NEURO :
LES TROIS CERVEAUX DE L'HOMME
A-
Textes : Donald MacLean
B- Commentaires : Roland Guyot
C- Annexe, Bibliographie
A- Textes :
7- "
Deux Textes de MacLean "
:
La psychiatrie évolutionniste donne une nouvelle dimension à la science de l'homme sans abandonner la psychiatrie traditionnelle. MacLean y prend sa distance par rapport à une psychiatrie contemporaine, exagérément physicaliste et moléculaire, qui a trop tendance à s'en remettre à la seule chimiothérapie pour résoudre les problèmes posés par les troubles mentaux.:
| '' Les drogues neuroleptiques - qui ont une action plutôt spécifique sur le complexe strié - sont devenues d'un emploi très courant pour maîtriser les patients psychotique. Mais si un Pinel ou un Meyer revenaient aujourd'hui, ne s'élèveraient-ils pas violemment contre ces agents chimiques, véritables camisoles de force psychophysiques ? '' (1982) |
La
psychologie macleanienne est scientifique et humaniste. Elle est aux antipodes
d'une psychologie behavioriste ('' ratomorphique '' , selon Koestler) qui
néglige la conscience et perd le contact avec la réalité ou avec le sens des
valeurs humaines.
Malgré les
nombreuses analogies tirées du comportement des hamsters, lézards, ou singes, la
psychologie de MacLean débouche sur ce qui est le plus humain dans l'homme. On y voit que
MacLean a recours fréquemment à l'auto-analyse, à l'introspection dirigée. en
comparant l'animal et l'homme.
Dans la
théorie de MacLean, le système
limbique y est devenu le cerveau affectif (comme dans l'épilepsie
psychomotrice, aussi dite limbique) puisque le développement chez les mammifères
de la division thalamo-cingulaire est à la base des liens familiaux et que
l'être humain aurait appris l'affectivité de la famille. L'origine de l'affectivité
se trouverait u sein de la famille, de même que le langage émotionnel par
cris qui deviendrait plus tard le langage propositionnel.
MacLean
montre que le branchement normalement développé de la troisième subdivision du
système limbique sur le préfrontal et le frontal du néocortex fait l'homme sain
d'esprit. La santé mentale humaine dépend d'un bon état de ce système.
L'exemple le
plus typique de la théorie des trois cerveaux à la psychiatrie a été donné par
MacLean dans son article sur la paranoïa (réf. 2.
1970). Il y décrit le délire paranoïde (qui peut devenir, s'il se
systématise, folie paranoïaque). L'essentiel de cet état mental est une
affectivité de peur, d'inquiétude, d'alarme, devenue permanente. Cet affect de
peur est flottant, non rattaché à un objet précis. On peut le comparer avec
l'épilepsie limbique où il y a aussi des '' sentiments dégagés de tout contexte
''. Cette appréhension continue est donc devenue chronique, elle a perdu le
contact avec le réel en se figeant.
Cet état est
pathologique. La crainte ressentie n'est plus mobile, fonction des circonstances
ambiantes, donc souple et adaptée. Elle s'est fixée et la conscience est
infectée de cette affectivité parasitaire de façon quasi constante. Elle est
prisonnière de cette anxiété qui déclenche des réflexes à tout bout de champ et
a contretemps. Le système de défense de l'individu est détraqué. Il est
constamment mobilisé, ce qui entraîne une grande fatigue de l'esprit,
incapable de se délivrer de cet automatisme qui le mine. La pensée se
déstructure, se désorganise, et cela est ressenti intérieurement par le sujet
qui résiste et lutte, mais en vain.
En même temps
que par cette anxiété, la conscience est traversée d'illusions perceptives,
d'hallucinations de toutes sortes, d'interprétations saugrenues et trompeuses.
Il y a perte de contact avec avec la réalité, l'esprit fonctionne à vide sur ce
fond affectif perturbé.
Pour MacLean,
la tendance paranoïde est une manifestation tout à fait typique de la ''
schizophysiologie '' propre à l'espèce, c'est-à-dire de la coupure entre le
système limbique et le néocortex.
La tendance
paranoïde aurait son siège principal dans le limbique et le reptilien, d'où les
troubles psychosomatiques concomitants (comme les palpitations). :e néocortex
est perturbé par le fonctionnement défectueux d'un système où se déclenchent,
hors des prises de la volonté, des affects et des images morbides.
En dehors des moyens chimiques connus qui réduisent l'anxiété et la tension nerveuse, MacLean indique que la confrontation avec le réel chasse l'hallucination et calme l'esprit tourmenté. Le remède idéal, c'est de voir de près, de vérifier et de contrôler au lieu de fantasmer gratuitement n'importe où et n'importe quand. Le réel opère la réduction des idées erronées, des interprétations aberrantes, nées d'une imagination qui, en s'affolant, a faussé le jugement.
La psychiatrie évolutionniste aide à comprendre le délire paranoïde et y trouve sa plus grande justification avec les moyens d'action dont elle dispose (voir : C-23 ).
1. Psychiatrie évolutionniste et cerveau triunique (1984)
Bien des
médecins sont préoccupés par l'existence d'une tendance à traiter les patients
comme s'ils pouvaient être manipulés comme des machines. Cette tendance est due
à l'importance accordée aujourd'hui à la biologie génétique ainsi qu'au mode de
pensée remontant à Paracelse, qui consiste à découvrir une voie chimique pour
corriger chaque état.
La
psychiatrie évolutionniste offre un contrepoids aux théories réductionnistes,
inhérentes à l'approche moléculaire. Elle s'appliquerait aux idées de guérison
éventuelle déduites d'une meilleure compréhension de la manière dont le cerveau
('' psychencéphale '') s'est développé et de la façon dont il fonctionne.
Le domaine de
la psychiatrie évolutionniste embrasse à la fois les aspects
microscopiques et macroscopiques de tous les phénomènes sous-jacents puisqu'ils
semblent se déployer dans le passé, le présent, le futur et être reliés à
l'univers.
François
Jacob (1977) insiste sur les ressemblances moléculaires chez les animaux et les
similitudes quant au code génétique et aux réactions enzymatiques. Commentant la
valeur des études évolutionnistes, Darlington (1978) déclare que les virus et
les bactéries ne sont pas exactement les ancêtres de nos organismes moléculaires
et nucléaires, mais qu'ils nous indiquent comment nos ancêtres ont dû
travailler.
Non seulement
tous les vertébrés sont composés de types cellulaires semblables, mais aussi de
nombreuses molécules semblables dans les divers organes. De même l'évolution de
leur cerveau s'applique aux ressemblances dans les mêmes classes des vertébrés,
ce qui nous incite à poursuivre des études neurocomportementales comparatives
chez eux.
Les
découvertes neuro-anatomiques comparatives indiquent que le cerveau humain s'est
développé jusqu'à sa grande taille, tandis qu'il conservait les caractères
communs des trois assemblages neuronaux qui représentent une relation ancestrale
avec les reptiles, les anciens mammifères et les mammifères récents. Différents
dans leur chimie, dans leur structure et dans un sens évolutif, les trois
assemblages constituent un amalgame de trois cerveaux en un seul cerveau
triunique.
Chez les
vertébrés terrestres, le cerveau contenu dans les hémisphères cérébraux est
essentiel pour orienter les activités du reste du système nerveux. Tout s'est
passé comme si les hémisphères avaient acquis trois conducteurs ou plutôt trois
ordinateurs centraux. Chez les humains, les assemblages les plus anciens ne sont
cependant pas programmés pour la transmission du langage symboliques.
Chez les
reptiles, les oiseaux et les mammifères, les méthodes histochimiques, en
particulier celles qui portent sur l'acétylcholine et la dopamine, ont été des
plus précieuses pour trouver les structures correspondantes du cerveau
proto-reptilien. Appelés ganglions basaux, elles comprennent l'olfacto-striatum
qui comprend le tubercule olfactif et le noyau accumbens,
et les structures qui constituent une partie du corps strié (noyau
caudé, putamen, globus pallidus et amas
satellite de matière grise). On en parle comme du complexe reptilien (complexe
R).
La partie du
cerveau identifiée chez les premiers mammifères correspond au système
limbique. Il comprend le cortex du grand lobe limbique de Broca et
les structures de la racine du cerveau avec laquelle s'établissent des
connexions primitives. Chez les reptiles et les oiseaux, les aires palliales qui
ressemblent au cortex limbique sont rudimentaires et partiellement représentées.
Le cerveau
néo-mammifère comprend le néo-cortex et les structures du tronc cérébral avec
lequel il est relié.
Plusieurs
anatomistes considèrent les masses ganglionnaires sous-corticales de la crête
dorsale ventriculaire des reptile et des oiseaux comme du néo-cortex.
Les profils
comportementaux des animaux se divisent en deux groupes principaux. Dans un
groupe. il y a les conduites de la routine quotidienne et des comportements
voisins de cette routine. Dans l'autre groupe, il y a quatre comportements dans
la communication sociale distinctifs dans l'espèce lézards; ce sont l'attitude
d'affirmation de soi, de défense du territoire, de séduction et l'attitude de
soumission. C'est le complexe R qui est impliqué dans ces conduites chez
des animaux aussi différents que les lézards et les singes. D'autre part
certains rongeurs développent dès la naissance, sans le néo-cortex, un
comportement adapté de gestes quotidiens et de communication grâce au complexe R
et le système limbique.
Les trois
formes de comportements qui permettent de distinguer clairement la
transition évolutive, a partir des reptiles aux mammifères, sont les soins de
maternage, la communication audio-vocale pour le maintien du contact
entre la mère et son rejeton, et les activités de jeu.
Le cri se
rapportant à la séparation ou à l'isolation est le plus primitif et la
verbalisation de base chez les mammifères a servi au départ à maintenir le
contact mère-rejeton. puis plus tard le contact entre les membres d'un groupe.
Il est devenu
évident aujourd'hui que la division thalamo-cingulaire du su système
limbique (Fig. 10)
joue un rôle essentiel dans les trois formes comportementales. Cette division
limbique n'existe pas chez le reptile tandis que les deux autres divisions
limbiques, particulièrement l'amygdale et la zone septale, sont
impliquées respectivement dans l'autodéfense et la procréation.
Les
découvertes cliniques sur l'épilepsie limbique (psychomotrice) ont apporté la
preuve que le système limbique livre les émotions qui guident le comportement
d'autodéfense et de préservation de l'espèce. Ainsi du moment que le cortex
cingulaire a une forte concentration en récepteurs opiacés, la morphine supprime
le cri de séparation tandis que son antagoniste, la naloxone, le
rétablit.
La division
thalamo-cingulaire du système limbique est intimement lie au néo-cortex
préfrontal qui atteint on plus grand développement chez l'homme et qui, entre
autres fonctions, permet l'expression de sentiments altruistes. Le gyrus
cingulaire du cortex préfrontal a des relations avec les fonctions instinctives,
liées à la famille. Les êtres humains, par exemple, sont les seuls créatures
connues pour pleurer en versant des larmes. Est-il possible que le regard
mouillé de larmes si communément observé en présence d'un acte altruiste résulte
d'une innervation réciproque des mécanismes qui déclenchent le secours des
parents et les pleurs représentés dans la circonvolution cingulaire ?
2. Cerveau Limbique : propos de tendance paranoïde chez l'Homme (1970)
Dans son
livre, Le Cheval dans la locomotive (1968), Koestler revient souvent sur
la '' tendance paranoïde '' inhérente à l'homme. Il affirme que cette tendance
constitue une partie indélébile de la nature humaine et qu'elle menace à présent
son existence même.
C'est en
situant avec précision l'endroit où un mécanisme se dérègle qu'il sera compris
par la recherche du substrat neurophysiologique de la tendance paranoïde de
l'homme. Des réactions paranoïdes accompagnent régulièrement les psychoses de
génération en génération selon Koestler. Le terme paranoïa était déjà
utilisé par Vogel en 1764 ans le sens général de désordre mental
évoluant en quatre phases : manie, mélancolie, délire et démence. En 1879, le
sens en a été restreint par Krafft-Ebing pour s'appliquer aux
délires systématisés. On l'applique actuellement à un état mental caractérisé
par de fausses croyances qui prédisposent au délire de persécution ou de
grandeur. Il importe de noter qu'elle se rapporte à un état subjectif plutôt
qu'à un type de comportement.
Pour une
définition détaillée, il faut faire intervenir l'introspection qui
distingue clairement l'élément subjectif des autres fonctions du cerveau. On en
est parvenu au cours des siècles à identifier six principaux types
d'informations psychiques : 1) conscience, 2) sensations, 3)
perceptions, 4) compulsions, 5) affects, et 6) pensée.
a* SENTIMENT "PARANOÏDE"
L'élément
émotionnel de la '' tendance paranoïde '' correspond à la description d'un
affect général. Il est essentiellement un sentiment déplaisant de peur relié à
quelques chose qui ne peut pas être clairement identifié. Ce sentiment peut
demeurer ou resurgir longtemps après que les circonstances qui l'ont provoqué
ont disparu, et se rapporte à une situation, un objet, un individu ou un groupe.
Il a une valeur de protection parce qu'il met l'organisme en garde contre
l'inattendu.
Par exemple
une information inadéquate transmise par un système sensoriel peut provoquer la
peur. Chez le cheval qui a un sens olfactif développé mais une assez mauvaise
vue, il y a un comportement paranoïde envers les sacs en papier mal définis.
L'homme compte beaucoup sur sa vue pour calmer ses doutes quant aux objets : il
se méfie des objets mal distingués jusqu'à son champ visuel. Mais ses craintes
les plus vives sont provoquées par des objets qu'il ne voit pas du tout.
L'obscurité lui a toujours apporté ses plus grandes terreurs. Les malades
souffrant de fortes fièvres ou d'intoxication ont fréquemment des crises de
délire à l'approche de la nuit.
Certains
individus deviennent hypocondriaques d'une manière analogue. Incapables de
discerner la cause d'une migraine ou d'une douleur périodique, ils en viennent à
soupçonner toutes sortes de phénomènes malfaisants, selon leur niveau culturel.
Plus l'individu est primitif, plus son explication sera élémentaire.
Malgré
l'importance de la vision, les autres sens ne jouent pas un rôle négligeable.
Malgré la netteté d'une scène qu'on n'entend pas ou peu ce qui se dit, on a
alors des doutes. C'est pourquoi les sourds ont facilement des tendances
paranoïdes. Un sourire ou un regard qui leur est adressé par hasard au cours
d'une conversation entre plusieurs personnes peuvent leur donner l'impression
que l'on parle d'eux. Dans les psychoses paranoïdes, les illusions et les
hallucinations auditives sont plus fréquentes que les illusions ou
hallucinations visuelles.
Ramenée à sa
plus simple expression, la tendance paranoïde peut être analysée comme étant un
affect général caractérisé par un sentiment désagréable de peur relié à quelque
chose qui ne peut pas être identifié.
b* FONCTIONS DU SYSTÈME LIMBIQUE (Fig.2b)
La recherche des mécanismes du cerveau sur lesquels repose l'élément émotionnel de la '' tendance paranoïde '' nécessite un bref examen des fonctions des différentes parties du système limbique révélées par des observations cliniques et expérimentales.
La
Fig.10 représente
essentiellement trois ramifications du faisceau médian du diencéphale qui relie
l'anneau du cortex limbique à l'hypothalamus et à d'autres parties du
tronc cérébral. Les deux branches supérieures du faisceau rencontrent des fibres
descendantes de l'appareil olfactif et rejoignent les moitiés inférieure et
supérieure de l'anneau en passant par le noyau amygdalien et le septum
aux points 1 et 2.
Les
observations cliniques et expérimentales semblent montrer que la partie
inférieure de l'anneau alimenté par le noyau amygdalien (1) intéresse
essentiellement les affects et le comportement assurant l'autoconservation. Ses
circuits répondent aux besoins égoïstes en aliments, combat et autoprotection.
D'autre part,
les structures de la partie supérieure de l'anneau reliées par la voie septale
(2) semblent intéresser les états d'expression et de sentiments qui aboutissent
à la sociabilité, la procréation et de sentiments qui aboutissent à la
sociabilité, la procréation et la conservation de l'espèce.
La troisième
voie (3), qui contourne l'appareil olfactif, relie l'hypothalamus aux
noyaux thalamiques antérieurs et à la circonvolution du corps calleux dans la
partie supérieure de l'anneau.
L'anneau
cortical limbique s'articule également avec le noyau dorsal médian qui a des
projections dans le néocortex préfrontal, partie du cerveau qui se charge de
prévoir.
Il est
remarquable que la région du septum des primates demeure assez statique,
alors que les structures de la troisième sous-division du système limbique
s'accroissent progressivement chez les primates pour atteindre ses dimensions
les plus grandes chez l'homme. Cette évolution marque un déplacement des
influences olfactives vers les influences visuelles dans le comportement
socio-sexuel. C'est ainsi qu'une stimulation dans les parties de la troisième
sous-division, de même que dans le circuit du septum, provoque des
réactions sexuelles chez les singes.
Les
anamnèses de l'épilepsie psychomotrice démontrent que le cortex limbique
participe à la formation d'états affectifs. Des lésions irritatives du cortex
limbique e la portion inférieure de l'anneau provoquent des crises d'épilepsie
accompagnées d'affects fondamentaux et généraux importants pour la survie
en conditions normales.
Les affects
fondamentaux comprennent les sensations d'appétit, soif, nausée, étouffement,
étranglement, nausée, froid, chaleur, et le besoin de déféquer ou d'uriner.
Pour les
affects généraux, on peut citer les sentiments de peur et de terreur, de
pressentiment d'un malheur, de familiarité, d'étrangeté, d'irréalité, de désir
de solitude, de tristesse, et les sentiments de nature paranoïde..
Les
automatismes qui suivent ces affects éprouvés dans l'aura épileptique semblent
souvent être une expression de l'état subjectif comme manger, boire, vomir,
uriner, courir et crier comme si on avait peur.
Pendant la
dépression post paroxystique des formations cérébrales au cours de la crise,
certains malades peuvent se livrer a des formes complexes de comportement moteur
et intellectuel qui sont commandées par le néocortex en activité. Ces malades
sont, pendant des périodes déterminées, comparables à des esprits désincarnés.
Il se peut qu'une identification personnelle avec des événements du monde
extérieur, ou qu'avec le souvenir de ces événements , dépende de l'intégration
d'une expérience interne et d'une expérience externe. Il suffit de rappeler le
''soupir de soulagement'' ou le changement du rythme cardiaque qui accompagnent
la solution d'un problème ou la rencontre inattendue d'un vieil ami. Les
informations y sont transmises au néocortex principalement par les systèmes
auditif, visuel et somatosensoriel.
Au début de
ses crises un malade atteint d'épilepsie psychomotrice peut avoir un sentiment
de dépersonnalisation pendant lequel il a l'impression de se voir lui-même et de
voir ce qui se passe autour de lui depuis une certaine distance. Il s'agit,
aussi, d'ailleurs, d'un symptôme que ressentent souvent les individus sous
l'influence de produits psychédéliques, et qui peut, comme on le sait bien, être
un des aspects des psychoses endogènes et toxiques. Cette possibilité s'impose
par le fait que les affects généraux représentent une forme mélangée
d'expérience d'origine interne et externe.
L'expérience
des affects n'est pas provoquée par une activation simultanée des systèmes
sensoriels. L'affect épileptique de peur, par exemple, se manifeste au même
moment que la décharge corticale, et le malade peut ressentir, en même temps,
une sensation de tachycardie sans que son rythme cardiaque se soit accéléré.
Dans ces circonstances, les affects apparaissent souvent sans être rattachés à
une personne ou un événement particulier. En d'autres termes les affects
ressentis pendant la crise sont des sentiments dégagés du contexte. Le malaise
ressenti dans l'épigastre ne relève d'aucune situation particulière. La
sensation d'avoir besoin de compagnie ne se rattache à aucune personne en
particulier. Il semble donc que les affects soient d'abord composés à
l'intérieur des circuits du cerveau limbique. Au lieu de transformer
l'expérience en comportement compulsif, comme le fait le cerveau reptilien, ou
en pensées abstraites, comme dans le cerveau néo-mammifère, le processus mental
du système limbique emble comporter un mécanisme par lequel l'information est
codifiée en termes de sentiments affectifs qui influent sur ses décisions et son
mode d'action.
c* NATURE D'INFORMATION DU CERVEAU LIMBIQUE (* réf Illustration / Rouvière & Delmas)
Si le
système limbique contribue à donner un sentiment d'identité personnelle en
intégrant les expériences d'origine interne et externe, comment le fait-il ?
L'anatomie classique ne permet pas de constater que le cortex limbique reçoive
des informations des systèmes auditif, somatique et visuel.
On s'est donc
toujours demandé pourquoi, pendant les crises d'épilepsie prenant naissance à
l'intérieur ou à proximité du système limbique, dans l'insula, la circonvolution
de l'hippocampe et la formation de l'hippocampe (Fig.10b), les malades pouvaient avoir des
illusions, des altérations de la perception ou des hallucination touchant l'un
quelconque des systèmes sensoriels.
MacLean
suggère que tous les systèmes sensoriels fournissent des informations à la
formation de l'hippocampe. L'appareil olfactif est relié indirectement à
l'hippocampe comme les autres sens.
La recherche
a démontré que le cortex du para-hippocampe postérieur reçoit des informations
visuelles du complexe corps genouillé-pulvinar (le corps genouillé latéral
transmet les impulsions visuelles à l'hippocampe). Le pulvinar inférieur (noyau
d'association visuelle) amène aussi des fibres juste à côté des radiations
optiques. (voir : Fig.1
> Fig.2 >
Fig.3 >
Fig.4 )
La
circonvolution fusiforme à côté de l'hippocampe serait aussi, d'après
Penfield, le siège du rêve et de l'imagination.
Du point de
vue paranoïde, certaines cellules nerveuses du cortex parahippocampique,
en arrière du splenium, ne sont activées que par l'impulsion du
croissant temporal de la rétine d'oeil controlatéral. C'est ainsi que les objets
qui entrent dans cette partie de notre champ périphérique peuvent fréquemment
provoquer chez nous un état émotionnel d'inquiétude et d'alarme.
Le cortex du
para-hippocampe transmet des impulsions à l'hippocampe qui les transmet à son
tour à l'hypothalamus et à d'autres structures du tronc cérébral assumant des
fonctions émotionnelles, endocrines et somatoviscérales. Dans ce circuit, il y a
sans doute un mécanisme par lequel le cerveau transforme la froideur de notre
perception visuelle en chaleur émotionnelle.
Nous
cherchons souvent dans le cortex limbique du lobe de l'insula
les messages apportés par les systèmes auditif et somatique. Les
stimuli auditifs et somatiques provoquent des réactions dans plusieurs éléments
de cette région corticale. Aucun élément n'a répondu a plus d'une modalité. Il y
a deux principaux types d'éléments auditifs, l'un d'eux réagissant avec
des périodes de latence aussi brèves que 10 ms. Les éléments somatiques
sont activés soit seulement par la pression, soit par la pression et le toucher
léger. Les zones réceptives sont généralement étendues et bilatérales. Comme le
lobe de l'insula est relié à la formation de l'hippocampe, les
résultats des recherches tendent a montrer qu'il existe une voie par laquelle
les impulsions d'origine auditive ou somatique peuvent atteindre l'hypothalamus
et influencer les fonctions végétatives et émotionnelles.
d* COMMUNICATION "HOLONARCHIQUE"
D'après
des expériences telles que les précédentes, il devient évident que le système
limbique - de même que les cerveaux reptiliens et néo-mammifères - reçoit des
informations spécifiques des divers systèmes sensoriels.
Une autre question se pose concernant le mécanisme de communication entre les
trois types de cerveaux dans l'élaboration des sentiments paranoïdes. Le
cerveau limbique a de nombreux circuits en série avec le cerveau reptilien, mais
les voies avec le cerveau néo-mammifère seraient surtout indirectes. Les
échanges entre le nouveau cortex et l'ancien sont relativement lentes car elles
se feraient par le réticulum du mésencéphale et les foyers intra
laminaires du thalamus. Il se peut qu'une action réciproque ait lieu dans
le thalamus antéromédian entre la troisième subdivision du système limbique et
le néo-cortex préfrontal. C'est sans doute par ces voies que les affects
engendrent des pensées, et les pensées des affects. Mais, quel que soit le
mécanisme, on peut assurer que le cortex limbique a une structure trop
élémentaire pour permettre une communication verbale. C'est le néocortex qui
doit interpréter les sentiments de l'ancien cerveau.
Il existe une
analogie avec les sociétés humaines et les meneurs qui s'efforcent d'interpréter
et d'articuler les sentiments des groupes auxquels ils ont affaire.
* réf Google : http://books.google.ca/books?id=ZwOW3GsnwcC&pg=PA83&lpg=PA83&dq=anatomie+cerveau+insula&source=bl&ots=5xp9gbwMPT&sig=yTou9up7TXAGHBztXISMQx72F_Y&hl=fr&ei=QLfvSt2wN86SlAegkKHvCA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=7&ved=0CBYQ6AEwBg#v=onepage&q=&f=false