Anthropologie
: Homme, Singe ou Primate
Agence France-Presse
Paris, Mercredi, 07 Avril 2004
L'homme ne descendrait pas du singe
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| Photo AFP L'homme ne descend pas d'un singe qui s'est redressé, comme le suggère le scénario classique présenté jusqu'à nos jours, mais d'un très ancien primate déjà bipède, affirme une anthropologue française dans un essai qui vient de paraître. |
Tout
le monde connaît le scénario classique présenté jusqu'à nos jours
dans la quasi-totalité des ouvrages sur l'évolution de l'homme : nous
devons notre principal trait anatomique qu'est la bipédie à un vieux
singe qui est descendu un jour de l'arbre, a échangé la forêt contre la
savane et s'y est mis debout pour le rester.
Pour Yvette Deloison, du Centre national de la recherche scientifique
(CNRS), cela est faux, tout simplement parce qu'interdit par un phénomène
qu'un paléontologiste belge, Louis Dollo, a résumé sous la forme d'une
loi naturelle sur l'irréversibilité de l'évolution.
Pour Yvette Deloison, du Centre national
de la recherche scientifique (CNRS), cela est faux, tout simplement parce
qu'interdit par un phénomène qu'un paléontologiste belge, Louis Dollo,
a résumé sous la forme d'une loi naturelle sur l'irréversibilité de l'évolution.
Selon la loi Dollo, approuvée par tous les anatomistes, un organe qui a
perdu certains éléments au cours du temps ne peut revenir en arrière
pour les récupérer.
Or, explique Yvette Deloison dans La Préhistoire du piéton, les grands singes, dont les chimpanzés, dans lesquels on voit souvent le modèle pour les plus anciens ancêtres de l'homme, ne sont pas des êtres anatomiquement primitifs, mais évolués ou plus exactement «spécialisés».
On
le voit notamment au niveau de leurs mains allongées dotées de
puissants doigts, qu'ils utilisent comme des crochets lorsqu'ils se déplacent
en suspension dans les arbres et qui les obligent à pratiquer au sol le «knuckle-walking»
(appui sur le dos des deuxièmes phalanges de ces doigts toujours courbes).
Yvette Deloison avait fait ses premières études sur la main humaine, qu'elle
croyait, précise-t-elle, «un élément spécifique de l'être humain», avant
de découvrir que «si la main est proprement humaine, c'est plutôt dû au
cerveau qu'à sa seule anatomie, restée assez primitive dans sa structure générale».
L'anatomie osseuse et musculaire de notre main dotée d'une symétrie rayonnante
(les doigts forment les rayons) est en effet plus proche de celle des premiers
primates disparus depuis 70 millions d'années que de celle d'un chimpanzé. La
scientifique s'est donc tournée vers le pied qui présente «une anatomie tout
à fait propre à l'homme et réservée à l'usage exclusif de la marche bipède».
Après une étude du pied dans ses moindres détails, elle arrive à une
conclusion inédite : «L'homme est resté l'animal le plus proche de l'ancêtre
commun» de notre propre espèce, des lignées d'hominidés disparues (telles
que les australopithèques) et des grands singes d'aujourd'hui.
«Un ancêtre non spécialisé a dû exister, un vertébré très ancien (de
trente millions d'années au minimum), ne ressemblant ni à l'homme ni au singe,
mais présentant des caractères communs au groupe», résume Yvette Deloison,
qui donne à cet ancêtre hypothétique le nom de Protohominoides bipes.
C'était, imagine-t-elle, un bipède vertical, avec une tête plus ou moins sphérique
et une colonne vertébrale présentant plus ou moins de courbures, des membres
de longueurs équivalentes, avec une certaine divergence des doigts et des
orteils.
Le problème, c'est qu'aucun fossile n'a été trouvé, qui puisse confirmer
l'existence du protohominoïde. Yvette Deloison ne désespère pas: «A-t-on
fouillé aux bons endroits? Rouvert les vieux cartons poussiéreux remplis d'os
cassés? Non? Et on se demande pourquoi on ne l'a pas trouvé.»
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* Préhistoire du piéton, par Yvette Deloison, éd. Plon, 239 pages.