En bref : Typhoïde ou
virus du Nil ?
Agence France-Presse
Mardi 13 Juillet 2004
Alexandre le Grand : Typhoïde ou virus du Nil ?
Washington :
La cause de la mort d'Alexandre le Grand reste toujours un mystère et suscite un débat entre scientifiques qui privilégient la thèse du virus du Nil occidental et ceux qui pensent qu'il est mort de la typhoïde.
L'histoire
retient qu'Alexandre, roi de Macédoine, est mort à 32 ans terrassé en
quelques jours par une fièvre maligne à Babylone en 323 avant J.C., mais la
cause de cette fièvre demeure incertaine. De multiples hypothèses ont été
avancées: empoisonnement, paludisme ou cirrhose du foie due au penchant
d'Alexandre pour l'alcool. Les scientifiques privilégient plutôt la typhoïde
ou une infection due au virus du Nil occidental.
Le débat vient de rebondir dans le numéro de juillet de Emerging infectious
diseases, publié par les Centres de prévention et de contrôle des
maladies (CDC), avec une série de lettres contestant la thèse du virus du Nil
occidental.
Dans un article paru en décembre 2003 dans cette même publication, deux
chercheurs américains, John Marr, épidémiologiste au département de la Santé
de Virginie (est), et Charles Calisher, de l'Université de l'État du Colorado,
estimaient que la mort d'Alexandre racontée par le biographe grec Plutarque
quelques siècles plus tard montrait qu'il s'agissait d'une encéphalite due au
virus du Nil occidental.
Ce virus
contamine habituellement les oiseaux sauvages mais peut accidentellement être
transmis à l'homme par piqûres de moustiques eux-mêmes contaminés auprès
d'oiseaux infectés. L'infection passe généralement inaperçue ou se présente
sous la forme d'une grippe. Dans certains cas, la maladie peut se compliquer
d'une méningo-encéphalite.
La mort de corbeaux
Dans leur article, Marr et Calister s'appuient sur un passage dans Plutarque qui
parle de la mort de corbeaux alors qu'Alexandre entrait dans Babylone.
«Le comportement inexplicable des corbeaux rappelle la mort d'oiseaux quelques
semaines avant l'apparition aux États-Unis des premiers cas humains d'infection
due au virus du Nil occidental», affirment-ils.
David Oldach, de l'école de médecine de l'Université du Maryland, relativise
l'importance de la présence des oiseaux en soulignant que Plutarque n'a jamais
eu la prétention d'écrire de l'histoire et qu'il est obsédé par les présages
tirés de l'observation du vol des oiseaux.
Il y a six ans, David Oldach et des collègues de l'Université du Maryland
avaient publié un article dans lequel ils concluaient qu'Alexandre le Grand était
mort de la typhoïde en s'appuyant sur les symptômes décrits par Plutarque.
Burke Cunha, du Winthrop-University Hospital à Mineola (New York), affiche également
ses doutes et estime que «les fièvres ne sont pas la caractéristique la plus
frappante d'une encéphalite due au virus du Nil occidental».
Selon lui, cette maladie commence plutôt «de manière aiguë avec des signes
initiaux de confusion mentale et de faiblesse musculaire» et il préfère la thèse
de la typhoïde.
Quant à Massimo Galli, de l'Université de Milan, il estime que le virus du Nil
occidental n'existait pas au moment de la mort d'Alexandre.
En réponse à ses détracteurs, John Marr ne conteste pas le sérieux de la thèse
de la typhoïde mais fait remarquer que pour ce genre de maladie, comme pour le
paludisme, d'autres cas similaires sont généralement constatés, ce qui ne fut
apparemment pas le cas.
La polémique ne devrait pas manquer de rebondir avec la sortie cette automne du
film sur Alexandre le Grand réalisé par le réalisateur américain Oliver
Stone, avec en vedette l'acteur irlandais Colin Farrell.
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réf.
: Alexandre
le Grand