Gare à l'Acrylamide en
Fritures
collaboration Jacinthe Côté OPDQ
La Presse, Montréal, Dimanche 25 Août 2002
Sus à l'Acrylamide
« Au début juin, on annonçait la présence, dans les frites, les chips, les craquelins et les céréales, d'une nouvelle substance potentiellement neurotoxique et cancérigène : l'acrylamide. » Cette substance était déjà connue puisqu'elle entre la
composition d'agglomérants utilisés dans le traitement des eaux et dans le procédé de
transformation du papier. On sait aussi que la fumée de cigarette et contient aussi.
Cette nouvelle constitue cependant une raison additionnelle pour
arrêter de manger des aliments frits. Les autres raisons sont qu'ils sont une source de
calories vides, de gras hydrogénés mauvais pour nos artères et d'agents de conservation
potentiellement cancérigènes.
La chose inquiétante, c'est que l'acrylamide a aussi été
décelée dans les craquelins non frits et les céréales, des produits que l'on croyait
inoffensifs, voire bénéfiques pour notre santé. Réalisant l'impact de cette
découverte, plusieurs lecteurs se sont interrogés.
Est-ce que les chips sans gras hydrogénés contiennent moins
d'acrylamide ? En ne mangeant des chips qu'occasionnellement, peut-on éviter les effets
néfastes de cette substance ? Quelles marques de céréales commerciales contiennent de
l'acrylamide et comment fait-on pour les reconnaître ? Qu'est-ce qui cause la formation
d'acrylamide dans ces produits alimentaires ? Est-ce l'huile ou le traitement de chaleur ?
Est-ce que sauter les aliments dans un peu d'huile à la poêle génère autant
d'acrylamide que de les frire ? Est-ce que les frites congelées cuites au four ou les
frites maison en contiennent autant que les frites de chez McDonald ?
Ces questions sont toutes très pertinentes, mais certaines demeurent
malheureusement sans réponse, car nos connaissances sur le sujet sont actuellement
insuffisantes.
Des suppositions plus que des certitudes
La présence de quantités importantes d'acrylamide dans les aliments
riches en hydrates de carbone (pommes de terre, craquelins, céréales) cuits à haute
température a été confirmée par plusieurs chercheurs. Malheureusement, il n'est pas
mentionné si la viande, le poisson ou la volaille, cuits ou frits à haute température,
en contiennent aussi.
Cependant, on ne comprend toujours pas le mécanisme de formation de
l'acrylamide dans ces aliments pendant la cuisson.
Il semblerait que la présence et le type de gras employé dans la
cuisson ne soient pas les seuls facteurs influençant ce processus. En effet, il a été
démontré que certains types de craquelins, faits à base de farine, de graines et d'eau,
en contiennent en quantités toutes aussi importantes que les chips et les pommes de terre
frites. Certaines céréales à déjeuner commerciales en contiennent aussi, mais en
quantité beaucoup moindre.
L'acrylamide serait produite lors de la cuisson des aliments quand les
températures employées dépassent les 120 °C (248 °F). Plus le temps de cuisson serait
long, plus les quantités formées seraient importantes. Il faut aussi noter que l'acrylamide
ne se retrouve pas dans les aliments bouillis.
Ces informations nous permettent donc de prédire quel mode de
cuisson peut générer le plus d'acrylamide. Quand un aliment est frit en le plongeant
dans un corps gras chauffé à haute température, sa température interne s'élève
habituellement à 177 - 232 °C (300 - 425 °F). Pour la cuisson au four ou à feu maximal
dans une poêle, les températures atteintes sont souvent entre 150 et 220 °C (300 - 425
°F). Pour la confection des bonbons et des confitures, les ingrédients sont
généralement chauffés à des températures variant entre 112 et 150 °C (234 et 300
°F). La cuisson à feu doux par ébullition donnerait des températures variant entre 82
et 99 °C (180 et 211 °F).
On pourrait donc s'attendre à retrouver de l'acrylamide dans les
produits alimentaires faits à base d'hydrates de carbone (pomme de terre, riz, pâtes,
fruits, pain, ...) et cuits à 120 °C (248 °F) et plus.
Les plats et produits alimentaires préparés et vendus en magasin sont
souvent préparés en très grandes quantités. Pour obtenir les textures voulues et en
assurer la salubrité, ces produits doivent être soumis à des températures plus
élevées, appliquées sur une période de temps plus longue comparativement à celles que
nous employons pour la cuisson à la maison. On pourrait donc s'attendre à ce qu'ils
contiennent des quantités plus importantes d'acrylamide que les aliments préparés à la
maison.
Une question de dosage
Avant d'aller plus loin avec ce raisonnement, il faut se rappeler
que toute substance chimique, incluant celles censées être bénéfiques pour la santé
(les vitamines, les minéraux, les antioxydants, etc.), est toxique lorsque
consommée en trop grandes quantités. Ce n'est donc pas le composé chimique qui
est dangereux ou toxique, c'est la quantité présente qui peut l'être.
Une trop grande exposition à l'acrylamide suite à son usage dans un
milieu de travail nous a fait découvrir ses effets neurotoxiques. Les résultats
d'études animales nous indiquent qu'en très grandes concentrations, cette substance peut
aussi causer des mutations génétiques et des tumeurs. C'est pourquoi
l'acrylamide est classée comme étant neurotoxique et « probablement » cancérigène
pour l'humain.
L'organisation mondiale de la santé estime que la quantité
d'acrylamide ingérée, à travers une consommation moyenne d'aliments qui en contiennent,
se situe autour de 70 mg par jour. Cette quantité est moins élevée que celle employée
pour provoquer des troubles neurologiques chez les animaux. Pour les effets cancérigènes
et mutagènes, il est très difficile d'extrapoler les résultats d'études animales pour
déterminer ce que les doses consommées actuellement peuvent engendrer à long terme.
En attendant que d'autres études nous livrent leurs secrets, il peut
être rassurant de penser que l'acrylamide fait probablement partie de notre alimentation
depuis que l'humain utilise le feu pour cuire ses aliments. Il faut espérer que notre
corps a développé quelques trucs pour se protéger contre ses effets pervers !
Voir l'article sur l'asparagine et l'article Pas de panique