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Intégrisme Islamique, Croisée de Chemins

Collaboration spéciale Jooneed Khan
La Presse, Montréal, Samedi 13 Janvier 2007
La Mecque  

Un intégrisme islamique à la croisée des chemins

    Aucun conflit politique, même pas l'exécution de Saddam Hussein le jour du sacrifice d'Abraham, n'a perturbé le Kadj cette année.
    Et pourtant, le royaume saoudien, gardien (par la grâce des Anglo-Saxons) des deux Lieux saints de l'islam (La Mecque et Médine) se trouve à la croisée des chemins.
    Il doit choisir entre, d'une part, faire la paix avec l'Iran et le « nouvel Irak » pour confronter Israël sur la Palestine et le troisième Lieu saint (Jérusalem), et, d'autre part, s'associer à Israël pour faire la guerre à l'Iran et ses alliés (chiites irakiens, Hezbollah libanais, Hamas palestinien).
    Pétri d'une révolution puritaine islamique appelée le «wahhabisme », le royaume saoudien (de la famille des Saoud, alliée au prédicateur Ibn Abdel Wahhab) est l'allié par excellence des Occidentaux dans le monde musulman -- et le modeleur clé de l'islam moderne dans le sens d'un intégrisme fanatique soutenu par le pétrodollar.
    Les Saoudiens ont bien servi l'Occident contre l'Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale, et contre le communisme soviétique durant la guerre froide. Mais aujourd'hui, avec le Pakistan, ils sont derrière tous les « terrorismes islamistes », à commencer par l'Al Qaeda d'Oussama ben Laden et les talibans qui affrontent l'OTAN en Afghanistan.
    La stratégie post-11 septembre des États-Unis force le Pakistan à abandonner le « jihadisme » et à fermer les écoles coraniques. Les impératifs post-Saddam de Washington contraignent les Saoudiens à occuper la ligne de front face à l'Iran.
    Le débat fait rage au sein de la famille royale. Le prince Turki, ancien chef du Renseignement saoudien, a démissionné après seulement 15 mois comme ambassadeur à Washington. Il serait partisan du rapport Baker et du dialogue avec l'Iran. Son prédécesseur, le prince Bandar, dit « Bandar Bush », serait contre -- et lorgnerait le poste de ministre des Affaires étrangères, dont le titulaire, le prince Fayçal, serait souffrant.
    En novembre 1979, année de la Révolution islamique (chiite) en Iran, des intégristes sunnites fortement armés et liés aux ben Laden s'emparaient de la Grande Mosquée de La Mecque en contestant la légitimité des Saoud. Il fallut l'intervention de troupes françaises pour rétablir l'ordre, au prix de plusieurs centaines de vies humaines, dont 63 exécutions.
    En 1987, des manifestations de pèlerins iraniens à La Mecque furent durement réprimés, avec un bilan de plus de 400 morts et 650 blessés de plusieurs pays. En 1989, des attentats à la bombe firent un mort et 16 blessés durant le Hadj : les Saoudiens firent exécuter 16 chiites du Koweït.
    Le féodalisme aggrave encore l'intégrisme saoudien : l'islam, dont le royaume fait si ardemment la promotion, est triste, morne et rigoriste, adversaire de l'imagination créatrice, aux antipodes des raffinements de Cordoue, d'Istanbul, de Delhi et d'Agra.

Pour des élections démocratiques

    Le pouvoir est une affaire de famille, et la femme saoudienne n'a toujours pas le droit de conduire une voiture. L'ambassadeur Abdel Aziz al-Sowayegh, en poste depuis quatre mois à Ottawa, se dit en faveur d'élections démocratiques comme aux Émirats arabes unis, où une femme a été élue députée récemment.
    « Nous avons un Conseil consultatif, mais il est nommé. J'ai souvent écrit dans les médias en faveur d'un Conseil législatif élu, même si je sais que moi-même, je ne serai jamais élu par le peuple et que j'ai de meilleures chances d'être nommé par le roi », dit-il.
    Du jour au lendemain, les mutations mondiales exigent beaucoup de changements de l'Arabie Saoudienne. L' « isolement splendide » de la première moitié du XXè siècle, renforcé par le Pacte du Quincy après la Seconde Guerre mondiale (la rencontre entre Franklin Roosevelt et le roi Abdel Aziz Ibn Saoud), a vécu.
    Saddam Hussein a protégé l'Arabie contre l'Iran pendant un certain temps, mais Saddam lui-même n'est plus. Les Saoudiens doivent sortir de leur coquille et défendre leurs intérêts. Mais ils n'ont pas encore décidé de meilleur combat possible. Ils savent toutefois qu'il leur faut le soutien stratégique des médias.