En bref : Vanité Phallique
Collaboration
Dr Henri Pull, Psychiatre
Planète Québec,
Jeudi 07 Octobre 2004
« La mienne est plus grosse que la tienne ! »
« La mienne est plus grosse que la tienne
… »
« La mienne est plus longue, non … plus haute, que la tienne … »
« Et la mienne, en plus, elle tourne, on peut s’y poser en hélicoptère, on y
mange et elle brille la nuit… »
Fanfaronnade de prétentieux ?
Fantasmes débridés ?
Conversation de pissotière entre gamins ?
Grave discussion entre copains de bar pissant de concert après de trop
nombreuses bières ?
Que non, que non ! Vous n’y êtes pas du tout !
Il ne s’agit là que de très sérieux débats entre architectes en pleine
surenchère face à des clients potentiels avides de paraître.
D’Est en Ouest, du Nord au Sud, d’Orient à l’Occident, les communautés humaines
aspirent à afficher leur puissance à la face du monde.
Leurs choix architecturaux seraient-ils à la « hauteur » de leur ego ?
Pour ne citer que les constructions les plus connues, nous avons :
La Tour Eiffel (324 mètres avec l’antenne s’il vous plaît) vieille dame
parisienne,
l’Empire State Building (381 mètres) faisant figure de vénérable initiateur,
le World Trade Center (417 mètres) dont la chute fit trembler le monde,
le Kingdom Centre à Riyad (302 mètres) décapsuleur de verre sur fond de désert,
l’International Finance Center à Hong Kong (420 mètres) signant l’éveil de la
Chine,
les Petrotas Towers à Kuala Lumpur (452 mètres) consacrant le miracle économique
de la Malaisie,
le Taipei 101 à Taiwan (509 mètres) doigt tendu vers l’avenir du capitalisme
chinois,
et maintenant retenez votre souffle mesdames et messieurs, vous avez en cours de
construction la plus formidable, la plus haute réalisation humaine, la Freedom
Tower à NYC !
Tel un phénix de béton, de verre et d’acier, elle surgit des ruines des Tours
Jumelles, 541 mètres de haut, soit 1776 pieds.
1776 ? Mais enfin voyons, vous savez bien … l’année de l’Indépendance
américaine!
Autant de réalisations vertigineuses et autant de paris sur l’impossible qui
méritent individuellement la remise du titre de gratte-ciel du siècle.
Bâtiments toujours plus hauts, toujours plus fous pour une même maîtresse : la
vanité!
Plus symboliques que vraiment nécessaires, ces phallus technologiques,
termitières généralement à usage de bureaux, servent l’orgueil des peuples et le
désir d’éternité de leurs dirigeants.
Les « zizis - immeubles » se dressent, formidables, aptes à résister
(assure-t-on) aux séismes, aux cyclones, aux incendies. Ils deviennent
naturellement, sitôt achevés, les cibles désignées des possesseurs de zizis plus
« faiblards ».
Narguer inconsciemment le voisinage tout en sirotant l’éphémère gloriole d’être
le plus haut - donc le plus fort et le plus enviable -, exacerber la jalousie,
titiller l’agressivité, voilà qui enflammera à coup sûr le désir de détruire
chez les moins pourvus.
La suite s’appellera attentats et morts tout autant symboliques.
Alors, pourquoi construire en hauteur et non en profondeur ?
Unanimement les dirigeants et leurs administrés préfèrent l’érection à
l’invagination dès qu’il s’agit de construction à visée hautement symbolique.
Plutôt termite que taupe, que diable !
Gare à l’excès de Viagra qui mettra en péril ces phallus triomphants !
De fiers pylônes titanesques érigés vers les cieux, ils ne seront plus que
ruines désertées du fait de la colère des dieux, de la folie des hommes ou tout
simplement des pannes d’ascenseurs.
Docteur Henri Pull Psychiatre