Histoire : Auschwitz, et l'Allemagne       Mesurez votre audience

Agence France-Pressse
Paris, Mardi, 25 Janvier 2005

L'Allemagne lance un appel à la vigilance
Anniversaire de la libération d'Auschwitz

Photo: Associated Press

«L'écrasante majorité des Allemands qui vivent aujourd'hui n'est pas coupable de l'Holocauste, mais elle porte une responsabilité particulière», a dit Gerhard Schröder.

Appels à la vigilance et commémorations se sont multipliés mardi à deux jours de la célébration officielle de la libération du camp d'Auschwitz, notamment à Berlin où le chancelier Gerhard Schröder a dit sa «honte», la voix étranglée par l'émotion.

«J'exprime ma honte envers les assassinés, et envers ceux qui ont survécu à l'enfer des camps de concentration», a déclaré M. Schr¸oder, citant «juifs, Tziganes, homosexuels, opposants politiques, prisonniers de guerre et résistants de toute l'Europe».

«L'écrasante majorité des Allemands qui vivent aujourd'hui n'est pas coupable de l'Holocauste, mais elle porte une responsabilité particulière», a-t-il aussi dit, au bord des sanglots, lors d'une cérémonie organisée dans un théâtre par le Comité international d'Auschwitz.

Dans un vibrant appel à combattre l'antisémitisme, dont «on ne peut nier la persistance aujourd'hui», il a martelé : «c'est le devoir commun de tous les démocrates de lutter avec détermination contre les répugnantes incitations à la haine des néonazis et leurs tentatives toujours renouvelées de minimiser les crimes des nazis».

À Paris, le président français Jacques Chirac a lui aussi appelé à la «vigilance» et à la «détermination» contre l'antisémitisme. «Je veux redire avec gravité que l'antisémitisme n'a pas sa place en France. L'antisémitisme n'est pas une opinion. C'est une perversion. Une perversion qui tue», a-t-il déclaré lors de l'inauguration d'un mémorial de la Shoah.

De leur côté, les Pays-Bas ont commémoré les 60 ans de la libération d'Auschwitz en lisant le nom des quelques 102 000 juifs, roms et résistants déportés des Pays-Bas et tués dans les camps d'extermination nazis.

La lecture, commencée samedi à Amsterdam avec le nom des juifs de la capitale néerlandaise, se poursuivra jusqu'à jeudi, date de la libération d'Auschwitz, au camp de Westerbork.

En Europe, une note discordante est venue de Moscou où un groupe de députés nationalistes russes a adressé à la justice une requête exigeant l'interdiction de toutes les organisations juives, qu'ils accusent «d'extrémisme» et de représenter une religion «antichrétienne» dominant le monde «démocratique» et menaçant la Russie.

Cette requête a été dénoncée par l'ambassade d'Israël à Moscou qui a exigé des autorités russes qu'elles réagissent à ces «appels à la renaissance du fascisme».

Lundi, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a appelé le monde, lors d'une session spéciale historique à New York, à «manifester son respect» pour les victimes des camps de la mort nazis en «protégeant toutes les communautés semblablement menacées et vulnérables, maintenant et à l'avenir

Relevant que depuis l'Holocauste, «le monde a échoué, à sa grande honte, à empêcher d'autres génocides, par exemple au Cambodge, au Rwanda et dans l'ancienne Yougoslavie», M. Annan a invité la communauté mondiale à la «vigilance» et la «responsabilité».

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a évoqué lundi, lors de cette même assemblée, la «marque indélébile» laissée par la Shoah sur l'Allemagne. «Le droit de l'État d'Israël à exister et la sécurité de ses citoyens resteront à jamais des éléments non négociables de la politique étrangère de l'Allemagne. Israël peut compter là-dessus», avait ajouté M. Fischer.

Toujours à l'ONU, le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, avait mis en garde contre le négationnisme et le retour de l'antisémitisme. «La décennie passée a vu une augmentation inquiétante des tentatives visant à nier la réalité de l'Holocauste». «Aujourd'hui encore nous voyons, contre les juifs et autres minorités, le même processus de délégitimisation et déshumanisation», a-t-il dit.

Les commémorations du 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz-Birkenau culmineront jeudi sur le site du camp avec un rassemblement de présidents d'une quarantaine de pays et d'anciens détenus.