Isabelle Hachey : Ordures, recyclage       Mesurez votre audience

Collaboration spéciale Isabelle Hachey
La Presse, Montréal, Lundi, 23 Août 2004

Ordures : premiers pas en recyclage

Athènes --

Comment une ville déjà très polluée comme Athènes s'est-elle préparée à l'arrivée massive de visiteurs ? Au cours des Jeux olympiques et paralympiques, on estime que les centaines de milliers d'athlètes, de journalistes et de spectateurs qui débouleront sur la capitale grecque jusqu'à la mi-septembre produiront 9000 tonnes de déchets. Les autorités ont-elles un plan d'urgence pour éviter de crouler sous les ordures ?

Pas de panique, dit Georges Kazantzopoulos, responsable de l'environnement au comité organisateur des Jeux (ATHOC). Athènes et ses quatre millions d'habitants produisent à eux seuls 6000 tonnes de déchets... par jour ! À côté de ça, dit-il, les 9000 tonnes d'ordures olympiques, étalées sur deux mois, auront un «impact minimal». Les Jeux ne risquent pas de transformer Athènes en gigantesque poubelle.

En fait, les installations olympiques sont les seuls endroits en ville où l'on trouve des boîtes de recyclage. «C'est simple, mais pour la Grèce c'est un énorme pas en avant. Ici, il n'y a pas de système de tri des déchets. Cela ne fait pas partie de notre vie quotidienne», dit M. Kazantzopoulos, tout fier de souligner que le tiers des déchets olympiques ne se retrouveront pas au dépotoir.

20 ans derrière Montréal

En matière de gestion des déchets, la capitale grecque retarde d'au moins 20 ans derrière Montréal. Au printemps, les autorités municipales ont quadruplé le nombre de camions à ordures, acheté 5000 poubelles et embauché 300 éboueurs supplémentaires pour procéder à un grand nettoyage préolympique de 55 millions de dollars. De cette somme, pas un sou n'a été consacré au recyclage.

Il faut dire que les Athéniens n'ont pas nécessairement une très grande conscience écologique. En désespoir de cause, la mairesse d'Athènes, Dora Bakoyannis, a usé de la menace lors de son grand ménage du printemps : «Si quelqu'un jette des ordures du troisième étage parce qu'il ne veut pas s'embêter à descendre les marches de son immeuble, a-t-elle grondé, il sera mis à l'amende !»

Le Chaînon manquant

Pas d'anneau vert pour les Jeux d'Athènes

Les Jeux d'Athènes ont perdu leur anneau vert. Les organisateurs avaient promis d'en faire les Jeux les plus écologiques de l'histoire olympique, de greffer un poumon vert à une mégapole polluée, grise, au bord de l'asphyxie. Mais les retards dans les travaux de construction, les complications en tout genre et la lourde bureaucratie grecque en ont décidé autrement.

Les écologistes du pays sont déçus. «C'est une occasion manquée, et c'est probablement le plus grand échec des Jeux d'Athènes», se désole Nikos Charambalides, directeur de la section grecque de Greenpeace. L'organisme a alloué la note de 1 sur 10 aux Jeux d'Athènes pour leur piètre performance environnementale. En 2000, les Jeux «verts» de Sydney avaient reçu la note de 5 sur 10.

C'est que les attentes étaient grandes. La Grèce avait obtenu les Jeux en promettant de s'attaquer à la pollution de l'air et de l'eau, de protéger les écosystèmes fragiles et de lancer, enfin, un programme efficace de gestion des déchets dans la capitale. «Les projets seront réalisés avec des technologies et des matériaux écologiques», avait assuré la ville candidate en 1997.

Sept ans plus tard, force est de constater que ces belles promesses n'ont pas été tenues. Tout cela n'était que du vent, déplore M. Charambalides. Le bilan environnemental des Jeux est «misérable», malgré les belles intentions affichées par le comité organisateur des Jeux d'Athènes (ATHOC).