Homme   (1970)

            Dans son livre, Le Cheval dans la locomotive (1968), Koestler revient souvent sur la '' tendance paranoïde '' inhérente à l'homme. Il affirme que cette tendance constitue une partie indélébile de la nature humaine et qu'elle menace à présent son existence même.
            C'est en situant avec précision l'endroit où un mécanisme se dérègle qu'il sera compris par la recherche du substrat neurophysiologique de la tendance paranoïde de l'homme. Des réactions paranoïdes accompagnent régulièrement les psychoses de génération en génération selon Koestler. Le terme paranoïa était déjà utilisé par Vogel en 1764 ans le sens général de désordre mental évoluant en quatre phases : manie, mélancolie, délire et démence. En 1879, le sens en a été restreint par Krafft-Ebing pour s'appliquer aux délires systématisés. On l'applique actuellement à un état mental caractérisé par de fausses croyances qui  prédisposent au délire de persécution ou de grandeur. Il importe de noter qu'elle se rapporte à un état subjectif plutôt qu'à un type de comportement.
            Pour une définition détaillée, il faut faire intervenir l'introspection qui distingue clairement l'élément subjectif des autres fonctions du cerveau. On en est parvenu au cours des siècles à identifier six principaux types d'informations psychiques : 1) conscience, 2) sensations, 3) perceptions, 4) compulsions, 5) affects, et 6) pensée.

            a* SENTIMENT "PARANOÏDE"

            L'élément émotionnel de la '' tendance paranoïde '' correspond à la description d'un affect général. Il est essentiellement un sentiment déplaisant de peur relié à quelques chose qui ne peut pas être clairement identifié. Ce sentiment peut demeurer ou resurgir longtemps après que les circonstances qui l'ont provoqué ont disparu, et se rapporte à une situation, un objet, un individu ou un groupe. Il a une valeur de protection parce qu'il met l'organisme en garde contre l'inattendu.
            Par exemple une information inadéquate transmise par un système sensoriel peut provoquer la peur. Chez le cheval qui a un sens olfactif développé mais une assez mauvaise vue, il y a un comportement paranoïde envers les sacs en papier mal définis. L'homme compte beaucoup sur sa vue pour calmer ses doutes quant aux objets : il se méfie des objets mal distingués jusqu'à son champ visuel. Mais ses craintes les plus vives sont provoquées par des objets qu'il ne voit pas du tout. L'obscurité lui a toujours apporté ses plus grandes terreurs. Les malades souffrant de fortes fièvres ou d'intoxication ont fréquemment des crises de délire à l'approche de la nuit.
            Certains individus deviennent hypocondriaques d'une manière analogue. Incapables de discerner la cause d'une migraine ou d'une douleur périodique, ils en viennent à soupçonner toutes sortes de phénomènes malfaisants, selon leur niveau culturel. Plus l'individu est primitif, plus son explication sera élémentaire.
            Malgré l'importance de la vision, les autres sens ne jouent pas un rôle négligeable. Malgré la netteté d'une scène qu'on n'entend pas ou peu ce qui se dit, on a alors des doutes. C'est pourquoi les sourds ont facilement des tendances paranoïdes. Un sourire ou un regard qui leur est adressé par hasard au cours d'une conversation entre plusieurs personnes peuvent leur donner l'impression que l'on parle d'eux. Dans les psychoses paranoïdes, les illusions et les hallucinations auditives sont plus fréquentes que les illusions ou hallucinations visuelles.
            Ramenée à sa plus simple expression, la tendance paranoïde peut être analysée comme étant un affect général caractérisé par un sentiment désagréable de peur relié à quelque chose qui ne peut pas être identifié.

            b* FONCTIONS DU SYSTÈME LIMBIQUE   (Fig.2b)

            La recherche des mécanismes du cerveau sur lesquels repose l'élément émotionnel de la '' tendance paranoïde '' nécessite un bref examen des fonctions des différentes parties du système limbique révélées par des observations cliniques et expérimentales.

            La Fig.10 représente essentiellement trois ramifications du faisceau médian du diencéphale qui relie l'anneau du cortex limbique à l'hypothalamus et à d'autres parties du tronc cérébral. Les deux branches supérieures du faisceau rencontrent des fibres descendantes de l'appareil olfactif et rejoignent les moitiés inférieure et supérieure de l'anneau en passant par le noyau amygdalien et le septum aux points 1 et 2.
            Les observations cliniques et expérimentales semblent montrer que la partie inférieure de l'anneau alimenté par le noyau amygdalien (1) intéresse essentiellement les affects et le comportement assurant l'autoconservation. Ses circuits répondent aux besoins égoïstes en aliments, combat et autoprotection.
            D'autre part, les structures de la partie supérieure de l'anneau reliées par la voie septale (2) semblent intéresser les états d'expression et de sentiments qui aboutissent à la sociabilité, la procréation et de sentiments qui aboutissent à la sociabilité, la procréation et la conservation de l'espèce.
            La troisième voie (3), qui contourne l'appareil olfactif, relie l'hypothalamus aux noyaux thalamiques antérieurs et à la circonvolution du corps calleux dans la partie supérieure de l'anneau.
            L'anneau cortical limbique s'articule également avec le noyau dorsal médian qui a des projections dans le néocortex préfrontal, partie du cerveau qui se charge de prévoir.

            Il est remarquable que la région du septum des primates demeure assez statique, alors que les structures de la troisième sous-division du système limbique s'accroissent progressivement chez les primates pour atteindre ses dimensions les plus grandes chez l'homme. Cette évolution marque un déplacement des influences olfactives vers les influences visuelles dans le comportement socio-sexuel. C'est ainsi qu'une stimulation dans les parties de la troisième sous-division, de même que dans le circuit du septum, provoque des réactions sexuelles chez les singes.

            Les anamnèses de l'épilepsie psychomotrice démontrent que le cortex limbique participe à la formation d'états affectifs. Des lésions irritatives du cortex limbique e la portion inférieure de l'anneau provoquent des crises d'épilepsie accompagnées d'affects fondamentaux et généraux  importants pour la survie en conditions normales.
            Les affects fondamentaux comprennent les sensations d'appétit, soif, nausée, étouffement, étranglement, nausée, froid, chaleur, et le besoin de déféquer ou d'uriner.
            Pour les affects généraux, on peut citer les sentiments de peur et de terreur, de pressentiment d'un malheur, de familiarité, d'étrangeté, d'irréalité, de désir de solitude, de tristesse, et les sentiments de nature paranoïde..
            Les automatismes qui suivent ces affects éprouvés dans l'aura épileptique semblent souvent être une expression de l'état subjectif comme manger, boire, vomir, uriner, courir et crier comme si on avait peur.

            Pendant la dépression post paroxystique des formations cérébrales au cours de la crise, certains malades peuvent se livrer a des formes complexes de comportement moteur et intellectuel qui sont commandées par le néocortex en activité. Ces malades sont, pendant des périodes déterminées, comparables à des esprits désincarnés. Il se peut qu'une identification personnelle avec des événements du monde extérieur, ou qu'avec le souvenir de ces événements , dépende de l'intégration d'une expérience interne et d'une expérience externe. Il suffit de rappeler le ''soupir de soulagement'' ou le changement du rythme cardiaque qui accompagnent la solution d'un problème ou la rencontre inattendue d'un vieil ami. Les informations y sont transmises au néocortex principalement par les systèmes auditif, visuel et somatosensoriel.
            Au début de ses crises un malade atteint d'épilepsie psychomotrice peut avoir un sentiment de dépersonnalisation pendant lequel il a l'impression de se voir lui-même et de voir ce qui se passe autour de lui depuis une certaine distance. Il s'agit, aussi, d'ailleurs, d'un symptôme que ressentent souvent les individus sous l'influence de produits psychédéliques, et qui peut, comme on le sait bien, être un des aspects des psychoses endogènes et toxiques. Cette possibilité s'impose par le fait que les affects généraux représentent une forme mélangée d'expérience d'origine interne et externe.
            L'expérience des affects n'est pas provoquée par une activation simultanée des systèmes sensoriels. L'affect épileptique de peur, par exemple, se manifeste au même moment que la décharge corticale, et le malade peut ressentir, en même temps, une sensation de tachycardie sans que son rythme cardiaque se soit accéléré. Dans ces circonstances, les affects apparaissent souvent sans être rattachés à une personne ou un événement particulier. En d'autres termes les affects ressentis pendant la crise sont des sentiments dégagés du contexte. Le malaise ressenti dans l'épigastre ne relève d'aucune situation particulière. La sensation d'avoir besoin de compagnie ne se rattache à aucune personne en particulier. Il semble donc que les affects soient d'abord composés à l'intérieur des circuits du cerveau limbique. Au lieu de transformer l'expérience en comportement compulsif, comme le fait le cerveau reptilien, ou en pensées abstraites, comme dans le cerveau néo-mammifère, le processus mental du système limbique emble comporter un mécanisme par lequel l'information est codifiée en termes de sentiments affectifs qui influent sur ses décisions et son mode d'action.

            c* NATURE D'INFORMATION DU CERVEAU LIMBIQUE (* réf Illustration / Rouvière & Delmas)

            Si le système limbique contribue à donner un sentiment d'identité personnelle en intégrant les expériences d'origine interne et externe, comment le fait-il ? L'anatomie classique ne permet pas de constater que le cortex limbique reçoive des informations des systèmes auditif, somatique et visuel.
            On s'est donc toujours demandé pourquoi, pendant les crises d'épilepsie prenant naissance à l'intérieur ou à proximité du système limbique, dans l'insula, la circonvolution de l'hippocampe et la formation de l'hippocampe (Fig.10b), les malades pouvaient avoir des illusions, des altérations de la perception ou des hallucination touchant l'un quelconque des systèmes sensoriels.
            MacLean suggère que tous les systèmes sensoriels fournissent des informations à la formation de l'hippocampe. L'appareil olfactif est relié indirectement à l'hippocampe comme les autres sens.
            La recherche a démontré que le cortex du para-hippocampe postérieur reçoit des informations visuelles du complexe corps genouillé-pulvinar (le corps genouillé latéral transmet les impulsions visuelles à l'hippocampe). Le pulvinar inférieur (noyau d'association visuelle) amène aussi des fibres juste à côté des radiations optiques. (voir : Fig.1 > Fig.2 > Fig.3 > Fig.4 )
            La circonvolution fusiforme à côté de l'hippocampe serait aussi, d'après Penfield, le siège du rêve et de l'imagination.
            Du point de vue paranoïde, certaines cellules nerveuses du cortex parahippocampique, en arrière du splenium,  ne sont activées que par l'impulsion du croissant temporal de la rétine d'oeil controlatéral. C'est ainsi que les objets qui entrent dans cette partie de notre champ périphérique peuvent fréquemment provoquer chez nous un état émotionnel d'inquiétude et d'alarme.
            Le cortex du para-hippocampe transmet des impulsions à l'hippocampe qui les transmet à son tour à l'hypothalamus et à d'autres structures du tronc cérébral assumant des fonctions émotionnelles, endocrines et somatoviscérales. Dans ce circuit, il y a sans doute un mécanisme par lequel le cerveau transforme la froideur de notre perception visuelle en chaleur émotionnelle.
            Nous cherchons souvent dans le cortex limbique du lobe de l'insula les messages apportés par les systèmes auditif et somatique. Les stimuli auditifs et somatiques provoquent des réactions dans plusieurs éléments de cette région corticale. Aucun élément n'a répondu a plus d'une modalité. Il y a deux principaux types d'éléments auditifs, l'un d'eux réagissant avec des périodes de latence aussi brèves que 10 ms. Les éléments somatiques sont activés soit seulement par la pression, soit par la pression et le toucher léger. Les zones réceptives sont généralement étendues et bilatérales. Comme le lobe de l'insula est relié à la formation de l'hippocampe, les résultats des recherches tendent a montrer qu'il existe une voie par laquelle les impulsions d'origine auditive ou somatique peuvent atteindre l'hypothalamus et influencer les fonctions végétatives et émotionnelles.

            d* COMMUNICATION "HOLONARCHIQUE" 

            D'après des expériences telles que les précédentes, il devient évident que le système limbique - de même que les cerveaux reptiliens et néo-mammifères - reçoit des informations spécifiques des divers systèmes sensoriels.
            Une autre question se pose concernant le mécanisme de communication entre les trois types de cerveaux dans l'élaboration des sentiments paranoïdes. Le cerveau limbique a de nombreux circuits en série avec le cerveau reptilien, mais les voies avec le cerveau néo-mammifère seraient surtout indirectes. Les échanges entre le nouveau cortex et l'ancien sont relativement lentes car elles se feraient par le réticulum du mésencéphale et les foyers intra laminaires du thalamus. Il se peut qu'une action réciproque ait lieu dans le thalamus antéromédian entre la troisième subdivision du système limbique et le néo-cortex préfrontal. C'est sans doute par ces voies que les affects engendrent des pensées, et les pensées des affects. Mais, quel que soit le mécanisme, on peut assurer que le cortex limbique a une structure trop élémentaire pour permettre une communication verbale. C'est le néocortex qui doit interpréter les sentiments de l'ancien cerveau.
            Il existe une analogie avec les sociétés humaines et les meneurs qui s'efforcent d'interpréter et d'articuler les sentiments des groupes auxquels ils ont affaire.
 


* réf Google : http://books.google.ca/books?id=ZwOW3GsnwcC&pg=PA83&lpg=PA83&dq=anatomie+cerveau+insula&source=bl&ots=5xp9gbwMPT&sig=yTou9up7TXAGHBztXISMQx72F_Y&hl=fr&ei=QLfvSt2wN86SlAegkKHvCA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=7&ved=0CBYQ6AEwBg#v=onepage&q=&f=false