Isabelle Hachey : École des Terroristes  (4)     Mesurez votre audience

Collaboration spéciale en Indonésie,  Isabelle Hachey
La Presse, Montréal, Dimanche, 10 Octobre 2004

Chronique : Le tournant de Bali

Djakarta --

    Il y a eu une série d'attentats à la bombe contre des églises à la veille de Noël 2000. Des douzaines d'attaques meurtrières en Indonésie, aux Philippines et en Malaisie. Mais ce sont les bombes placées dans deux discothèques de Bali, le 12 octobre 203, qui ont marqué les esprits et cimenté la réputation de Jamah Islamyiah (JI) comme étant le réseau terroriste le plus meurtrier d'Asie du Sud-Est.
    Bali et ses 202 morts, c'était la terreur au paradis, le 11 septembre de cette région du monde. Et, si le 11 septembre a déclenché une guerre sans merci entre l'Amérique et l'Al Qaeda, les atrocités de Bali ont marqué le début d'un effort réel de la part de Djakarta pour démanteler la JI. Jusque-là, les autorités indonésiennes avaient toléré le réseau, craignant d'enflammer l'opinion radicale musulmane.
    Depuis, plus de 200 membres et partisans de la JI ont été arrêtés. La plupart des dirigeants croupissent derrière les barreaux. Or, si le réseau est considérablement affaibli, il est toujours vivant. Et dangereux. Les attentats contre l'hôtel Marriott, en 2003, et contre l'ambassade d'Australie, le 9 septembre, prouvent que le JI conserve la capacité d'exécuter des opérations d'envergure au coeur même de Djakarta.
    Les attentats de Bali ont représenté un tournant dans le choix des cibles de la JI. Jusque-là, les attaques étaient surtout dirigées contre les chrétiens d'Indonésie. Mais la donne a changé avec la « guerre contre la terreur » menée par les États-Unis, et avec une relative accalmie dans les zones de conflit de l'archipel. Désormais, le réseau s'en prend à des cibles occidentales, ou du moins à leurs symboles.
    Le réseau, créé par par une poignée d'extrémistes indonésiens à la fin des années 80, aurait maintenant des ramifications en Malaisie, aux Philippines, en Thaïlande et à Singapour. Il compte de quelques centaines à quelques milliers de membres, souvent liés par des mariages arrangés. Son objectif ultime est la création d'un grand État islamique en Asie du Sud-Est, qui compte au total 300 millions de musulmans.
    Le groupe reçoit des fonds d'Al Qaeda, mais prend ses décisions opérationnelles de façon indépendante. Les liens se sont tissés pendant la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. « Tous les membres importants du commandement central (de la JI) ont été entraînés en Afghanistan à la fin des années 80 », selon un rapport de l'International Crisis Group. C'est dans ces camps « qu'ils ont développé leur ferveur djihadiste, leurs contacts internationaux et leurs capacités mortelles ».
    Aujourd'hui, on s'interroge sur le sort d'une trentaine de militants reconnus coupables d'avoir pris part aux attentats de Bali, dont trois condamnés à mort. En juillet, la Cour suprême a en effet jugé que le gouvernement avait erré en poursuivant les comploteurs sur la base de lois antiterroristes adoptées après les attentats. La Constitution stipule qu'aucune loi ne peut être appliquée rétrospectivement. Reste à voir comment la jeune démocratie indonésienne s'y prendra pour contourner cet obstacle placé sur le sntier de sa guerre contre le terrorisme.



Voir aussi : École des terroristes (1)
                    L'effet Madrid ? (2)
                    Apprendre à vivre avec les bombes (3)