Chronique :
Isabelle Hachey
     
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Jean-Paul II : La Fin d'une Époque

Collaboration spéciale Isabelle Hachey
La Presse, Montréal, Samedi, 02 Avril 2005

Les Polonais perdent un symbole

Photo La Presse

Ce fidèle priait, tard hier soir, à la basilique de la Vierge noire de Cestochowa, dans le sud de la Pologne natale de Jean-Paul II.

Avec la mort du pape Jean-Paul II, les Polonais perdront non seulement un père spirituel, mais aussi un symbole d'espoir et de liberté.

« Quand j'ai appris que Karol Wojtyla avait été élu pape, je me suis dit: C'est notre première victoire depuis 1920! À partir de ce moment-là, la nation polonaise a eu le courage de se reprendre en main », raconte Joseph Litynski, président de l'Institut polonais de Montréal.

C'était en 1978. Le mouvement Solidarité n'était pas encore né. « Mais il y avait déjà le ferment qui a mené à la contestation générale du régime communiste », dit M. Litynski. Et c'est entre deux messes que les Polonais menaient leurs activités de résistance. « Les réunions de l'opposition dans les sous-sols d'églises étaient fréquentes. »

« Lors de son premier voyage en Pologne, en 1980, le pape a déclaré: N'ayez pas peur. Les Polonais l'ont bien compris. Pour nous, c'est un grand homme, qui nous a aidés à nous débarrasser du terrible système en place au pays depuis 45 ans », poursuit M. Litynski.

Pour Jacek Duszynski, qui assistait hier soir à une messe pour le pape à l'église polonaise Notre-Dame-de-Czestochowa, à Montréal, l'élection d'un compatriote à la tête de l'Église catholique fut « la lumière au bout du tunnel. Vivre dans ce système, c'était comme être enfermé dans une pièce souterraine, très sombre. Quand Karol Wojtyla est devenu pape, on a su que le changement serait plus facile. »

L'oeuvre du KGB

Les autorités soviétiques étaient fort embarrassées par ce pontife polonais qui soutenait si ouvertement la dissidence. Peut-être même plus qu'on ne le croit. Selon le quotidien italien Corriere della Sera, des documents des anciens services secrets est-allemands, la Stasi, confirmeraient que la tentative d'assassinat contre le pape Jean-Paul II a été ordonnée par le KGB et exécutée par les services secrets bulgares.

Dans son livre Mémoire et identité, le souverain pontife lui-même se disait convaincu que le Turc Ali Agça, qui lui a tiré dessus en pleine place Saint-Pierre, à Rome, en 1981, n'avait pas commis l'attentat « de sa propre initiative mais que quelqu'un d'autre l'a planifié, l'a commandité ». M. Litynski est du même avis: « Pour moi, c'est clair comme la lune que c'était l'affaire du KGB. »

Le père d'une nation

Anna Klimalanka-Leroux dit avoir passé la nuit de jeudi à hier à écouter la radio polonaise avec sa famille, à Montréal. Anxieusement. « Pour nous, c'est très douloureux. Nous perdons un père spirituel, mais aussi le père de notre nation. C'était un défenseur de la liberté politique, de la liberté de conscience et d'information. Pour le peuple polonais, qui s'est tant battu au XXe siècle, il était un symbole. »

En Pologne, les sondages démontrent que Karol Wojtyla est le personnage le plus marquant du XXe siècle et que son élection au Saint-Siège est plus importante que la chute du communisme ou le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Hier, le pays tout entier retenait son souffle. Tous les spectacles ont été annulés; personne n'avait le coeur à la fête.

Le pape n'a jamais oublié les siens. Après son élection, il a visité son pays à huit reprises.

« La première fois que le pape est venu en Pologne, il nous a demandé de prier pour lui. Aujourd'hui, nous le faisons. Nous prions pour lui depuis le début », dit le frère franciscain George Zebrowski, qui dirige une église polonaise dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce et qui a eu l'occasion de rencontrer le pape à trois reprises. « Il représente beaucoup pour nous. Il nous rend fiers. »

Mme Klimalanka-Leroux, elle, a eu l'honneur d'être confirmée, à 12 ans, par l'évêque Wojtyla. « À cette époque, je n'aurais jamais cru qu'il deviendrait pape. C'était incroyable: le premier pape polonais en 455 ans! » Elle ne croit pas que son successeur sera lui aussi polonais, car « le catholicisme en Occident est fatigué, alors qu'il est en forte croissance en Amérique du Sud et en Afrique ». Mais, évidemment, elle n'est sûre de rien. Sauf peut-être d'une chose: « Il va devenir saint, je peux parier cinq zlotys là-dessus! »