Hypertension et le
vieux
diurétique
d'après AFP et PC
La Presse, Montréal, Mercredi 18 Décembre 2002
Vive le bon vieux diurétique pour combattre l'hypertension
Washington -- « Les diurétiques traditionnels sont plus efficaces et moins chers que des médicaments plus récents contre l'hypertension et certaines formes de maladies cardiaques, sauf dans les cas des patients qui y sont allergiques ou sont incapables de les tolérer, conclut la plus vaste étude comparative sur ces médicaments jamais conduite aux États-Unis et au Canada. » Les résultats publiées hier (17/12/2002) dans le Journal
de l'Association médicale américaine montrent que « les diurétiques sont
la meilleure option médicale et économique pour traiter l'hypertension, et
réduisent les risques de complications », a déclaré le Dr Claude L'Enfant,
directeur du National Heart, Lung and Blood Institute (NHLBI),
qui a réalisé l'étude financée en partie par les instituts nationaux de la
santé.
Le recours aux diurétiques, utilisés depuis longtemps afin
de combattre l'hypertension, a chuté de façon dramatique depuis de 10 à 15
ans, alors que les médecins ont commencé à croire que de nouveaux
médicaments, tels que les bloqueurs calciques et les inhibiteurs de l'enzyme
convertissant l'angiotensine étaient plus efficaces et qu'il était plus facile
de les tolérer. La nouvelle étude vient contredire ces deux hypothèses.
Les nouveaux médicaments coûtent de 30 à 40 fois plus cher
que les diurétiques, qui permettent de débarrasser l'organisme de l'excédent
de sodium et d'eau, permettant ainsi aux vaisseaux sanguins de se dilater.
« De nombreux nouveaux médicaments ont été mis sur le
marché car ils réduisent la tension et le risque de maladie cardiaque quand on
les compare à un placebo, mais ils n'avaient pas été comparés entre eux.
Nous pouvons enfin faire ces comparaisons et savoir quel médicament choisir
pour commencer un traitement », a ajouté le Dr L'Enfant.
L'étude qui a coûté 125 millions US, a été menée aux
États-Unis, au Canada, à Porto Rico et dans les îles Vierges américaines,
sur un total de 42 418 personnes d'au moins 55 ans. Environ 900 Canadiens y ont
pris part et ont pour cela été recrutés dans 28 endroits différents, pour la
plupart en Ontario. L'étude a permis de comparer quatre traitements :
-- un diurétique (chlorthalidone);
-- un inhibiteur calcique (amlodipine);
-- un inhibiteur de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (IECA, lisinopril);
-- un alphabloquant (doxazosin).
La partie de l'étude utilisant l'alphabloquant a
été interrompue en mars 2000 car les participants qui prenaient ce médicament
ont enregistré 25 % d'accidents cardiaques et étaient deux fois plus à risque
d'hospitalisation pour insuffisance cardiaque que ceux qui prenaient le
diurétique.
Le diurétique s'est également montré supérieur aux deux
autres classes de médicaments, pour le traitement de l'hypertension et de la
prévention des accidents cardiaques.
« Ce qui est à retenir, c'est que les médecins devraient
commencer un traitement pour l'hypertension avec un diurétique », a estimé le
Dr Paul Whelton, vice-président pour les études de santé de la Tulane
University à la Nouvelle-Orléans, qui a participé à l'étude.
« Les résultats montrent également que la plupart des
patients ont besoin de plus d'un médicament pour contrôler leur tension de
façon satisfaisante, et que l'un des médicaments utilisés devrait être un
diurétique », a ajouté le médecin.
Selon la même étude, les diurétiques comptaient pour 56 %
des médicaments prescrits contre l'hypertension en 1982 contre 27 % en 1992 aux
États-Unis. Et si les diurétiques avaient été utilisés dans les mêmes
proportions qu'en 1982 au cours des 10 années suivantes, l'économie aurait
été de 3,1 milliards US.
Environ 24 millions d'Américains sont traités pour
l'hypertension actuellement, pour un coût annuel de 15,5 milliards, selon
l'étude. L'hypertension, qui affecte plus de la moitié de la population des
plus de 60 ans, est le facteur de risque principal de l'arrêt cardiaque et de
l'accident vasculaire cérébral.
Une autre étude, moins importante, à laquelle ont collaboré 10 000 personnes ayant pris part à la principale, a été menée afin de déterminer si le recours à un médicament destiné à faire chuter le mauvais cholestérol chez les personnes montrant des taux de cholestérol modérément élevés permettrait de réduire les risques de maladies du coeur et de décès. L'étude sur le cholestérol s'est révélée peu concluante, au contraire de celle sur l'hypertension