Collaboration spéciale,
Élias Lévy
La Presse, Dimanche, 23 Janvier 2005
Auschwitz, 60 ans plus tard
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Photo AP Cette photo a été prise en 1945 par les soldats de l'Armée rouge soviétique, quelques mois après la libération des survivants encore reclus dans l'immense complexe concentrationnaire nazi d'Auschwitz-Birkenau. |
Il y a 60 ans, le 27 janvier 1945, les soldats de l'Armée rouge soviétique libérèrent les survivants encore reclus dans l'immense complexe concentrationnaire nazi d'Auschwitz-Birkenau. Ils découvrent alors, hébétés, un monde meurtri dont l'horreur dépasse tout ce qu'ils avaient imaginé.
Auschwitz, camp de travail, de
concentration et d'extermination était une monstrueuse machine à avilir et à
tuer. Un complexe morbide où, pour la première fois dans l'histoire de
l'humanité, le meurtre programmé de plusieurs millions de juifs et d'opposants
au nazisme fut minutieusement industrialisé.
Dans un essai remarquable et très bien documenté, Auschwitz, 60 ans après,
qui vient de paraître aux Éditions Robert Laffont, une des meilleures
spécialistes mondiales de l'histoire du génocide juif et du système
concentrationnaire nazi, l'historienne française Annette Wieviorka, retrace les
diverses étapes de la «Solution finale juive», mise au point froidement et
technologiquement par les principaux stratèges nazis.
D'après plusieurs spécialistes renommés de l'histoire de l'Holocauste, ce livre
est la plus importante et rigoureuse synthèse historiographique sur le camp
d'Auschwitz publiée jusqu'ici en français. Dans les deux derniers chapitres du
livre, intitulés Éléments pour une Histoire et À quoi sert Auschwitz?,
Annette Wieviorka étaye des réflexions fort perspicaces sur la place qu'occupent
aujourd'hui Auschwitz et le génocide juif dans la conscience universelle de
l'humanité (lire aussi sur cette question, l'excellent livre de Georges
Bensoussan, Auschwitz en héritage. D'un bon usage de la mémoire -Éditions
Mille et Une Nuits).
Wieviorka consacre des pages passionnantes au rôle de l'histoire comme vecteur
de transmission de la mémoire. «Les générations qui reprennent le chantier sont
plus éloignées des événements dont trois, voire quatre générations les séparent.
Elles sont mieux capables peut-être de respecter l'éthique de la profession
d'historien, la nécessaire soumission aux faits dans le respect de leur vérité
et la mise en oeuvre d'une morale de l'intelligence que ne brouille pas la
douleur du souvenir des morts.
C'est dans cet espace laissé aux vivants, l'espace de la liberté et de la
pensée, que se dessinera peut-être une nouvelle modalité de la visite
d'Auschwitz qui permettra enfin de penser le présent, c'est-à-dire, pour
reprendre l'historien Marc Bloch, non seulement ce qu'aujourd'hui porte
empreinte d'hier, chez les individus comme dans nos sociétés, mais surtout ce
qu'il a de neuf et de surprenant», explique-t-elle. Pour mieux faire comprendre
ce que fut la réalité à Auschwitz, le récit de l'historienne est accompagné de
nombreuses annexes: plan détaillé du complexe d'Auschwitz-Birkenau, bilan
chiffré de l'extermination, chronologie du processus génocidaire, documents
iconographiques...
Auschwitz vu par un ArabeAutre témoignage capital et atypique sur Auschwitz et
sa mémoire, celui d'Émile Shoufani, curé palestinien de Nazareth et apôtre
infatigable du dialogue judéo-arabe. Dans un livre très poignant, Un Arabe
face à Auschwitz. La mémoire partagée, paru récemment aux Éditions
Albin Michel, l'écrivain et éditeur Jean Mouttapa - il dirige la collection
«Spiritualités» d'Albin Michel - relate le voyage judéo-arabe organisé, au
printemps 2003, par le père Shoufani sur le site d'Auschwitz-Birkenau.
Trois cents Juifs et Arabes -la majorité d'entre eux musulmans - israéliens ont
participé à ce voyage de recueillement. Pour la première fois, des Arabes
israéliens ont voulu pénétrer la mémoire juive pour placer le dialogue sur un
plan spirituel, moral et philosophique plutôt que politique. Jean Mouttapa
retrace les étapes de cette aventure collective dans laquelle Émile Shoufani a
dû surmonter de nombreux écueils et soulever des montagnes de méfiance
réciproque.
«Si tu veux la paix, prépare la paix. On ne peut pas comprendre l'Autre, sans
comprendre sa souffrance, ses peurs, ses appréhensions», affirme avec insistance
le père Shoufani. Ce pèlerinage interculturel sur les terroirs lugubres où la
déshumanisation de l'homme a atteint son paroxysme est une magnifique leçon de
courage, de tolérance et d'espoir.
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AUSCHWITZ, 60 ANS APRÈS
Annette Wieviorka
Éditions Robert Laffont, 2005, 293 pages
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UN ARABE FACE À AUSCHWITZ. LA MÉMOIRE PARTAGÉE
Jean Mouttapa
Éditions Albin Michel, 2004, 290 pages
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Liens Web :
Pologne se souvient d'Auschwitz
(Nouvel Obs, Dimanche, 23 Janvier 2005)
Les
trois Auschwitz